Appréciation médico-légale des traumatismes du membre supérieur


Le membre supérieur est essentiellement destiné à la préhension, mais il a d’autres fonctions tout aussi importantes comme la protection du corps, le maintien de l’équilibre, la communication et d’une façon générale les relations entre les individus. Il est fréquemment le siège de traumatismes dans le cadre d’accidents domestiques, de la circulation ou du travail.

Membre supérieur et communication

Membre supérieur et sport, l’escalade : une activité de loisir ou un sport extrême qui sollicite les capacités des membres supérieurs

L’appréciation médico-légale des traumatismes du (ou des membres) supérieur(s) impose d’avoir une très bonne connaissance de l’anatomie, de la physiologie du membre supérieur. L’expert doit avoir une méthodologie d’examen rigoureuse. Il doit prendre le temps de bien écouter le sujet victime du traumatisme, sa famille, de consulter les documents médicaux initiaux, les comptes-rendus chirurgicaux et les examens d’imagerie et d’électrophysiologie.

Si des progrès considérables ont été faits dans le domaine du diagnostic lésionnel, l’évaluation fonctionnelle quantifiée du membre supérieur reste limitée en pratique clinique. La connaissance de la physiologie et de la physiopathologie des mouvements impliquant les membres supérieurs est un domaine de recherche passionnant. Les techniques d’analyse quantifiée du mouvement, l’exploration des phases préparatoires au mouvement grâce à l’imagerie par RMN nous apportent des données sur l’organisation de la motricité des membres supérieurs, ses modifications après des traumatismes.

L’expert doit être méthodique dans son évaluation du dossier médical. Nous proposons ici un plan qui est celui que nous utilisons au sein du Pôle d’Activités Médicales Inter Sites de Médecine Physique et de Réadaptation de l’Assistance Publique Hôpitaux de

Marseille. (PMPR.AP-HM)

1 Histoire clinique

Elle est retracée en écoutant le récit du sujet, celui de ses proches, en examinant de façon exhaustive les documents médicaux. La chronologie exacte des évènements doit être retrouvée, avec des dates précises.

2 Biographie

La biographie reprend l’histoire de l’individu à partir de sa naissance, sa formation scolaire, ses études secondaires et supérieures, ses activités professionnelles, ses activités sportives et de loisirs. Ce recueil de la biographie est très souvent l’occasion de noter des informations utiles pour la suite de l’expertise. La pratique d’activités professionnelles manuelles lourdes, de certains sports, s’accompagne bien souvent de traumatismes mineurs ou majeurs des membres supérieurs. C’est le cas des lésions du nerf sus-scapulaire chez les volleyeurs, des lésions de la coiffe des muscles rotateurs de l’épaule chez les nageurs de compétition, des lésions digitales chez les judokas …

3 Antécédents médicaux

Exemples : luxations traumatiques antérieures de l’épaule, elles ont pu s’accompagner de lésions

 

neurologiques, elles peuvent aussi survenir sur un terrain d’hyperlaxité constitutionnelle qui pourra représenter un état antérieur pathologique.

4 Examen clinique

Il va débuter par le recueil des doléances spontanées du sujet, par un interrogatoire orienté sur les différentes déficiences qui sont généralement observées, sur les activités, la participation, les situations de handicap, les facteurs environnementaux matériels et humains et la qualité de vie.

Un examen clinique sera ensuite réalisé appréciant dans les meilleures conditions d’examen les déficiences et les activités. Si cela est nécessaire l’évaluation de la participation pourra se faire en situation habituelle de vie. Il en sera de même de l’étude des facteurs environnementaux matériels et humains. L’examen clinique sera toujours couplé et comparé aux données para cliniques.

L’examen clinique du membre supérieur implique d’avoir un sujet dévêtu jusqu’à la taille

5 Le bilan lésionnel

C’est l’étape qui appartient au médecin. Lui seul a été formé et évalué sur ses compétences à établir le diagnostic lésionnel. L’évolution des connaissances, comme dans beaucoup d’autres champs d’activités professionnelles, impose parfois, au médecin généraliste ou spécialiste, de faire appel à d’autres confrères pour avoir des avis compétents : examen électromyographique, bilans d’imagerie (radiographies standarts, échographie, IRM … ), avis chirurgicaux …

Le bilan lésionnel doit évaluer tous les tissus.

