LA RESPONSABILITE MEDICALE


Docteur Clotilde ROUGE-MAILLART, MCU-PH ANGERS
INTRODUCTION SUR LE PRINCIPE DE RESPONSABILITE
La notion de responsabilité
Lorsque l’on parle de responsabilité, il est important de savoir quelle
responsabilité est concernée. Il peut s’agir d’une responsabilité source de sanction (telle la
responsabilité pénale ou la responsabilité disciplinaire) ou d’une responsabilité source
d’indemnisation (responsabilité civile ou administrative). La première consiste à sanctionner
des comportements que la société réprouve; la seconde consiste à faire indemniser la victime
d’un dommage causé par un tiers.
Aujourd’hui, la distinction est nette mais pendant longtemps, les deux types de responsabilité
ont été confondues. Dans la bible, on retrouve la loi du Talion dont la maxime était « œil pour
œil ». C’est à dire que si une personne était responsable de la perte d’un œil chez une autre
personne, elle était sanctionnée en perdant son propre œil.
Heureusement, s’est mis en place progressivement un système de compensation monétaire.
La notion de réparation monétaire s’est dessinée et des codes de pratique d’indemnisation se
sont mis en place. Mais, jusqu’à la fin du 19ème siècle, l’auteur réparait le dommage qu’il avait
causé en puisant sur son patrimoine personnel. Il aurait été considéré comme immoral que ce
soit une autre personne ou structure qui paie à sa place. Les deux notions, sanction et
réparation étaient donc toujours très intriquées.
A la fin du 19ème siècle, ère de l’industrialisation, certaines personne ont du réparer le
dommage causé à d’autres même s’ils n’étaient pas directement responsable du dommage. Ce
fut notamment l’apparition des indemnisations des accidents de travail pour lesquels les
employeurs étaient tenus responsables, même s’ils n’étaient pas directement fautifs.
Parallèlement, se sont mis en place des systèmes d’assurance.
A partir de cette époque, la responsabilité indemnitaire est devenue un droit à réparation à part
entière et s’est distinguée du principe de sanction.
Donc aujourd’hui, la responsabilité « sanction » et la responsabilité « indemnisation »
sont deux notions bien distinctes.
Brefs historiques de la responsabilité médicale
La responsabilité du médecin n’est pas une notion nouvelle. Les Babyloniens avaient déjà un
code « le code d’Hammourabi » qui comportait 282 dispositions parmi lesquelles la règle 218
« si un médecin incisant un abcès perd son malade ou l’œil de son malade, on lui coupera la
main ». Dans les siècles qui suivirent, se succédèrent des périodes d’immunité totale puis des
retours à une recherche de responsabilité des médecins.
Mais c’est à partir du 19ème siècle que s’est instaurée la responsabilité médicale telle qu’on la
conçoit aujourd’hui.
La responsabilité pénale et la responsabilité disciplinaire ont une fonction répressive. La
responsabilité civile et la responsabilité administrative ont pour seul but l’indemnisation
d’une victime. Ces deux aspects seront envisagés tour à tour sous les titres: responsabilités-
indemnisations et responsabilités-sanctions.
La profession nourrit de nombreux fantasmes en matière de responsabilité. Il s’agit pourtant
d’un contentieux de très faible importance numérique, toutes les études sérieuses le
démontrent. Et le nombre d’affaires n’augmente pas de manière significative, contrairement à
ce qu’il est parfois prétendu. Ce qui est en augmentation c’est le nombre des déclarations de
« sinistres » faites par les médecins à leurs assureurs, qui ne reflète que leur louable prudence.
Mais l’immense majorité de ces déclarations ne débouche sur aucune action en justice. La
« dérive à l’américaine » est l’un de ces fantasmes, et une crainte infondée compte-tenu des
conditions juridiques très différentes entre les Etats-Unis et la France. D’autre part, les actions
pénales, qui sont le plus à redouter, essentiellement parce que la presse en fait état,
représentent à peine 10% des actions en justice Reste que, individuellement, pour le médecin
qui fait l’objet d’une recherche en responsabilité, peu importe le caractère rassurant des
statistiques!
LA RESPONSABILITE INDEMNITAIRE
Comme son nom l’indique, la responsabilité indemnitaire a uniquement une fonction
indemnitaire. Elle est mise en jeu lorsque, de part son fait, une personne a entraîné un
dommage. La personne responsable engage sa responsabilité dans le sens où elle doit
indemniser la victime. Le but d’une responsabilité indemnitaire n’est donc pas de « punir » un
responsable mais d’indemniser une victime.
La responsabilité indemnitaire est une responsabilité civile lorsque l’exercice médical se fait
en milieu privé (activité libérale, clinique). Il s’agit d’une responsabilité administrative
lorsque l’activité est exercée en milieu hospitalier.
I) LA RESPONSABILITE MEDICALE CIVILE
A) Principes de la responsabilité civile
La responsabilité civile peut être de deux types : délictuelle ou contractuelle.
La responsabilité délictuelle est retenue lorsqu’une personne, de part son fait, a porté
préjudice à une autre personne (elle lui a causé un dommage). Il n’existe aucun lien particulier
entre ces deux personnes. Par exemple, un individu A renverse un individu B et lui cause un
dommage (une jambe cassée). L’individu A engage sa responsabilité vis à vis de B et devra
l’indemniser.
La responsabilité contractuelle est mise en jeu lorsqu’un contrat a été établi entre deux
personnes (avec détermination d’obligations pour chacun des contractants) et qu’un des
contractants n’a pas rempli les obligations auxquelles il s’était engagé dans ce contrat.
