SECRET MEDICAL ET ASSURANCES


 

Rapport actualisé lors de la session d’octobre 1998
F. GAZIER, B. HOERNI.

Les relations entre médecins traitants (généralistes ou spécialistes, libéraux ou hospitaliers)
et médecins d’assurances (plutôt que « médecins-conseils d’assurances », pour éviter toute
confusion avec les médecins-conseils de la sécurité sociale dont statut et prérogatives sont
tout autres) souffrent de difficultés rencontrées dans la transmission d’informations. Les
premiers invoquent le principe du secret professionnel pour ne rien transmettre, même
sollicités par leurs patients, les seconds se retranchent derrière la législation de l’assurance,
le Code civil et leurs jurisprudences pour subordonner l’accession aux demandes des
souscripteurs et assurés à la transmission d’informations nécessaires et suffisantes. Les
premiers sont accusés de rétention d’information contraire aux intérêts légitimes de leurs
patients, voire de produire des certificats douteux, les seconds d’accéder au dossier des
malades en contravention avec le code de déontologie. Ce climat de suspicion réciproque nuit à l’intérêt légitime du patient au cours de ses démarches d’assurance, ainsi qu’à la
déontologie des rapports que les médecins se doivent entre eux.
La situation a évolué au cours des dernières années sous plusieurs influences :
¨  extension des conditions d’assurabilité pour des personnes naguère refusées, en tenant
compte des progrès thérapeutiques, au prix d’un ajustement plus précis de leur contrat ;
¨  développement d’un service médical au sein des compagnies d’assurances ;
¨  possibilité de transmission du dossier médical en secteur public puis également privé, à
un médecin désigné par le malade ; conçue pour améliorer l’information du patient, cette
possibilité risque d’être détournée, lorsque le médecin d’assurances demande à se faire
désigner pour une telle transmission, ce qu’interdit l’article 46 (cf. infra).
Cette évolution a conduit l’Ordre des médecins, la Commission Nationale de l’Informatique
et des Libertés (CNIL) et des médecins représentant la Commission médicale du
Groupement des assurances de personnes (GAP) à se rencontrer à la recherche d’un consensus.

RAPPELS
Secret médical et intérêt des malades
Le secret médical est d’ordre public. C’est le symbole du respect que le médecin doit avoir
pour le patient et que la société doit avoir pour l’individu. C’est encore une obligation morale
et une institution juridique depuis 1810. Il est « institué dans l’intérêt des malades », comme
le précise le code de déontologie (article 4) dans sa version actuelle (1995). C’est un
moyen, et non une fin, destiné à protéger l’intimité des personnes se confiant à un médecin,
par là assurées que leurs confidences resteront secrètes et peuvent donc être révélées pour
permettre au médecin d’intervenir de façon pertinente.
Ce secret médical « est subordonné » à l’intérêt légitime des malades comme en
témoignent les dérogations autorisées par la loi quand cet intérêt particulier est en jeu :
accident du travail et maladies professionnelles, pension civile et militaire de retraite, … Il
s’agit d’un intérêt légitime tenant compte de principes généraux de justice et de santé
publique, d’où certaines possibilités de déclarations (maladies contagieuses au médecin de
la DDASS …), de signalement (malades mentaux et alcooliques dangereux) ou de
dénonciations (sévices ou privations sur les mineurs, violences sexuelles …)
Assurances de personnes
Elles sont personnelles, soit obligatoires, soit facultatives et volontaires. Elles répondent
aux besoins de prévoyance nécessaires ou utiles de la population. Elles sont devenues
indispensables pour effectuer certaines démarches courantes de la vie socioprofessionnelle
(emprunt, retraite, etc.). Elles sont contractuelles entre deux parties
signataires : le souscripteur et l’assureur pour qui les termes du contrat font la loi des
parties. A ce titre, elles ne relèvent ni de la solidarité sociale (assurance sociale) ni de la
philanthropie. Pour respecter à la fois les équilibres financiers de l’assureur et l’intérêt des
assurés, le montant de la prime est fonction de la nature et du niveau du risque garanti par
l’assureur.