Il est renseigné par l’histoire clinique, les documents, les avis de spécialistes:

– les circonstances de l’accident (récit du sujet, de témoins …)

– le mécanisme lésionnel, c’est par exemple un mouvement d’inclinaison latérale du rachis cervical avec abaissement du moignon de l’épaule controlatérale dans les atteintes du plexus brachial, lors d’accidents de deux roues,

– les différents certificats médicaux, compte-rendus opératoires, examens complémentaires (électrophysiologie, imagerie, échographie) qui doivent être consultés.

radiographie du poignet de face : arthrose post-traumatique du poignet, atteinte des articulations radio-ulnaire, radio-carpienne, inter-carpiennes

Il faut faire le bilan complet des lésions et préciser le lien de causalité entre le fait accidentel et celles-ci.

Au terme de ce bilan lésionnel, l’expert peut conclure par exemple : « il s’agit d’un sujet de 20 ans qui présente une paralysie complète du membre supérieur gauche, par lésion du plexus brachial consécutive à son accident de 2 roues survenu le 21 02 2003. Ce sujet n’avait pas d’antécédents pathologiques au niveau du membre supérieur gauche»

Mais le même type de lésion n’entraîne pas les mêmes conséquences chez tous les sujets. Après le bilan lésionnel seront réalisés des bilans des déficiences, des capacités, des situation de handicap et de participation, des facteurs environnementaux et de qualité de vie.

6 Le bilan des déficiences

le recueil des doléances est ici très important. Il est complété par un interrogatoire orienté faisant préciser les douleurs éventuelles, les défauts de mobilité, les déficits de force musculaire, les troubles de la sensibilité comme les paresthésies, l’anesthésie.

Les signes décrits par le sujet seront comparés aux résultats de l’examen clinique qui comporte

 

des évaluations articulaires, musculaires, de la sensibilité, des troubles trophiques et circulatoires. Il faut aussi veiller à ce que les déficiences observées soient ou non en rapport direct avec le fait accidentel. Une raideur articulaire, une lésion cutanée, une infection ostéo-articulaire peuvent être en rapport avec la lésion initiale ou liées à un aléa thérapeutique.

6 1 l’évaluation de la douleur

Elle est qualitative ou quantitative. L’évaluation qualitative s’informe sur différents paramètres : topographie, caractères inflammatoire ou mécanique, douleurs de type neurologique etc.

L’évaluation quantitative : la douleur est subjective, son évaluation se fait par le rapport verbal du patient ou l’observation de son comportement.

Les mesures subjectives verbales :

L’échelle Numérique (EN) introduite par Likert en 1932. L’EN est graduée de 0 à 10 et comprend donc 11 niveaux. Les extrémités portent les mentions « pas de douleur » et « douleur maximale imaginable » Le patient entoure le chiffre correspondant à l’intensité de la douleur qu’il ressent.

L’échelle verbale simple ou EVS de Keele.KD en 1948. comprend 5 propositions numérotées de 0 à 5. Le patient choisit le qualificatif correspondant à sa douleur.

L’échelle visuelle analogique de Price.DD, 1994, EVA est la plus utilisée en pratique clinique aujourd’hui. Elles se présente sous la forme d’une ligne horizontale ou verticale de 10 cm de long et dont les extrêmes portent les mentions « pas de douleur » et « douleur maximale imaginable». Le patient désigne ou fait une marque à l’endroit qui correspond le mieux à sa douleur. La valeur retenue est la mesure en mm à partir de l’extrémité minimale.

Parmi ces trois échelles, l’EVS qui comporte moins de trois niveaux semble moins sensible ; l’EN et l’EVA présentent la même fiabilité.

Ces échelles unidimensionnelles ont le désavantage d’être des indicateurs globaux et de ne pas permettre une analyse des différentes composantes de la douleur. Leur valeur descriptive est faible par rapport aux échelles comportementales ou échelles qualitatives. Les avantages de l’EVA sont sa sensibilité et la possibilité d’effectuer des mesures fréquentes car elle est de passation rapide et facile.

Les échelles de visages : ces méthodes ont été proposées par les anglo-saxons pour les enfants de 2 à 4 ans voire plus. Des planches de visages dessinés de façon schématique représentent des niveaux progressifs de douleur. Parmi ces échelles la Faces Pain Scale de Bieri.D 1990.

