LE BOTULISME


I/ INTRODUCTION :

Les intoxications botuliniques présentent des particularités qui les distinguent des autres intoxications alimentaires (salmonelloses, toxine staphylococcique, moules…)

 

=> Les bacilles : Il existe quatre types de bacilles :

– A : très toxique (Allemagne du sud et USA) ;

– B (France) ;

– C : le moins toxique ;

– D (Australie).

Ils sont anaérobiques, ne se développent qu’à l’abri de l’air ; ils sont rares dans l’organisme contaminé ; les aliments sont souillés par les spores botuligènes qui se trouve dans le sol.

Le BACILLUS BOTULINUS se rencontre principalement dans les boites de conserves : de légumes (petits pois, épinards, haricots, choucroute) ; de viande, de fruits (poires, abricots) ; ils peuvent se trouver aussi dans les pâtés, les confits d’oie ou de poulet, dans les aliments fumés ou conservés dans la saumure (jambon, olives, poissons).

=> Les aliments contaminés contiennent une toxine très nocive puisque, per os, un centimètre cube tuerait 800 cobayes d’une livre, et 2/10ème de centimètre cube sont mortels pour l’homme : elle seule est la cause des accidents. Le botulisme n’est donc pas une toxi-infection, mais une intoxication due à l’ingestion d’une toxine préformée dans l’aliment.

=> la toxine botulinique est neurotrope ; elle se fixe sur le parasympathique (paralysie de l’accommodation, mydriase paralytique, sécheresse de la bouche, dysphagie par paralysie de l’œsophage, constipation, rétention d’urines par paralysie vésicale) et sur les neurones moteurs périphériques des globes oculaires et des membres. Cette toxine se comporte comme l’atropine et le curare.

 

II/ DIAGNOSTIC MEDICO-LEGAL :

La preuve de l’intoxication repose sur la recherche des éléments suivants :

A)  Examen des aliments suspects :

Les boites de conserves dangereuses se reconnaissent par leur déformation, leur surface bombée, les traînées verdâtres sur la viande, l’odeur forte de fromage fermenté, le changement dans l’état de la gelée (fluide, opaline, aigre) et de la graisse (fluide, visqueuse, granuleuse).

Le plus souvent, les aliments botuligènes sont peu altérés ; les consommateurs ne remarquent rien ou constatent seulement une légère amertume ou une saveur rance.

B)   Manifestations cliniques :

La période d’incubation est absolument silencieuse ; l’intoxiqué « digère le poison dans l’euphorie » ; elle a une durée moyenne de 24 heures, mais elle peut être de 12 heures  ou de 4 jours.

à La fatigue  et les troubles digestifs (coliques discrètes, vomissements alimentaires puis bilieux jaunâtres, constipation ou diarrhée banale (rare)) représentent les premiers symptômes qui peuvent manquer.

à La période d’état est caractérisée par les paralysies d’origine centrale :

–         Les paralysies oculaires sont précoces ; elles expliquent le ptosis, le strabisme externe, la diplopie (paralysie du nerf moteur oculaire commun), ainsi que la paralysie de l’accommodation (vue trouble), l’aréflexie pupillaire, la mydriase (paralysies intrinsèques) et l’ophtalmoplégie totale (rare).

–         Les paralysies bucco-pharyngo-laryngées portent sur la langue (grand hypoglosse) avec troubles de la parole, sur le voile du palais (glosso-pharyngien) avec rejet des liquides par le nez, sur le pharynx (IX ème et X ème paires) avec troubles de la déglutition, impossibilité d’avaler, sur le larynx (pneumogastrique) avec voix rauque, sourde, voilée.

–         La paralysie sécrétoire : sécheresse extrême de la bouche et du rhino-pharynx, de la peau, des yeux.

–         La paralysie de l’intestin : constipation.

–         La paralysie de la vessie : rétention vésicale.

–         La paralysie de la face (quelquefois).

à Insomnie très pénible. Amaigrissement (déshydratation) et asthénie intense.

à Aucun trouble de la sensibilité.

à Pas de fièvre ; conservation de la lucidité.

à Ces graves troubles, d’origine pédonculaire et bulbo-protubérantielle, ont fréquemment une évolution fatale. Les troubles respiratoires dominent ; le malade, les yeux immobiles, les paupières closes, dyspnéique, cyanosé, angoissé, meurt par asphyxie (paralysie respiratoire ou pneumonie par aspiration).

à L’évolution vers la guérison demande plusieurs semaines ; l’évacuation intestinale et vésicale et le retour du sommeil en marquent l’heureux début.

à Le diagnostic, difficile en dehors de la notion d’une épidémie, est orienté vers une intoxication belladonée ou méthylique, une encéphalite épidémique ou une paralysie diphtérique. Les signes les plus caractéristiques du syndrome botulinique sont la mydriase, l’ophtalmoplégie, la dysphagie, la rétention d’urines et la constipation.

 

 

 

 

C)   Les constatations anatomo-pathologiques :

Sont celles de l’asphyxie : congestion du cerveau (avec de petites hémorragies), des poumons, des reins, du tube digestif, ecchymoses sous pleurales et sous-péricardiques (taches de Tardieu).

Histologiquement, îlots hémorragiques dans le cerveau, lésions dégénératives cellulaires dans les noyaux moteurs des nerfs crâniens (hypoglosse, pneumogastrique nerf moteur oculaire commun), des cornes antérieures, des tubercules quadrijumeaux, dégénérescence graisseuse des cellules hépatiques et rénales.

D)  Recherches bactériologiques :

Elles ont pour but l’identification du bacillus botulinus et surtout celle de sa toxine.

à Pour la recherche des bacilles, on utilise les procédés culturaux ou bien l’on fait ingérer les produits incriminés à un animal sensible : souris, chat, poulet. Les bacilles sont rares dans le contenu gastrique et les selles ; on les cultive d’abord en boite de conserve de viande, puis le filtrat est inoculé à l’animal d’expérience.

à La toxine botulique est identifiée par inoculation intrapéritonéale (0.5cc), au cobaye, à la souris, au poulet (sensible seulement à la toxine A), du filtrat (obtenu après trituration et macération dans la glycérine ou l’eau physiologique puis centrifugation et filtration sur bougie) des aliments suspects, du contenu stomacal, des fèces, de la rate, de la muqueuse intestinale, du foie, du sérum sanguin (rarement efficace). La symptomatologie spécifique est surtout respiratoire (bradypnée progressive, ample et saccadée) chez l’animal qui meurt après 25 à 36 heures. Les animaux témoins qui reçoivent le filtrat chauffé à 100° résistent (épreuve de la toxine chauffée).

à Les résultats sont confirmés par l’épreuve dite des animaux protégés par inoculation préalable avec le sérum antibotulique A, B ou C ; ils ne succombent pas à l’injection de la toxine correspondante.

E)   Eléments de responsabilité :

La simple ébullition détruit très rapidement les toxines. Le chauffage à 70° pendant une heure atténue beaucoup la virulence. Pour être toxiques, les aliments doivent être consommés crus ou insuffisamment cuits. Les spores botuliniques ont une résistance variable à la chaleur : 8 minutes de chauffage à 115° détruisent 96% des spores ; à 100°, il faut chauffer au moins pendant 6 heures pour détruire toutes les spores. On comprend le danger des conserves insuffisamment stérilisées.

à Traitement des accidents : injection unique, massive (150 cm3) de sérum antibotulique, puis 1 à1.5 cm3 d’anatoxine, prostigmine, strychnine à hautes doses.

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