Concernant la santé, les progrès thérapeutiques accomplis ces trente dernières années ont
considérablement amélioré le pronostic de nombre de maladies. Dans ces conditions, pour
faire bénéficier les souscripteurs de cette évolution favorable, les assureurs sont amenés à
réclamer des renseignements médicaux précis. Pour bien intégrer le risque santé dans le
risque couvert et garanti par l’assureur, cette exigence fait intervenir des médecins
d’assurances qui restent soumis au principe du secret professionnel. Ils ne doivent
transmettre à leur organisme mandant qu’un avis technique sur les conditions d’assurabilitédu souscripteur résultant de son état de santé, sans avoir à dévoiler la nature de leurs
constatations ni les motivations de leur avis (arrêts de la Cour de cassation, Chambre
criminelle, 17 mai 1973 ; 1ère Chambre civile, 6 janvier 1998). L’article 104 du code de
déontologie prescrit que le médecin chargé d’une mission de contrôle ne doit transmettre
que « ses conclusions sur le plan administratif ». Cette disposition semble s’appliquer,
aussi, aux médecins d’assurances.
Information des assurances
Les assureurs ont besoin d’informations médicales, notamment dans les trois circonstances
suivantes :
¨  lors de la conclusion d’un contrat d’assurance-vie, il s’agit d’évaluer le plus sûrement
possible le risque à couvrir en fonction de l’état de santé du souscripteur (déclaration de
santé et si nécessaire bilan médical, articles 112-3 et 113-2 du code des assurances) ;
¨  lors du règlement, à la suite d’un accident, d’un dommage corporel, il s’agit d’estimer le
préjudice découlant d’une invalidité ou d’un décès ;
¨  lors du versement à des ayants droit d’un capital-décès, il s’agit de déterminer la cause
de ce décès.
Dans cette recherche d’informations, assureur et assuré peuvent avoir des intérêts
convergents, comme lorsqu’il s’agit de mettre au point un contrat équilibrant au mieux coût
et prestations. Ces intérêts peuvent aussi se trouver antagonistes lorsqu’est en discussion
le montant des primes ou celui de l’indemnisation, et plus encore lorsqu’il s’agit de
l’application des clauses d’exclusion de certains risques.
Pour la collecte et l’interprétation de ces renseignements les compagnies d’assurances
disposent d’un personnel spécialisé, les médecins d’assurances qui s’acquittent pour leur
compte de tâches d’examen, de contrôle, d’expertise et de conseil.
Pour obtenir les informations médicales qui leur paraissent nécessaires ils s’adressent
d’abord à l’assuré en lui demandant de répondre à des questionnaires qui, lorsqu’il s’agit de
couvrir certains risques, peuvent être complétés par des examens cliniques ou biologiques
ou par des tests sérologiques.
Mais ils peuvent aussi avoir besoin, soit pour ajouter aux informations ainsi obtenues, soit
pour les contrôler, d’un contact avec le médecin traitant (demande de certificat ou de pièces
médicales) ou le service hospitalier (demande d’accès au dossier médical).
Enfin, et c’est l’ultima ratio des compagnies d’assurances, il leur est possible de recourir à
des expertises amiables ou judiciaires qui doivent se dérouler dans le respect des règles de
confidentialité rappelées aux articles 107 et suivants du code de déontologie médicale.
L’usage du questionnaire de santé ne se heurte pas en principe à l’obstacle du secret
médical, l’assuré étant maître de divulguer, surtout si c’est son intérêt, toute information sur
son propre état de santé.
Mais dans la mesure où il s’agit d’informations médicales transmises à un médecin, ce
dernier est lié par le secret médical et ne peut les communiquer à sa compagnie (Cour de
cassation, Chambre criminelle, 17 mai 1973 ; Cour d’appel de Toulouse, 7 mars 1975 ; 1ère
Chambre civile, 6 janvier 1998). Il ne peut lui donner qu’un avis technique sur les
conséquences financières de l’état de santé de l’assuré au regard de la police souscrite ou
à souscrire, sans avoir à préciser la nature des constatations médicales ni les motivations de
cet avis.
