Lésions anté et post mortems


1. GENERALITES :

Une question fondamentale en médecine légale peut être de savoir si telle lésion constatée sur un cadavre a été faite pendant la vie ou depuis le décès. Le problème se pose en effet dans de multiples circonstances, s’il s’agisse –  -d’un cadavre repêché et porteur de lésions diverses dont on suspecte l’origine vitale

-ou d’un cadavre mutilé sur voie ferrée

-c’est encore le cas de piéton écrasé par une voiture et que franchiront les véhicules suivants.

Posant alors un problème de responsabilité où la chronologie des faits aura une valeur capitale.

Il est important dans tous ces cas et bien d’autres de déterminer si les lésions observées sont vitales, en reposant sur l’étude macroscopique et histologique.

2. LES LESIONS TRAUMATIQUES DU CADAVRE :

a. Blessures accidentelles : sont diverses :

& lésions agoniques : siégent à la tête, les extrémités, aux parties saillantes donnant lieu à des plaques parcheminées, à des fractures, à des épanchements sanguins. Elles ne posent pas de véritable problème diagnostique.

& blessures par manipulation du cadavre

& lésions traumatiques d’une autopsie maladroite

& des mutilations observées chez les noyés

b.  Blessures intentionnelles :

& elles peuvent être en rapport avec la réanimation.

& du cadavre visant sa disparition

& visant à faire croire un suicide ou accident

& exceptionnelle sous l’effet de violence sadique.

3. CARACTERES MACROSCOPIQUES DES LESIONS VITALES :

Le problème se pose pour des lésions produites immédiatement avant la mort car le diagnostic pourra y être beaucoup plus délicat.

a. Signes généraux :

ý Hémorragie :

  • Ø Hémorragie externe : Est de règle pendant la vie, succédant à toute effraction un peu importante du revêtement cutané. Son abondance dépend de plusieurs facteurs et en particulier de l’agent vulnérant.

L’épanchement sera de peu importance, s’il s’est produit un arrachement d’un membre par exemple (les vaisseaux étant étirés : ce sont des plaies sèches) ; de même, s’il existe un épanchement cavitaire considérable ou des plaies multiples, la dernière blessure peut ne pas saigner le sujet étant exsangue.

En règle, l’hémorragie externe est un signe des plaies vitales. A l’opposé, elle fait en principe défaut dans les lésions produites après la mort. Par exception on pourrait cependant l’observer un très court moment après le décès.

  • Ø Hémorragie interne :
  • Hémorragies des séreuses : d’origine vitale, sont assez simple si une artère a saigné, ou si quelques gros vaisseaux du parenchyme voisin a été lésé.

Après la mort il est rare d’observer un épanchement notable, sauf en cas de blessure maladroite au cours de l’autopsie.

  • Hémorragies parenchymateuses : sont de règle pendant la vie, cependant il peut se faire que tout le sang s’écoule dans la séreuse voisine.

La constatation d’une hémorragie dans un viscère noble correspond donc toujours à une lésion vitale.

  • Hémorragies interstitielles :

& Profondes : accompagnent également toujours des blessures anté mortem des muscles et des os, sauf si un arrêt circulatoire brutal s’est produit.

& Superficielles : sous-cutanées, revient à discuter la nature vitale des ecchymoses et des bosses sanguines.

ý Coagulation du sang :

Pendant la vie, le sang épanché, se coagule, formant dans les plaies un feutrage qui ne disparaît pas au lavage, et qui va augmenter la densité et la résistance des tissus.

On peut retenir d’une façon générale, que la coagulation est le fait des lésions vitales : après la mort le sang épanché reste liquide, les caillots obtenus après le décès sont mous lâches, et diffluent, n’adhérent pas aux structures tissulaires et se laissant détacher facilement par malaxation ou lavage sous un filet d’eau.

ý La rétraction des tissus : est de moins de valeur que la précédents. Il est néanmoins classique d’admettre l’écartement et le bâillement des lésions des plaies vitales en raison des propriétés élastiques et rétractiles des tissus, et surtout de la peau. 