Les mesures des composantes motrices et comportementales de la douleur.

La douleur est subjective mais le comportement d’un patient et les modifications de comportements habituels peuvent révéler le degré d’incapacité mais aussi la sévérité d’une douleur. Les comportements douloureux se traduisent par les plaintes verbales, les expressions pseudo-verbales (soupirs), les mimiques, les pleurs, les positions antalgiques, les gestes de protection des zones douloureuses, une réduction des mouvements et l’évitement de certains gestes, un retentissement sur la vie sociale. L’hétéro-évaluation comportementale est l’évaluation de la douleur par une tierce personne grâce à l’utilisation de critères comportementaux regroupés au sein d’une échelle. L’échelle Doloplus 2, Warry.B, 1999, est une des plus avancées en France. Elle comporte 10 items répartis en trois sous groupes proportionnellement à la fréquence rencontrée (5 items somatiques, 2 items psycho-moteurs, 3 items psycho-sociaux, chaque item est coté de 0 à 3).

6.2 le bilan articulaire

(A.Delarque, JM.Viton, 1998)

Une articulation normale se définit par son indolence, sa mobilité, sa stabilité, le respect de la

 

morphologie et des alignements physiologiques. Le bilan articulaire du membre supérieur comporte un interrogatoire et un examen complet des différentes articulations. Il étudie des éléments subjectifs comme la douleur et des éléments objectifs comme les alignements, les amplitudes articulaires et la recherche de mobilités anormales.

Bilan articulaire d’un traumatisme de la main : absence de raideur dans le plan frontal, raideur en extension de l’index, la mobilité en flexion est complète.

L’objectif de ce bilan qui associe régulièrement la clinique et les examens d’imagerie est de comprendre quelle est la cause d’une anomalie articulaire, que ce soit une raideur ou à l’inverse une laxité, de quantifier les anomalies observées.

Le bilan articulaire du membre supérieur doit être réalisé sur un sujet dévêtu jusqu’à la ceinture (torse nu chez les hommes, soutien-gorge chez les dames).

On peut ainsi évaluer les amplitudes articulaires. La goniométrie manuelle constitue la méthode la plus simple.

La laxité articulaire peut aussi être évaluée au niveau de la ceinture scapulaire : touche de piano au niveau de l’articulation acromio-claviculaire, test d’appréhension antérieure qui recherche une laxité pathologique au niveau de la gléno-humérale, subluxation inférieure de la tête humérale dans les paralysies du plexus brachial, hyper mobilités en extension du poignet des doigts…

Les examens d’imagerie donnent bien souvent des signes indirects de laxité avec des lésions articulaires comme les encoches au niveau de la tête humérale, les lésions du bourrelet glénoïdien.

6 3 le bilan musculaire

c’est une appréciation de toutes les caractéristiques des muscles des membres supérieurs.

Le bilan musculaire du membre supérieur doit être réalisé sur un sujet dévêtu jusqu’à la ceinture (torse nu chez les hommes, soutien-gorge chez les dames).

On recherche :

– une amyotrophie appréciée à la vue, à la palpation, aux mensurations des périmètres au niveau des métacarpiens (gantelet), d’avant-bras et de bras,

amyotrophie des muscles du moignon de l’épaule avec une subluxation inférieure de la tête humérale (syndrome d’appendement avec vide sous-acromial)

– une modification du tonus musculaire à type d’hypotonie ou d’hypertonie, de contractures,

– une modification de la course des muscles mono ou polyarticulaires,

On évalue la force musculaire selon le testing clinique, faisceau par faisceau, ou muscle par muscle. L’examinateur doit être très expérimenté pour ne pas faire des erreurs grossières. On voit ainsi des muscles cotés à 3 qui sont cotés à zéro pour un clinicien entraîné. Les valeurs de 0 à 3 sont peu dépendantes de l’examinateur. Il n’en est pas de même des cotations 4 ou 5. Le testing musculaire analytique peut être modifié par la fatigue, la motivation, la douleur du patient examiné. Un déficit modéré de force musculaire, chez un sujet athlétique, pourra être sous estimé par un examinateur plus faible que le sujet examiné.

L’utilisation de dynamomètres permet une quantification linéaire. Elle ne permet pas l’étude analytique, muscle par muscle ou faisceau par faisceau. Elle est donc complémentaire du testing musculaire clinique.