Le procédé du questionnaire, toutefois, ne peut suffire, l’assuré n’étant pas toujours en
mesure de fournir l’information médicale réclamée, soit qu’elle ne lui ait pas été révélée, soitqu’il en comprenne mal le sens et la portée. D’autre part, volontaire ou non, une erreur peut
entacher sa réponse qui peut donc appeler un contrôle.
D’où la propension de l’assureur et de son médecin à se tourner vers le médecin ou le
service traitant et de leur réclamer un certificat ou l’accès au dossier du patient.
Mais là, on se heurte d’emblée au secret médical. L’article 226-13 (ex 378) du nouveau
code pénal et l’article 4 du code de déontologie font interdiction au médecin traitant comme
au praticien hospitalier de communiquer un diagnostic ou quelque renseignement médical
que ce soit à un assureur ou à son médecin et de leur adresser directement un certificat ou
un extrait de dossier portant sur l’état de santé d’un assuré.
Aucune dérogation légale, explicite ou même implicite, au secret professionnel n’est
intervenue en faveur des compagnies d’assurances1. Et l’échange d’informations entre
médecins avec l’accord du patient qui constitue ce qu’on appelle le « secret partagé » est
totalement prohibé dans les rapports entre le médecin traitant de l’assuré et le médecin de
l’entreprise d’assurances. Le médecin-conseil d’un organisme mutualiste lui a d’ailleurs été
assimilé, distingué en cela du praticien-conseil de sécurité sociale, par une lettre
ministérielle du 15 février 1990, arguant du fait que « la mutuelle ne gère pas un régime
obligatoire de sécurité sociale ».
La jurisprudence voit dans un tel échange d’informations une atteinte formelle au secret
médical (Cour de cassation, Chambre criminelle … 1913). Mieux encore, elle traite comme
nul et dénué de toute valeur probante tout certificat délivré directement par un médecin
traitant à une compagnie d’assurances (tribunal de grande instance de Bordeaux, 29 janvier
1987 ; Cour de cassation, 1ère chambre civile, 6 janvier 1998).
Cela ne fait pas disparaître la pratique des certificats mais oblige les assureurs et leurs
médecins à demander au préalable à l’assuré de les réclamer lui-même à son médecin
traitant pour les leur transmettre ensuite. Ce médecin ne peut refuser la délivrance d’un tel
certificat en invoquant une prétendue obligation de respecter le secret professionnel. Le
seul fondement qui puisse justifier une réticence ou plutôt une circonspection de sa part est
l’article 35 du code de déontologie, s’il juge que son patient doit être laissé dans l’ignorance
d’un diagnostic ou d’un pronostic grave.
Par ailleurs, le législateur (loi n° 89-1009 du 31 décembre 1989 renforçant les garanties
offertes aux personnes assurées contre certains risques) a pris bien soin de noter que
lorsque l’organisme d’assurances entend refuser la prise en charge des suites d’une
maladie contractée avant l’adhésion au contrat, il lui incombe d’apporter la preuve de
l’antériorité de cette maladie dans le respect du secret professionnel.
La rigueur de ces principes s’accommode néanmoins d’un certain nombre
d’aménagements.
Certains sont apparus à propos des demandes de renseignements sur des patients
décédés et notamment sur la cause de leur mort.
Le secret professionnel ne s’arrête pas à la mort et son respect s’impose au-delà, mais le
refus de réponse du médecin traitant aux ayants droit du défunt est ressenti par ces
derniers comme une entrave à l’exercice de leurs droits au profit d’une protection de la
personne qui paraît moins nécessaire lorsque celle-ci est décédée.