Les contrats peuvent être divers et variés. Ils ne nécessitent pas forcément de formalisme
(rédaction d’un écrit) et peuvent être oraux. Par exemple, lorsqu’un client entre dans une
boulangerie, demande un pain et que le commerçant lui remet, un contrat est établi.
L’obligation du client est de payer le pain et l’obligation du commerçant est de vendre un pain
sain et bon. Les obligations contenues dans un contrat peuvent parfois être définies par les
contractants eux même (je prête un champ à mon voisin pour mettre ses moutons et m’engage
à lui en assurer l’usage et celui ci s’engage à me donner un mouton tous les ans.
Dans les deux cas, la responsabilité est retenue s’il y a un fait fautif, un dommage et un lien
de causalité entre les deux (il faut que le dommage soit bien lié au fait fautif).
Classiquement, il appartient au demandeur (celui qui estime être victime et avoir subi un
dommage) de prouver le fait fautif, l’existence du dommage et le lien de causalité.
B) La responsabilité médicale civile
1) Notion de contrat médical
Depuis 1936, la responsabilité médicale est classiquement une responsabilité de type
contractuelle. En effet, en 1936, la cour de cassation, dans un arrêt « Mercier » a établi
« qu’entre le médecin et son client, se forme un véritable contrat, comportant pour le praticien
l’engagement, sinon bien évidemment de guérir le malade, ce qui n’a jamais été allégué, du
moins de lui donner des soins non pas quelconques mais consciencieux, attentifs et réserves
faites de circonstances exceptionnelles, conformes aux données actuelles de la science ; que la
violation, même involontaire de cette obligation contractuelle est sanctionnée par une
responsabilité de même nature, également contractuelle ».
Ainsi, entre le médecin et son patient s’établi un contrat de soin.
2 Nature du contrat médical
C’est un contrat civil. Il n’a pas la nature d’un contrat commercial. C’est à dire que le
médecin n’est pas soumis aux règles du droit commercial.
C’est un contrat oral. Aucun formalisme n’est nécessaire pour que le contrat soit établi. Il
suffit que le médecin ait accepté de proposer des soins et que le patient est accepté de recevoir
le traitement et le contrat s’établi.
C’est un contrat conclu intuitu personnae (en considération de la personne). Le médecin
s’engage donc à traiter personnellement le patient. Si ce n’est pas le cas, il doit avertir son
patient.
C’est un contrat synallagmatique. Chacun des contractants a des obligations. Le patient a
obligation de payer les honoraires du médecin et à suivre ses prescriptions. Les obligations du
médecin ont été définies par l’arrêt « Mercier » : l’obligation de soins et l’obligation
d’information.
3. Situation extra contractuelle
Dans certaines situations, aucun contrat ne s’est formé entre le médecin et son patient et la
responsabilité est régie selon les règles de la responsabilité délictuelle.
Absence d’accord de volonté de la part du patient
Pour que le contrat soit valable, il faut que les deux contractants soit capables et aient donné
leur accord. Ce n’est pas le cas lorsque les soins sont réalisés chez un patient inanimé. De
même, lors de soins chez le mineur ou l’incapable, il n’y a pas de contrat entre le patient et le
médecin.
Type d’exercice médical
Pour qu’un contrat soit valable, il faut que l’objet du contrat (en l’occurrence, les soins
apportés) soit licite. Si une personne pratique un exercice illégal, le contrat est lui-même
illégal.
Le médecin hospitalier et le médecin conseil d’une caisse d’assurance n’établissent pas de
contrat avec le patient. Le patient établi un contrat avec l’hôpital ou la caisse mais pas
directement avec le médecin.
Nature du dommage
Le dommage peut être situé hors du champ contractuel. Par exemple, un patient tombe en
sortant de chez le médecin et en trébuchant sur une marche mal réparée. Le médecin en
repartant d’une visite abîme le portail du patent. Les rapports sont alors de nature délictuelle
car on n’est plus dans le cadre du contrat de soins.
4. Intérêt de la distinction
La distinction entre les deux types de responsabilité était intéressante autrefois pour
différentes raisons.
Le délai de prescription
C’est le délai au-delà duquel il n’est plus possible d’agir en justice. Dans le cadre d’une
responsabilité délictuelle, ce délai est de 10 ans alors qu’il est de 30 en matière contractuelle.
Cependant depuis la loi du 4 mars 2002, il est établi que le délai de prescription en matière
médicale est maintenant de 10 ans, quel que soit le cadre.
La responsabilité du fait des choses
Le propriétaire d’une chose peut engager sa responsabilité lorsque cette chose est la cause du
dommage d’un tiers. Ce type de responsabilité du fait des choses est intéressant car la victime
a juste à prouver son dommage et le lien de causalité entre celui ci et la chose. Il n’a pas à
prouver la faute du propriétaire de la chose. Or, la responsabilité du fait des choses n’était
classiquement reconnue qu’en matière délictuelle. Mais depuis plusieurs années, la
jurisprudence reconnaît une responsabilité du fait des choses notamment en matière médicale.
Ainsi, en matière médicale, la distinction n’a aujourd’hui plus aucun intérêt. De toutes
façons, les obligations du médecin sont toujours les mêmes, quelque soit son mode
d’exercice et elles sont telles qu’elles ont été définies dans l’arrêt « Mercier ».
C) Les obligations du médecin
Nous pouvons, pour plus de clarté, les regrouper en 3 chapitres
1. le devoir d’humanisme
Dans ce chapitre, nous trouvons des obligations qui découlent des principes généraux de
respect du patient.
Le médecin doit respecter le secret professionnel
Il a également une obligation d’assistance à personne en péril.
Ces obligations sont également définies dans le code pénal et le code de déontologie et
peuvent donc être source de responsabilité pénale et disciplinaire.
Ces notions sont traitées dans un chapitre à part. (voir secret professionnel).