Les dynamomètres isotoniques et isocinétiques permettent eux aussi des quantifications linéaires des couples de force développés par les muscles agonistes et antagonistes qui mobilisent une

 

articulation, selon la vitesse utilisée. Ils autorisent l’étude de l’endurance.

Le couplage avec l’EMG de surface reste du domaine de la recherche. Il renseigne sur le contrôle neuromusculaire dans les mouvements rythmiques.

L’évaluation musculaire ne se limite pas à l’étude de la force et de l’endurance. L’évaluation des aptitudes neuro-musculaires, comme l’adresse, l’habileté doivent faire partie de l’examen du ou des membres supérieurs.

L’électromyographie de détection et de stimulo-détection n’a de valeur que dans des mains très expérimentées. Devant une amyotrophie, l’EMG permet de dire si celle-ci est liée à une atteinte neurogène ou à une non utilisation après un traumatisme.

bilan musculaire du membre supérieur : l’anatomie impose un examen sur un sujet torse nu ou en soutien-gorge, les insertions du grand dorsal partent du bassin.

6.4 le bilan de la sensibilité

(JM.André, J.Paysant 1998)

« la sensibilité ou somesthésie désigne la modalité sensorielle dévolue à la connaissance du monde extérieur immédiat (extéroception) et à celle du corps moteur (proprioception).

la sensibilité doit être explorée selon tous les modes, superficielle, profonde, proprioceptive, thermique. Une cartographie doit être établie. Ce bilan de la sensibilité est subjectif. Confronté au bilan des réflexes et au bilan musculaire, il permet de déterminer une topographie tronculaire ou radiculaire lors d’une atteinte neurologique. Il est particulièrement important au niveau de la main. Les territoires des nerfs médian et ulnaire sont ceux qui ont le plus de valeur pour la préhension. Le nerf radial assure l’innervation sensitive de la face postérieure du premier espace interosseux. Ici aussi la confrontation avec les résultats de l’électromyogramme est très utile.

Les troubles importants de la sensibilité s’accompagnent souvent de lésions des doigts ou de la main : brûlures de cigarettes par exemple.

6.5 Le bilan trophique et circulatoire

Les cicatrices seront décrites, mesurées, au mieux photographiées avec une référence de longueur sur la photo.

L’œdème distal est très fréquent au niveau du membre supérieur. Il peut être quantifié en mesurant le périmètre de la main au niveau du grill métacarpien, au niveau du poignet, en observant qu’une bague n’a pas pu être laissée en place. Associé à la douleur l’œdème fait évoquer une algoneurodystrophie. Le diagnostic est clinique, paraclinique avec des signes scintigraphiques et en IRM précoces, radiologiques tardifs et durables.

Les syndromes du défilé thoraco-brachial doivent être confirmés par des spécialistes, neurologues, chirurgien vasculaire ou angéiologue avec l’apport des examens complémentaires (échodoppler artériel et veineux, électromyogramme).

7 Le bilan des capacités

L’évaluation des capacités fonctionnelles se fait grâce à différents éléments :

– l’interrogatoire qui fait tout d’abord préciser les impossibilités ou les difficultés lors des activités de la vie de tous les jours, de la vie professionnelle et ou de loisirs.

– l’utilisation d’échelles d’évaluation permet d’être systématique. On peut se servir de la Mesure d’Indépendance Fonctionnelle ou MIF. Il s’agit d’une évaluation fonctionnelle générique, applicable à toutes les pathologies du membre supérieur. Certains de ses items concernent les membres supérieurs : « alimentation, soins de l’apparence, toilette, habillage partie supérieure du corps, habillage partie inférieure du corps, utilisation des toilettes ».

D’autres bilans quantifiés fonctionnels sont spécifiques de pathologies comme le score de

 

Constant pour la pathologie de l’épaule.