Il a donc été admis assez facilement que le médecin traitant pouvait, sans violer le secret
médical, répondre à l’assureur que « la mort est étrangère aux risques exclus par la police
qui lui a été communiquée ». De même, des décisions de jurisprudence ont autorisé le
médecin traitant à révéler à l’assureur la cause du décès lorsque le défunt l’avait stipulé
(Cour d’appel de Paris, 2 février 1963), et lorsque c’est la condition absolue pour permettre
aux ayants droit de faire valoir leurs droits (Cour d’appel de Paris, 21 décembre 1964). Un
arrêt de la Cour de cassation (1ère Chambre civile) du 9 juin 1993 a même admis qu’un
certificat se bornant à énoncer que de son vivant le défunt suivait un traitement médical,
directement adressé par le médecin à l’assureur, pouvait être valablement produit par ce
dernier sans qu’on puisse légitimement s’y opposer en invoquant le secret médical. Mais un
arrêt plus récent de la même juridiction en date du 6 janvier 1998 paraît contredire cette
jurisprudence en interdisant toute remise directe de renseignements du médecin traitant au
médecin d’assurances.
Un autre problème s’est posé et se pose encore aujourd’hui avec acuité à propos de l’accès
au dossier médical de l’assuré.
Lorsque celui-ci est ou a été traité dans un établissement de soins public ou privé,
l’assureur et son conseil peuvent être amenés à vouloir prendre connaissance de son
dossier médical afin d’établir avec certitude la nature d’une affection, la consistance d’un
traitement, l’existence d’antécédents ou la cause d’un décès.
En principe, le secret professionnel fait tout autant obstacle à la communication des
informations de ce dossier à un assureur ou à son médecin que lorsqu’il s’agit de la
délivrance d’un certificat médical.
Encore faut-il composer avec les règles propres qui régissent l’accès aux dossiers
médicaux.
La loi du 17 juillet 1978 modifiée sur l’accès du public aux dossiers administratifs confère
aux dossiers médicaux tenus dans les hôpitaux du secteur public la qualité de documents
administratifs de caractère nominatif et ouvre à la personne concernée, c’est-à-dire au
patient, un droit d’accès par l’intermédiaire d’un médecin qu’il désigne à cette fin (article
6 bis).
La même formule se trouvait déjà dans la loi du 6 janvier 1978 sur l’informatique et les
fichiers qui ouvrait elle aussi un droit d’accès aux intéressés qui figurent sur un fichier
médical par l’intermédiaire d’un médecin librement désigné par eux à cet effet (article 40).
Par ailleurs, un arrêt du Conseil d’Etat du 22 janvier 1982, Beau de Loménie, rendu dans
une affaire de recherche de responsabilité, a admis que si le dossier médical d’un patient
mort à l’hôpital ne pouvait, en raison du secret médical, être communiqué à sa veuve, il
pouvait toutefois l’être au médecin qu’elle désignait à cet effet.
Cette formule de la communication « médiatisée » à travers un médecin désigné par le
patient et même par ses ayants droit, a connu un grand succès et a été reprise depuis lors
dans les lois hospitalières et leurs décrets d’application.
Leur dernière expression se trouve :
¨  dans l’article L. 710-2 du code de la santé publique issu de la loi du 31 juillet 1991
portant réforme hospitalière : « Les établissements de santé, publics ou privés, sont
tenus de communiquer aux personnes recevant ou ayant reçu des soins, sur leur
demande et par l’intermédiaire du praticien qu’elles désignent, les informations
médicales contenues dans leur dossier médical. »
¨  et dans le décret du 30 mars 1992 relatif au dossier médical et à l’information des
personnes accueillies dans les établissements de santé publics et privés (article R. 710-2-2) :
« La communication du dossier médical intervient, sur la demande de la personne quiest ou a été hospitalisée ou de son représentant légal, ou de ses ayants droit en cas de
décès, par l’intermédiaire d’un praticien qu’ils désignent à cet effet. »
Ces textes et cette jurisprudence ont ainsi suscité l’apparition d’un nouveau personnage, le
« médecin intermédiaire » qui a accès au dossier et détient pour le compte du patient les
informations médicales couvertes par le secret.