2. le respect de la licéité de l’acte médical
Un médecin peut porter atteinte à l’intégrité physique d’un patient car il le fait dans un but
médical et avec le consentement du patient. Ces deux conditions sont nécessaires.
Ainsi, le médcein a deux obligations :
Il doit intervenir dans un but
3. l’obligation de soins
L’obligation de soins a été définie dans l’arrêt Mercier. « il se forme un contrat comportant,
pour le médecin l’engagement, sinon bien évidemment de guérir le malade, ce qui n’a jamais
été allégué, du moins de lui donner des soins non pas quelconques mais consciencieux,
attentifs et réserves faites de circonstances exceptionnelles, conformes aux données actuelles
de la science ». Cette obligation est cependant identique dans toutes les situations,
contractuelles ou extra-contractuelles, dans le secteur privé ou public (nous verrons en effet
que la jurisprudence administrative s’y réfère comme la jurisprudence judiciaire, sous des
vocables souvent différents mais à contenu unique).
Le respect des règles de l’art
Le médecin doit donc apporter au patient tous les soins qui lui sont nécessaires et doit tout
mettre en œuvre pour essayer de la guérir ou du moins le soulager. Pour ce faire, il doit
donner des soins consciencieux et attentifs. Il doit donc se comporter comme « un bon
médecin », c’est à dire un médecin prudent et diligent.
Il doit agir « conformément aux données acquises de la science » donc en respectant les règles
de l’art. Il s’agit pour le médecin de faire bénéficier son patient, des soins adaptés à son état,
tels que les connaissances médicales du moment les décrivent. Il s’agit des données acquises
de la science. Pendant un temps, les médecins se sont demandés s’il fallait tenir compte des
dernières nouveauté en matière médicale amis plusieurs arrêts ont précisé depuis qu’il s’agit
bien des données acquises et non actuelles.
(élaboration des règles de l’art : voir cours DC1)
2. La nature de l’obligation de soin du médecin
L’obligation du médecin est donc, en toutes circonstances, de mettre au service du patient les
moyens les plus adaptés à son état compte tenu des connaissances du moment. C’est une
obligation de moyens, et généralement, c’est au plan technique sa seule obligation.
Ses autres obligations relèvent de devoirs d’humanisme (information, consentement, respect
de la personne, secret, etc.).
Ceci implique qu’il n’est pas tenu à un résultat. L’obligation du médecin n’est donc pas de
guérir le patient mais de tout mettre en œuvre pour.
La nature de cette obligation en matière médicale vient du caractère aléatoire de l’acte
médical.
Cependant il ne faudrait pas en conclure que le médecin n’a jamais à sa charge une obligation
de résultat. Toujours tenu par une obligation de moyens, il l’est en outre parfois par une
obligation de résultat.
Déjà il peut de manière licite s’engager au résultat, transformant son obligation, et devant
alors tenir son engagement.
En outre, dans la mesure où l’obligation de moyen est justifiée par le caractère aléatoire des
effets des actes réalisés, dès lors que l’aléa disparaît, l’obligation est à nouveau de résultat.
Ainsi, dans certains domaines, la jurisprudence estime que la sécurité peut être assurée.
L’obligation de résultat a donc été reconnue pour les examens de laboratoire de « routine », lors
de la confection d’une prothèse en laboratoire ou industrielle, pour les vaccinations
obligatoires, les accidents de transfusion sanguine et plus récemment lors de l’utilisation de
matériel d’investigation ou utilisation de produits.
Dans tous ces domaines, le médecin doit assurer la sécurité de son patient. Si ce résultat
n’est pas atteint, sa responsabilité est automatiquement engagée sans qu’il soit nécessaire de
rechercher une faute. L’obligation de résultat favorise l’indemnisation du patient puisque
celui ci n’a pas à prouver que le médecin a commis une faute.
Cependant, dans un arrêt de novembre 2000, les juges de la cour de cassation ont rappelé que,
même s’il a été reconnu une obligation de résultat dans certains domaines, l’obligation
principale du médecin reste une obligation de moyen. Par contre, il est tenu comme à un
résultat de ne pas mettre en péril sa sécurité.
D) Les conditions de mise en œuvre de la responsabilité civile médicale
Pour que la responsabilité du médecin soit retenue, il faut qu’ait été commise une faute, qu’un
dommage en résulte et que le lien de causalité entre les deux soit prouvé.
1. La faute
Les fautes contre l’humanisme
Nous avons vu que les obligations du médecin comportaient un devoir d’information, la
nécessité d’obtenir le consentement du patient, le respect de la personne et celui du secret
professionnel. Tout non-respect de ces obligations constitue une faute pouvant engager la
responsabilité civile.
Les fautes d’imprudence
Il s’agit de l’erreur de côté ou l’erreur de patient.
Les fautes techniques
Elles peuvent être retenues lors de l’élaboration du diagnostic, lors du choix du traitement ou
lors de la réalisation d’un acte particulier.
L’attitude du médecin sera considérée comme fautive en comparaison avec la conduite du
« bon médecin » qui aurait, dans les mêmes circonstances agit avec prudence, en respectant
les règles de l’art. Le juge demandera aux experts si la conduite du médecin est celle qu’aurait
eu un bon professionnel », si on peut expliquer le choix du médecin (ex : divergence
d’écoles).
Par exemple, un médecin ne commet pas forcément une faute s’il n’a pas fait un diagnostic
mais seulement s’il n’a pas mis en œuvre les examens réalisés habituellement pour faire le
diagnostic.
2. Le dommage
Tous les dommages sont reconnus : physique, moral.