La rétraction est inégale, dépend de l’instrument vulnérant et de siège de la plaie.

b. Signes spéciaux :

Tiennent aux circonstances particulières du décès. Ils ont de grande valeur lorsqu’on pourra les mettre en évidence.

& la présence du sang  alvéolaire dans les plaies ouvertes  des voies respiratoires.

& l’embolie graisseuse pulmonaire, embolie gazeuse.

& une otorragie, une ecchymose périorbitaire.

& la présence du sang déglutie dans l’estomac.

4. CARACTERES HISTOLOGIQUES DES LESIONS VITALES :

Deux éléments sont susceptibles d’apporter quelques lumières au diagnostic des lésions vitales :

a. La leucocytose traumatique :

ý Foyer lésionnel ouvert : les leucocytes du fait de leur activation granulopéxique peuvent être présents très rapidement et même en quelques heures au niveau du foyer.

Dès la 2e minute une migration  vasculaire de polynucléaire avec envahissement des interstices tissulaires et infiltration notable évoluant vers la création de foyer suppuratif à la 2e heure.

Le mécanisme de la migration leucocytaire dans le traumatisme reste mal connu.

ý Foyer lésionnel fermé : les polynucléaires apparaissent autour du foyer ecchymotique vers le 2e jours.

Dans les foyers  fermés la leucocytose traumatique est tardive (2-3 jours) et discrète.

b. Modification de la fibre conjonctivo-élastique :

ý Signe de la fibre élastique :

–         La plaie vitale : les fibrilles élastiques colorées apparaissent en noir en bleu foncé, brisés et mélangées aux globules rouges. Elles sont rompues et détachées.

–         Plaie post mortem : de rare rupture en périphérie de l’hématome, si la plaie a été immédiatement  après la mort

ý Signe de la fibre conjonctive :

Apparaît sous la forme de fils violets assez gros.

ý Conclusion : la modification de la trame conjonctivo-élastique dans la lésion vitale est réelle mais difficile à interpréter sur la lame histologique, c’est pourquoi il faudra savoir les confronter avec les autres éléments diagnostics.

5. CARACTERES HISTOCHIMIQUES DES LESIONS VITALES :

Il faut marquer que dans les lésions vitales, il existe des modifications de l’activité enzymatique des tissus traumatisés.

Ces modifications varient selon l’enzyme considérée, et consistent soit :

& une diminution de l’activité, comme dans la zone centrale de la plaie vouée à la nécrose et à l’élimination.

& une augmentation de l’activité de la zone dite périphérique, correspondant schématiquement à une zone lésionnelle où prédominent des mécanismes de défense du conjonctif local.

Sous certaine réserve, les modifications vitales les plus précoces pourraient être celles des  estérases non spécifique dont l’augmentation débuterait ½  à 1 heure après le traumatisme pour se poursuivre 24 heures. L’augmentation de l’activité phosphatasique serait également assez précoce : ½ à 1 heure pourrait suffire (Lo Menzo).

Conclusion

Il est nécessaire d’insister à nouveau sur les difficultés du diagnostic de blessure vitale dans certains cas limite où les données macroscopiques ne sont pas suffisamment « parlantes » C’est précisément dans ces cas qu’il faudra savoir utiliser l’histologie et l’histochimie à ces techniques on demandera d’essayer d’apprécier l’importance de la réaction leucocytaire, l’état du réseau élastique, les modifications métachromatiques du conjonctif, et d’autre part l’augmentation éventuelle de l’activité estérasique et phosphatasique traduisant les réactions des cellules sanguines conjonctives locales. Selvaggio estime que la période d’incertitude est ainsi réduite par la seule histologie aux 10 mn précédant la mort (temps suffisant pour voir apparaître les premières réactions leucocytaires et la positivité de la réaction Weigert-fibrine) et aux 3 à 4 mn la suivant (pendant lesquelles peuvent encore s’observer une certaine congestion vasculaire et des extravasats sanguins).

DOCTEUR KERROUCHE Oussama

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