D’où, pour le médecin d’assurances, la tentation d’ouvrir un dialogue avec ce confrère pour
obtenir de lui les renseignements qu’il cherche, dialogue que la déontologie en son état
actuel n’autorise pas, le « médecin intermédiaire » ne pouvant communiquer ces
informations qu’à son patient et nullement à un tiers, fût-il médecin.
En outre, certaines entreprises d’assurances ont estimé qu’elles pouvaient aller plus loin et
demander à l’assuré, au moment de la souscription du contrat, de désigner à l’avance un
médecin qui aurait mandat de consulter son dossier médical et de pratiquer des échanges
d’informations médicales, le cas échéant avec le médecin de la compagnie d’assurances.
Mieux encore, la prétention a été exprimée de voir désigner directement par l’assuré le
médecin d’assurances lui-même comme le praticien mandaté à prendre connaissance du
dossier.
Il faut reconnaître qu’à les prendre à la lettre les textes législatifs et réglementaires qui
viennent d’être cités, tout comme l’arrêt Beau de Loménie, ne paraissent pas s’y opposer.
Le médecin d’assurances est un médecin et l’assuré ou son ayant droit a toute liberté pour
choisir le médecin qu’il désigne …
Mais la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés et le Conseil national de
l’Ordre des médecins, consultés sur ce point depuis 1988, ont clairement manifesté leur
opposition à de telles pratiques qui selon eux constituent un détournement de l’application
de la législation sur l’accès au dossier médical et une violation de la déontologie.
Par ailleurs, dans la rédaction que lui a donnée le décret du 6 septembre 1995, l’article 46
du code de déontologie impose au médecin désigné comme intermédiaire de se récuser si
l’accès au dossier met en jeu ses intérêts. Tel est bien le cas d’un médecin qui agit à la
demande et pour le compte d’une compagnie d’assurances ou d’un médecin de « recours »
qui a un intérêt direct à la solution du litige que lui confie un patient et qui pourrait faire
l’objet de poursuites disciplinaires s’il ne se récusait pas.
Enfin, la Cour d’appel de Lyon, le 4 septembre 1997, a confirmé que le médecin
d’assurance qui s’était fait désigner par les ayants droit d’un patient décédé ne pouvait
recevoir communication du dossier et a infirmé l’ordonnance du juge des référés qui avait
enjoint à un établissement hospitalier de lui transmettre ce dossier.
PRATIQUE
Transmission d’informations
1. Lors de la souscription d’une assurance dite « de personnes » des informations
médicales sont demandées par la compagnie d’assurances et donc réclamées par le
patient à son médecin traitant. Ce dernier peut remplir une partie réservée d’un formulaire
général en l’absence de problème particulier. Mais ce formulaire reviendra à
l’administration. En toute hypothèse, il est donc préférable que le médecin traitant
établisse un certificat médical particulier, éventuellement accompagné de pièces
médicales qu’il remettra en mains propres au patient. Ce dernier est libre de l’utiliser
comme il l’entend ou comme cela lui a été indiqué. Dans ces conditions, il risque de
l’adresser à la compagnie d’assurances sans précaution. Il paraît en conséquence
souhaitable que le médecin traitant attire son attention sur la nécessité d’adresser cesdocuments exclusivement au médecin ou au service médical de l’assurance, de
préférence avec une boîte à lettres spécifique, qui devront en garantir la confidentialité.
L’article 35 du code de déontologie précise que « Toutefois dans l’intérêt du malade et
pour des raisons légitimes que le praticien apprécie en conscience, un malade peut être
tenu dans l’ignorance d’un diagnostic ou d’un pronostic graves, sauf dans les cas où
l’affection dont il est atteint expose les tiers à un risque de contamination. » Il en résulte
qu’un tel certificat et les pièces l’accompagnant pourraient, à titre exceptionnel, être
transmis directement, sous pli confidentiel, au médecin de l’assurance après demande,
écrite de préférence, du malade.