La perte de chance est un dommage particulier : parfois, le médecin a commis une faute mais
les experts ne savent pas si, même si le médecin avait agi conformément aux règles de l’art, la
complication aurait été évitée. Dans ce cas, les juges estiment que le patient a perdu une
chance d’être guéri ou de ne pas avoir eu cette complication. Le dommage indemnisé est la
perte de chance et non pas le dommage physique (ou moral) lié à la complication.
3. Le lien causal
le lien causal entre la faute et le dommage doit être certain et direct.
C’est pourquoi, lors d’une perte de chance, il n’est pas possible d’indemniser le dommage
physique lui-même.
4. La procédure
Le patient qui entame une procédure pour rechercher la responsabilité civile d’un médecin a
un choix à opérer (si une transaction amiable n’a pas été recherchée ou obtenue).
-soit il utilise la voie pénale de la constitution de partie civile, décrite plus haut
(tout en sachant qu’il ne pourra faire alors appel aux « techniques de la perte de chance et de la
présomption de faute admises parfois par le juge civil).
-soit il porte son action devant les juridictions civiles. Il doit alors assigner le
médecin devant l’une de ces juridictions. Il est demandeur dans ce procès, le médecin étant
défendeur.
Dans le procès civil tout le fardeau de la recherche des preuves pèse sur le
demandeur. (sauf en matière d’information cf chapitre information consentement)
Les actions en responsabilité médicale sont le plus souvent de la compétence du
Tribunal de grande instance. Le recours sera possible devant une Chambre civile de la Cour
d’appel. Un pourvoi en cassation pourra être formé devant une Chambre civile de la Cour de
cassation.
II) LA RESPONSABIITE MEDICALE ADMINISTRATIVE
Deux particularités sont à prendre en compte en matière de responsabilité administrative :
1) les règles de la responsabilité administrative sont autonomes par rapport aux règles de la
responsabilité civile : un conflit opposant l’administration à un particulier ne peut être
jugé que par un juge administratif et le juge administratif ne juge pas selon les règles du
code civil
2) sur le plan indemnitaire, l’administration est responsable du fait de ses agents. Ainsi, si les
agents de l’administration ont, de par leur faute entraîne un dommage, l’administration
prend en charge l’indemnisation du dommage.
A) Définition de la faute médicale en matière de responsabilité administrative
1. Les obligations du médecin
Comme nous venons de le voir, le juge administratif n’est pas lié par les règles du droit civil.
Ainsi, les règles de la responsabilité administrative se sont élaborées petit à petit grâce à la
jurisprudence administrative. Le droit hospitalier est donc un droit jurisprudentiel.
L’exercice médical n’est pas réglementé par le principe du contrat médical. En effet, le patient
ne contracte pas avec le médecin qui n’est qu’un agent du service public.
Cependant, la loi hospitalière, pour définir les obligations du médecin a repris les règles
élaborées par le juge civil : l’exercice médical doit être conforme aux règles de bonnes
pratiques médicales et aux règles de déontologie :
– le médecin a obligation de donner des soins attentifs, conformes aux données actuelles de
la science
– il a un devoir d’humanisme : respect du consentement, nécessité d’apporter une
information loyale et adaptée, respect du secret professionnel.
Il s’agit également d’une obligation de moyen, c’est à dire que la faute médicale sera définie
par rapport à un idéal de conduite (attitude du « bon médecin ») et la faute ne sera retenue que
lorsque le médecin n’aura pas agi en respect des règles de l’art (règles de bonnes pratiques
médicales).
La loi hospitalière a également repris les missions du service public « les établissements de
santé publique assurent les examens de diagnostics, la surveillance et le traitement des
malades, blessés et femmes enceintes ». Ainsi, l’hôpital a lui-même une obligation de moyen
en matériel et personnel pour ce qui concerne l’organisation de soins.
2. particularité de la faute en responsabilité administrative
Il faut toutefois signaler quelques particularités de la faute telle qu’elle est reconnue par le
juge administratif.
a. la distinction de la faute lors d’un acte médical et de la faute dans les actes de soins et
d’organisation du service
Ces deux types de faute vont, de toutes façons, engager la responsabilité de l’administration.
Aujourd’hui la distinction n’est pas très importante mais il faut savoir qu’avant 1992, elle
l’était puisque, pour engager la responsabilité de l’administration, il fallait une faute lourde en
matière médicale (alors qu’une faute légère suffisait pour une faute de soins ou d’organisation
du service).
Les actes médicaux sont formés par tous les actes réalisés par un médecin et les actes para-
médicaux réalisés par un para-médical sous l’ordre d’un médecin.
Les actes de soins ou d’organisation du service sont tous les actes ne relevant pas d’actes
techniques de diagnostic ou traitement (patient qui fugue, patient qui tombe d’un brancard,
erreur d’administration d’un produit…).
Donc toute faute simple suffit maintenant à engager la responsabilité de l’administration :
manquement aux obligations de service, blessures par imprudence, défaut de surveillance,
retard de diagnostic ou traitement, défaut d’organisation du service …
b. la présomption de faute
Le fondement principal reste celui de la faute (comme en matière civile). Il faut normalement
une faute prouvée pour engager la responsabilité de l’hôpital.
Cependant, le juge administratif a reconnu, dans certains domaines, une présomption de faute.
Ainsi, lorsqu’un dommage grave survient dans les suites d’un acte de soins courant, le patient
n’a pas à prouver qu’il y a eu une fate, celle ci est présumée.
Exemple de domaine de présomption de fautes : complications après des vaccinations
obligatoires, troubles neurologiques secondaires aux anomalies de posture après intervention
chirurgicale, infections nosocomiale.
Ce système de responsabilité est intéressant pour le patient car il n’a pas à apporter la preuve
d’une faute.
c. la responsabilité sans faute
Dans certains domaines, le juge administratif a reconnu que la responsabilité de l’hôpital
pouvait être engagée même en l’absence de faute.
Ceci a été initialement reconnu lors de dommages graves survenant après l’utilisation de
techniques nouvelles. Depuis 1994 lors d’un arrêt Bianchi, la jurisprudence administrative l’a
reconnu à d’autres situations.
Quatre conditions doivent être remplies :
– un dommage d’une extrême gravité
– la réalisation d’un risque exceptionnel mais connu
– un risque sans rapport avec les prédispositions du patient ou l’évolution prévisible de sa
maladie.
Pour exemple, dan l’affaire Bianchi, le sieur Bianchi était resté tétraplégique dans les suites
d’une artériographie vertébrale. Aucune faute n’avait été commise et il a été reconnu que la
complication était liée à une occlusive de l’artère vertébrale en rapport avec des troubles
hémodynamiques, risque rarissime mais connu.
Le patient n’a pas à apporter la preuve d’une faute.
d. le défaut d’information
(voir chapitre information)
B) L’indemnisation du dommage
L’hôpital est responsable sur le plan indemnitaire des fautes de ses agents, quelle que soit leur
fonction (infirmier, aide soignants, externes, internes, médecins ..), que la faute ait été réalisée
lors d’actes de soins ou d’actes médicaux.
La seule exception est la faute détachable du service. Lorsque la faute de l’agent hospitalier
est commise en dehors de son service ou que cette faute est d’une extrême gravité, l’hôpital ne
prend pas en charge l’indemnisation et l’agent engage sa responsabilité civile personnelle. Il
est alors jugé par le juge civil, comme toute personne privée (le juge administratif ne jugeant
que l’administration).
La faute d’une extrême gravité est rarement reconnue et retenue dans des cas extrêmes : refus
d’un chirurgien de se déplacer en garde et décès du patient, chirurgien opérant en état
d’ivresse.
C) Les conditions de mise en œuvre de la responsabilité
Comme en matière de responsabilité civile, la mis en œuvre de la responsabilité nécessite une
faute, un dommage et un lien de causalité entre les deux. Le patient doit apporter la preuve
de trois éléments (sauf de la faute en cas de présomption de faute ou responsabilité sans
faute).
Tous les dommages sont actuellement reconnus par le juge administratif.
III) EVOLUTION : TENDANCE A UNE HARMONISATION EN MATIERE DE
RESPONSABILITE MEDICALE
Nous avons vu que depuis plusieurs années, les jurisprudences civiles et administratives
tendent à unifier la définition de la faute médicale et à harmoniser leur pratique. Le but étant,
bien sûr, de créer des conditions d’indemnisation a peu près identiques entre les patients,
qu’ils aient été pris en charge en privé ou en milieu hospitalier.
La loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, a
renforcé cette volonté.
A) une définition commune de la faute médicale
De manière générale, la loi du 04 mars 2002 a rappelé que la responsabilité d’un médecin ne
peut être engagée qu’en présence d’une faute prouvée. Ainsi, la responsabilité d’un
professionnel de santé ne pourra pas être recherchée si il n’y a pas de faute commise sauf dans
le cadre d’un dommage lié à un produit défectueux (voir plus loin responsabilité du fait des
produits).
B) les domaines précis de responsabilité sans faute
La loi a reconnu des domaines de responsabilité pour lesquels, exceptionnellement, la
faute n’est pas nécessaire.
1) Responsabilité sans faute en matière d’infections nosocomiales.
On se souvient que le juge civil avait reconnu une obligation de sécurité de résultat et le juge
administratif une présomption de faute. La loi du 04 mars 2002 reconnaît, dans ce domaine,
une responsabilité sans faute des établissements, quel que soit le lieu d’exercice (par contre
seuls les établissements de santé sont concernés, ce qui exclut les professionnels de santé qui,
du coup, ne devraient plus encourir de responsabilité (sauf faute prouvée) du fait de
dommages consécutifs à une infection nosocomiale).
Si le dommage est majeur, l’indemnisation de la victime ou de ses ayants droits sera assurée
par la solidarité nationale pat l’intermédiaire de l’Office Nationale d’Indemnisation des
Infection Nosocomiale. (voir Commission Régionale de Conciliation et d’Indemnisation).
2)
La responsabilité du fait des produits défectueux
La Cour de Cassation, nous l’avons vu, met à la charge des médecins une obligation de
sécurité résultat en matière de dommage subi par un patient dont l’origine se trouve dans
l’emploi d’un produit de santé. Le conseil d’état ne s’est pas prononcé mais la loi du 04 mars
2002 établi que « hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d’un défaut
d’un produit de santé, les professionnels de santé … sont responsables des conséquences
dommageables … qu’en cas de faute »
Or, une loi du 19 mai 1998 a mis place un régime de responsabilité sans faute du fait des
produits.
Ainsi, même si la responsabilité objective n’est pas clairement exprimée dans la réforme, celle
ci laisse entrevoir un régime de responsabilité sans faute du fait des produits, en exercice
libéral comme hospitalier.
La responsabilité du praticien pourra être recherché si un dommage survient et qu’il est en
rapport avec un défaut du produit.
3) La réparation de l’aléa thérapeutique
La loi du 04 mars 2002 s’est prononcée sur la réparation de l’accident médical. Auparavant,
comme vu précédemment, seul le juge administratif reconnaissait l’indemnisation du
dommage lié à un aléa thérapeutique. En effet, il avait reconnu une responsabilité sans faute
de l’hôpital. Par contre, le juge civil, on s’en souvient, n’avait pas voulu mettre à la charge des
praticiens libéraux l’indemnisation de l’aléa thérapeutique.
La loi du 04 mars 2002 a mis en place une procédure permettant l’indemnisation de l’accident
médical non fautif (aléa thérapeutique).