Le médecin traitant sollicité peut, et non pas doit, remettre un tel certificat. Son refus
viendrait principalement du fait que ledit certificat n’interviendrait pas dans l’intérêt du
malade. Il reviendrait alors au médecin d’expliquer au patient qu’il ne peut produire un tel
certificat, le malade n’ayant pas le pouvoir de le libérer du secret médical. Le refus de
transmission entraînera le refus d’accorder le contrat d’assurance, alors que la
déclaration d’une maladie préserve l’accès à l’assurance, dans la majorité des cas, au
prix d’une modulation de la prime. L’appréciation du médecin découlera du code de
déontologie : article 50 : « Le médecin doit, sans céder à une demande abusive, faciliter
l’obtention par le patient des avantages sociaux auxquels son état lui donne droit.» ;
article 28 : « la délivrance d’un rapport tendancieux ou d’un certificat de complaisance
est interdite. » Les faux certificats, y compris par omission, sont sévèrement réprimés par
l’article 441-8 du nouveau code pénal.
L’apparition de l’épidémie de sida, le développement d’autres maladies liées à des virus
(hépatites …) de même que les progrès du dépistage génétique permettent de mieux en
mieux d’identifier des personnes présentant un risque particulier. La demande d’une
sérologie pour le VIH ne doit pas être systématique ; elle est laissée à l’appréciation du
médecin d’assurances (compte tenu des déclarations faites par le futur assuré dans le
questionnaire de santé, ou après examen clinique) ; les compagnies d’assurances
s’engagent à ne pas y recourir trop souvent mais elle peuvent être amenées à envisager
de tenir compte d’autres renseignements personnels vis-à-vis desquels un accord devra
être trouvé pour l’ensemble de la société. La Convention signée le 3 septembre 1991
entre l’Etat et les professionnels de l’assurance a prévu l’interdiction de toute référence à
la vie privée et à la sexualité dans les questionnaires médicaux (code de bonne conduite)
et la possibilité de demander un test de dépistage du VIH avec l’accord préalable de
l’assurable ; le contrat garantit aux séropositifs le remboursement du prêt immobilier
contracté (surprime) avec un plafond d’un capital garanti de 1 million de francs ; cette
convention instituait un comité de suivi de son application. En avril 1994, les compagnies
d’assurances se sont engagées à ne pas recourir aux empreintes génétiques avant l’an
2000.
2. Après accident ou coups et blessures, survenue d’une maladie qualifiée (dans ce cas la
date des premiers signes et des premières constatations médicales est nécessaire) ou
plus généralement sinistre (réalisation du risque), l’article 1315 du code civil, qui
s’applique à l’assurance contractuelle, dispose que « celui qui réclame l’exécution d’une
obligation doit la prouver ». Le médecin d’assurance est alors sollicité pour constater que
l’affection, cause du sinistre, ouvre droit à la prestation d’une garantie souscrite dans le
contrat (exemple : infarctus et garantie invalidité). Cette constatation s’effectue à partir
d’un certificat médical « descriptif, précis et complet » du médecin traitant. Ce dernier ne
doit pas répondre aux demandes de renseignements venues de l’administration de la
compagnie d’assurances. Mais il peut (et souvent il doit) délivrer au blessé, si celui-ci le
lui demande, un certificat descriptif des lésions, certificat que le blessé a le loisir de
remettre, ou non, au médecin de la compagnie. Si le blessé ou le malade est inconscientou lorsqu’il est décédé, on admet que ce certificat puisse être remis à la famille (Conseil
national de l’Ordre des médecins, octobre 1980).
L’expertise médicale est assez souvent nécessaire pour établir, notamment, le taux
d’incapacité résiduel. Le médecin d’assurances doit vérifier, ce faisant, que les
dispositions médico-contractuelles du contrat sont respectées : engagements de
l’assureur et de l’assuré (conditions d’application des garanties de l’assureur :
déclarations de l’assuré, etc.). Il doit enfin évaluer en quantité et durée les
conséquences financières du sinistre engageant l’assureur.