Pour que soit reconnue une indemnisation pour alea thérapeutique, plusieurs conditions
doivent être réunies :
– il faut que le dommage soit en relation directe avec l’acte de prévention de diagnostic ou
de soin
– il faut que soit exclue toute faute médicale ou responsabilité de l’établissement de santé
– il faut que l’accident soit sans rapport avec l’état du patient ou l’évolution prévisible de
son état ; par contre, l’accident peut être connu ou non (comme nous l’avons vu, pour le
juge administratif, le risque devait être connu)
– il faut que le dommage présente un caractère de gravité assez important (décès ou taux
d’Incapacité Permanente Partielle > 25 %).

L’indemnisation se fera au titre de la solidarité nationale par un organisme appelé l’Office
Nationale d’Indemnisation des Accidents Médicaux.
La demande doit être faite près des Commission Régionale de Conciliation et
d’indemnisation.
IV) Les Commissions Régionales de Conciliation et d’Indemnisation
La loi du 04 mars 2002 n’a pas foncièrement changé les principes de la responsabilité
médicale. Cependant, nous venons de le voir, elle a rappelé que la responsabilité du praticien
ne peut être engagée que pour faute et reconnu qu’il existait une responsabilité sans faute des
établissements lors de la survenue d’infections nosocomiales. Elle a également reconnu
l’indemnisation de l’aléa thérapeutique.
La loi a crée des Commissions Régionales de Conciliation et d’Indemnisation. Ces
commissions sont formées de magistrats, représentants des usagers, professionnels de santé,
responsables d’établissements de santé et membres de l’office nationale d’indemnisation.
Ces commissions ont principalement deux fonctions : un rôle de règlement amiable et une
mission de conciliation.
1) Procédure de règlement amiable :
Tout patient qui s’estime victime d’un accident médical (après faute ou non du praticien) peut
présenter une demande en vue d’indemnisation près des commissions régionales.
Cette procédure s’effectue en plusieurs étapes:
1) demande du patient adressée à la Commission Régionale de Conciliation et
d’Indemnisation de sa région par Lettre recommandée avec accusé de réception. La
patient joint également tous les documents médicaux qui sont en sa possession
2) la commission procéde tout d’abords à un examen de recevabilité.
Toutes les demandes ne sont pas recevables.
Il faut tout d’abord que les faits soient postérieurs au 04 septembre 2001.
Ne sont recevables que les dossiers pour lesquels le dommage est important ou présente un
caractère de gravité suffisant.
Les commission vont donc souvent demander une expertise sur pièce (qui n’est pas
obligatoire) afin de déterminer un seuil de gravité qui peut être :
un dommage avec un taux d’Incapacité Permanente Partielle > 25 %
ou une Incapacité Temporaire de Travail de plus de 6 mois sur des périodes
consécutives
ou des troubles d’une particulière gravité dans l’existence
ou la nécessité de changer d’activité professionnelle
3) si la demande n’est pas recevable, la Commission peut proposer au patient une
conciliation.
4) Si la demande est recevable, la commission diligente une deuxième expertise qui aura
pour but de déterminer principalement deux choses
– le dommage est-il lié à une faute ou à une infection nosocomiale ou à un aléa
thérapeutique
– l’évaluation du dommage : l’Incapacité Permanente Partielle, les souffrances
endurées, le préjudice esthétique, le préjudice d’agrément.
5) Si la commission estime que le dommage relève de la responsabilité d’un professionnel
ou d’un établissement (faute, infection nosocomiale avec IPP< 25%), elle renvoie le dossier
vers l’assureur du responsable et lui fait une offre d’indemnisation.
Si l’offre n’est pas acceptée par l’assureur, la commission renvoie les dossiers à l’office
d’indemnisation qui se substitue à l’assureur et indemnise le patient (à charge pour elle de se
faire ensuite indemniser par l’assureur ou le responsable).
6) Si la commission estime que le dommage relève de la solidarité nationale (aléa
thérapeutique, infection nosocomiale avec IPP>25%), elle renvoie vers l’office nationale
d’indemnisation.
Cette possibilité pour le patient de saisir les commissions facilité son action. En effet, il n’a
pas à rechercher vers quelles juridictions se tourner. De plus, très souvent, la commission
diligentera les expertises nécessaire pour prouver une éventuelle faute. Cependant, la voie
judiciaire reste ouverte au patient.
Ainsi, il existe maintenant deux actions possibles pour le patient : la voir contentieuse (saisine
du juge) ou la demande près des commissions
2) Procédure de conciliation
Les commissions peuvent également être saisies par les patients uniquement pour concilier les
parties (après par exemple un jugement non appliqué par le médecin ou l’établissement
reconnu fautif) ou comme vu précédemment, lorsque le dossier a été jugé comme non
recevable.
LA RESPONSABILITE SANCTION
I) LA RESPONSABILITE PENALE
Elle est sans conteste la plus redoutable, essentiellement par la publicité à laquelle
elle donne parfois lieu.
A – Les infractions
Les comportements que la société définit comme répréhensibles sont appelés
infractions. Ils sont énumérés dans le Code pénal. Il en existe 3 catégories : les
contraventions, les délits, les crimes, du moins grave au plus grave. Il en est très peu qui
soient spécifiques à l’exercice médical ; la plupart de ceux qui viennent à être reprochés à un
médecin peuvent également l’être à tout citoyen. Parmi eux, on peut distinguer d’une part la
violation du secret professionnel et l’abstention de porter secours à personne en péril, d’autre
part les atteintes à l’intégrité corporelle.
1. Violation du secret professionnel et abstention de secours (traîté à part)
-La violation du secret professionnel, articles 226-13 et 226-14 du Code pénal, est
un délit qui vise toute personne dépositaire obligée d’un secret, le médecin en particulier.
-L’abstention de secours à personne en péril, article 223-6 alinéa 2 du Code pénal,
est également un délit qui ne vise pas spécifiquement le médecin, bien qu’il soit
particulièrement exposé à le commettre.
2. Atteintes à l’intégrité corporelle
-L’exercice médical implique à chaque instant des atteintes volontaires à l’intégrité
corporelle. C’est en raison du but thérapeutique d’une part, du consentement du patient d’autre
part – ces deux conditions devant être impérativement réunies – que le médecin peut
impunément commettre ces atteintes volontaires au corps humain. Dès que l’une de ces
conditions manque, l’infraction est constituée: l’euthanasie est, en droit, un assassinat; une
stérilisation pour convenance personnelle était, jusqu’il y a deux ans, constitutive de coups et
blessures volontaire (une loi de 2001 a rendu cet acte licite lorsqu’il est réalisé avec l’accord
écrit du patient) ; de même qu’une intervention sans le consentement du patient.
-Les atteintes involontaires à l’intégrité corporelle constituent la majeure partie
des infractions reprochées aux médecins. Il s’agit de l’homicide et des blessures causées par la
maladresse, l’imprudence, la négligence ou l’inobservation des règlements, articles 221-6,
222-19, 222-20 du Code pénal.
Pour que l’infraction soit caractérisée, il faut qu’une faute ait été commise par le
médecin (faute d’imprudence dans l’élaboration du diagnostic, dans la prescription ou la
réalisation du traitement).
Il faut également que soit prouvé, de manière certaine, le lien de causalité entre
cette faute et les blessures, ou la mort de la victime.
En matière pénale les textes appliqués par les tribunaux sont d’interprétation
stricte. Ceci explique que le juge pénal ne peut ni faire appel à la présomption de faute, ni à la
notion de perte de chance, ce que peut faire le juge civil (cf. supra). Il en résulte que les
chances de gagner son procès sont moindre pour le patient au pénal qu’au civil, d’où – et
heureusement – un recours moins fréquent à la voie pénale.
B – Mise en oeuvre
La mise en oeuvre de la responsabilité pénale suppose que soient engagées des
poursuites, et que ces poursuites débouchent sur un jugement par une juridiction répressive.
1. Les poursuites
-En principe, l’initiative des poursuites appartient au Procureur de la République.
Il décide des suites à donner aux plaintes, dénonciations, enquêtes de police. Il peut classer
sans suite, renvoyer directement l’auteur de l’infraction devant la juridiction de jugement, ou
requérir l’ouverture d’une information confiée à un juge d’instruction. Si l’affaire n’est pas
classée sans suite, l’étape de l’instruction est la règle en matière médicale compte-tenu de la
complexité habituelles des dossiers. A l’issue de l’instruction, une Ordonnance est rendue, soit
de non lieu, soit de renvoi devant la juridiction compétente.
-Les poursuites peuvent également résulter de la plainte avec constitution de partie
civile de la victime ou de ses ayants-droit (sa famille). Dans ce cas, l’instruction est ouverte,
soit contre X, soit contre personne nommée, sans que le Procureur de la République puisse
l’empêcher. Si l’instruction ne se clôt pas par un non lieu, la juridiction de jugement aura à se
prononcer non seulement sur la culpabilité du médecin mis en cause, mais aussi sur les
dommages-intérêts dus par lui à la victime. Si la relaxe est prononcée (absence de culpabilité),
aucun dédommagement ne pourra être dû.
-Dans une troisième hypothèse, la constitution de partie civile par la victime peut
intervenir soit en cours d’instruction, soit devant la juridiction de jugement, avec les mêmes
effets que précédemment, sur le plan des intérêts civils (de la demande de dommages-
intérêts).
2. Les juridictions
-Les contraventions sont jugées par le Tribunal de police, les délits par le Tribunal
correctionnel, les crimes par la Cour d’assise. Les infractions reprochées aux médecins
relèvent habituellement du Tribunal correctionnel, car elles constituent, pour l’essentiel, des
délits.
-Les jugements de ces juridictions sont susceptibles de recours devant la Cour
d’appel. L’appel suspend l’application du jugement. L’affaire est jugée par la Cour d’appel à
nouveau sous tous ses aspects. L’arrêt de la Cour d’appel peut faire l’objet d’un pourvoi en
cassation devant la Cour de Cassation. Il ne s’agit pas d’un troisième examen au fond, mais
seulement de la vérification de l’exacte application du Droit compte-tenu des faits établis par
les précédentes juridictions.
II. RESPONSABILITÉ DISCIPLINAIRE
A- La faute et les sanctions disciplinaires
1. Définition de la faute disciplinaire
Est une faute disciplinaire tout manquement aux règles de la déontologie
médicale. C’est la violation d’une règle morale, plus que d’une règle proprement juridique,
qu’elle soit inscrite dans un texte, Code de déontologie médicale par exemple, ou non. Ces
fautes ont en principe un rapport avec l’activité professionnelle, mais pas exclusivement, un
acte de la vie privée pouvant porter atteinte à l’honneur ou à la moralité de la profession. (voir
chapitre déontologie)
Les sanctions disciplinaires
Ce sont: l’avertissement, le blâme, l’interdiction temporaire ou permanente
d’exercer des fonctions médicales dans le secteur public et social, l’interdiction temporaire
d’exercer la médecine (pendant 3 ans au maximum), la radiation du tableau de l’Ordre.
L’action disciplinaire est indépendante de l’action civile, pénale ou d’une
autre action disciplinaire (statutaire de la fonction publique par exemple) exercée par
ailleurs.