Dans tous les cas, certificat ou autres pièces médicales, remis au patient ou à ses ayants
droit doivent être adressés précisément au médecin de l’assurance, de préférence
identifié, au service médical, bénéficiant si possible d’une boîte postale particulière, cela
pour éviter toute effraction de documents confidentiels. Il revient au médecin
d’assurances de faire respecter, par son entreprise, le secret dont il devient dépositaire
(article 72 du code de déontologie).
Le dossier médical est rarement indispensable au cours des démarches d’assurance.
(Quand c’est le cas, c’est souvent le fait des opérations d’expertise médicale.) Les
informations nécessaires à échanger doivent être limitées aux pièces médicales
« pertinentes, adéquates et non excessives » selon la formule de l’article 5 de la
convention du Conseil de l’Europe, reprise par la Commission Nationale de l’Informatique
et des Libertés : compte rendu opératoire, compte rendu d’hospitalisation, anatomopathologie,
certificats médicaux consciencieux, etc. Utile, cette information doit permettre
au médecin d’assurances d’évaluer le risque de l’assuré, de connaître éventuellement
l’affection en cause, son diagnostic précis et son historique. Les certificats médicaux
sont à la charge du patient, hors convention et contre honoraires mesurés.
3. Cette formulation prend toute sa valeur lorsque le malade est décédé. La demande sera
alors exprimée par ses ayants droit vis-à-vis desquels joue le secret médical, ce qui peut
inciter le médecin d’assurances à prendre un contact direct avec le médecin traitant.
Dans ce cas, ce dernier peut rédiger un certificat, indiquant seulement si la cause de la
mort était étrangère aux risques exclus par la police d’assurance, en général ou en
particulier.
Dans tous les cas, la pertinence du certificat médical sera meilleure si le médecin traitant
connaît les indications figurant dans la police d’assurance ou éventuellement précisées
par le médecin d’assurances.
Le même praticien ne peut pas intervenir, pour un certificat donné, à la fois comme
médecin traitant et médecin chargé du contrôle (l’article 100 du code de déontologie).
Les écueils seraient :
1°) pour le médecin traitant
§ de se retrancher systématiquement derrière le secret professionnel pour ne pas
produire un certificat médical ou des pièces médicales allant dans le sens de l’intérêt
légitime du malade ou de ses ayants droit ;
§ de répondre directement à une demande de renseignement d’un médecin
d’assurances, en l’absence de demande explicite et de l’accord du patient qui sont
indispensables ;
§ de révéler au malade ou à ses ayants droit, à l’occasion d’une telle information, une
indication qui n’a pas encore été ou qui ne doit pas leur être communiquée ;
§ de faire une fausse déclaration par indication erronée, omission intentionnelle,
imprécision ou ambiguï té ;

§ de faire un certificat exhaustif et « excessif » ou de remettre au malade ou de
transmettre au médecin d’assurances des pièces médicales inutiles, non
pertinentes ;
§ de transmettre directement un certificat médical ou d’autres pièces médicales à la
compagnie d’assurances, sans passer par son médecin.
2°) pour le médecin d’assurances
·  d’accéder à des informations concernant l’assuré en dehors des dispositions ainsi
prévues ;
·  de ne pas respecter le secret médical en livrant aux services administratifs de
l’assurance des indications médicales qui ne doivent pas lui être communiquées ou
en ne les protégeant pas convenablement.
Dans tous ces cas, le médecin en cause peut être poursuivi et condamné par les
juridictions ordinale et/ou pénale.
En cas de contestation, il est possible de recourir à une expertise, par voie amiable ou
judiciaire, selon les modalités habituelles.

————————————-

1 La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés avait envisagé (14ème rapport d’activité,
1993) l’adoption d’un dispositif juridique spécifique au secteur des assurances et permettant sous
certaines conditions aux médecins d’assurances de demander au plus un certificat médical, sauf à
recourir ensuite, en cas de difficultés, à une expertise, soit par voie amiable, soit par voie judiciaire.
Cette proposition n’a pas reçu de suite.

 

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