B – Mise en oeuvre
1. Les juridictions
La juridiction compétente est le Conseil régional de l’Ordre. Ses décisions peuvent
faire l’objet d’un appel devant la section disciplinaire du Conseil national de l’Ordre.
Un pourvoi en cassation peut être formé devant le Conseil d’Etat.
a) Le Conseil Régional de l’Ordre
La loi du 04 mars 2002 a transformé le conseil régional en une chambre
disciplinaire de 1ère instance qui gérera les attributions disciplinaires et un conseil régional
administratif qui s’occupera des attributions administratives. Pour une compréhension plus
claire, nous continuerons, dans ce cours, à utiliser les anciennes dénominations).
Chaque conseil comprend 9 membres titulaires et 9 membres suppléants. Sont
éligibles les médecins remplissant les mêmes conditions que pour l’éligibilité aux Conseils
départementaux. Sont électeurs les Conseils départementaux. Les membres suppléants
remplacent ponctuellement les titulaires empêchés de siéger. Le mandat est de neuf ans, avec
renouvellement par tiers tous les 3 ans.
Sont adjoints au Conseil régional avec voix consultative :
– un conseiller juridique (magistrat honoraire, avocat)
– un directeur départemental de l’action sanitaire et sociale
– un professeur de faculté désigné par le ministère de l’Education nationale
– un médecin-conseil régional des assurances sociales
Le conseil élit un Président, un Vice-Président, un Secrétaire, un Trésorier, après
chaque renouvellement.
Il ne peut siéger valablement que si au moins 5 membres à voix délibératives sont
présents, et en nombre impair.
Il a des attributions juridictionnelles (juridiction disciplinaire) et administratives
(il peut être amené à statuer lors de contestations relatives à l’inscription au tableau de l’ordre
d’un médecin ou pour se prononcer sur une Infirmité ou état pathologique rendant dangereux
l’exercice de la profession)
b) Le Conseil national de l’Ordre
Il est composé de 38 membres :
– 32 élus pour six ans par les Conseils départementaux
– 2 représentants les DOM-TOM
– 1 membre de l’Académie nationale de médecine
– 3 cooptés par les précédents
Sont adjoints avec voix consultative 3 médecins représentant les Ministres de la
Santé, de l’Education et du Travail.
De plus, un Conseiller d’ Etat l’assiste avec voix délibérative.
Il a des fonctions juridictionnelles (c’est la juridiction disciplinaire de 2ème degré)
– La loi du 4 mars 2002 supprime cette organisation en section : la juridiction du 2ème degré
est la chambre disciplinaire nationale. Elle est saisie en appel des décisions des chambres
disciplinaires de 1ère instance.
et des fonctions administratives (contrôle hiérarchique sur les Conseils départementaux,
fixation du montant des cotisations, gestion des biens de l’Ordre, recours contre les refus
d’inscription aux tableaux départementaux, recours en matière de qualification, recours en
matière d’article L. 460).
2. La saisine
Peuvent saisir le Conseil régional :
– le Conseil national
– les Conseils départementaux
– les syndicats médicaux
– le Ministre de la santé
– le Ministre de la Sécurité sociale
– le Préfet de région
– le D.R.A.S.S
– le D.D.A.S.S
– le Procureur de la République
– un médecin inscrit au tableau
Les patients ne le peuvent que par l’intermédiaire d’un Conseil
départemental.
En ce qui concerne les médecins du secteur public (hospitalier par exemple), la
saisine n’est ouverte qu’au Ministre de la santé, au DDASS, et au Procureur de la République.
Le Conseil régional doit statuer dans les 6 mois du dépôt de la plainte. La plainte
est notifiée au médecin mis en cause qui doit présenter sa défense dans un délai de 15 jours.
Un conseiller rapporteur est désigné qui peut entendre le médecin et les témoins. Le Conseil
peut procéder à une enquête. Le médecin est convoqué à l’audience 8 jours à l’avance. Il a pu
auparavant prendre connaissance du dossier. Il peut se faire assister d’un confrère ou d’un
avocat. L’auteur de la saisine du Conseil est également convoqué à l’audience dans les mêmes
conditions. L’audience n’est pas publique. Les droits de la défense doivent être respectés.
3. La procédure
La plainte est notifiée au médecin en cause. Un conseiller régional établit un
rapport au vu des pièces qui lui sont communiquées et, après avoir entendu les parties et les
témoins. Le médecin en cause a accès au dossier, il est invité à produire un mémoire écrit en
défense, il peut se faire assister d’un confrère ou d’un avocat, en cours d’instruction et à
l’audience.
Comme nous l’avons dit précédemment, un patient ne peut pas saisir directement
le Conseil Régional de l’Ordre. Il doit déposer une demande près du Conseil Départemental de
l’Ordre. Celui va tenter de concilier les parties mais doit transmettre la plainte au Conseil
Régional de l’ordre.
Le Conseil Départemental de l’Ordre est formé de médecins appelés des
conseillers (au moins de 9 titulaires et de 9 suppléants) élus par les médecins du département.
Il varie selon le nombre de médecins du département avec un maximum de 21 titulaires et 21
suppléants.
Ses attributions sont :
– la tenue du tableau départemental
– la qualification des médecins
– la perception des cotisations
– l’examen des contrats
– l’autorisation d’ouverture de cabinets secondaires
– l’autorisation de remplacement
– les licences de remplacement
– le contrôle des libellés des plaques et ordonnances
Il n’a aucun pouvoir disciplinaire. Saisi d’une plainte contre un médecin, il doit la
transmettre au Conseil régional avec un avis motivé.
Il peut saisir de sa propre initiative le Conseil régional.
Il est soumis au contrôle hiérarchique du Conseil national qui peut réformer ou
annuler toutes ses décisions.

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