L’évaluation de la préhension et sa description analysent ses différentes phases, de préparation, d’approche, de prise ou saisie, de lâcher. Des évaluations s’intéressent plus particulièrement à la force de préhension (dynamomètres de Grip ou Jamar), d’autres à la capacité de saisir, déplacer et lâcher des objets dans un temps donné (Box and Block test)

Lors d’une expertise un minimum de gestes utilisant les membres supérieurs doit être étudié, avec la possibilité pour le sujet de mimer ces gestes :

Ecrire, la comparaison avec des écrits antérieurs est intéressante. Certains paramètres sont étudiés comme l’adresse, la qualité de l’écriture, la vitesse et la fatigabilité,

S’alimenter, avec des couverts le sujet mime les gestes habituels de piquer un aliment, de le porter à sa bouche, il se sert à boire etc,

Soins de l’apparence, le sujet fait semblant de se coiffer, de se raser, de se couper les ongles des mains ou des pieds, pour les femmes de se maquiller,

Soins d’hygiène, le sujet montre s’il peut atteindre les différentes parties de son corps, pour la toilette,

Passage aux WC, le sujet montre qu’il peut atteindre son périnée, manipuler du papier hygiénique,

S’habiller, se déshabiller, se chausser.

S’habiller d’une seule main impose

un temps plus long et des vêtements

adaptés

On peut compléter en testant l’équilibre en monopodal et en bipodal et la participation des membres supérieurs à son maintien. L’observation du sujet qui marche permet d’analyser la mobilité des membres supérieurs : balancement symétrique, défaut de balancement du coté pathologique.

La conduite, peut aussi être mimée si une évaluation est nécessaire, en faisant préciser les aménagements du véhicule personnel ou professionnel. Ces aménagements ont pu être précisés sur le permis spécial.

les conséquences fonctionnelles d’un traumatisme du membre supérieur dépendent de l’état antérieur du sujet : pour se déplacer en fauteuil roulant, mettre et ôter un corset le sujet peut avoir perdu son indépendance du fait du traumatisme récent du ou des membres supérieurs …

8 Le bilan en situation de vie réelle

C’est un élément indispensable. Il est fait par l’expert ou établi par d’autres professionnels de santé comme les ergothérapeutes. Dans le cadre de la convention qui lie l’Association des Paralysés de France (APF) au Pôle de Médecine Physique et de Réadaptation de l’AP-HM, des bilans sont effectués au domicile et dans le quartier des patients pour savoir par exemple, si un fauteuil roulant électrique peut être utilisé.

Ces bilans en situation permettent de définir

– la nécessité d’aménagements des lieux de vie, de travail, de loisirs,

– la nécessité et le rôle de différentes tierces personnes,

– l’intérêt d’aides techniques.

Etude du lieu de travail d’une

collégienne, difficultés pour

 

placer une feuille dans un

classeur avec une seule main

valide

Etude d’un repas chez un sujet

utilisant une prothèse de membre

supérieur

9 Le bilan de la participation

du sujet à la vie familiale, sociale, professionnelle, culturelle, religieuse et aux loisirs

le rôle, la part prise par le sujet dans la cellule familiale, dans le milieu du travail, si ce dernier a pu être repris sont étudiés.

Avec des capacités semblables certains sujets vont toujours jouer un rôle important dans leurs milieux de vie ou au contraire vont « se replier » sur eux-mêmes et ne plus participer. Très souvent le regard des autres est évoqué comme une des raisons à l’origine de ce repli sur soi.

La fonction sexuelle

« à l’origine intégrées dans le préjudice physiologique global, et évaluées par l’incorporation dans l’incapacité permanente partielle, les atteintes de la fonction sexuelle s’en sont progressivement dégagées, et leur nature de préjudice personnel, extrapatrimonial, n’est plus guère discutée par la jurisprudence…La fonction sexuelle paraît pouvoir être scindée, sans doute de façon un peu artificielle, en deux grands aspects : la fonction de plaisir, résultant de la capacité à accomplir l’acte sexuel ; la fonction de fertilité, ou capacité de procréation » in Barème d’évaluation médico-légale de la Société de Médecine légale et de Criminologie de France et de l’Association des Médecins Experts en dommage corporel, éditeur : ESKA et Alexandre Lacassagne, 2000

Une amputation bilatérale des membres supérieurs pourra perturber la fonction de plaisir.

10 Le bilan des facteurs environnementaux humains et matériels

Facteurs environnementaux humains : (environment)

Le récit sur 24h de la participation des proches, sur leurs interventions apporte des informations sur le rôle des tierces personnes auprès du sujet.

Facteurs environnementaux matériels :

Seront étudiés, le cadre de vie habituel, les modalités des déplacements, les cadres de vie en dehors du domicile dans lesquels le sujet est amené a se rendre de façon régulière ou occasionnelle (restaurants, cinémas, piscine, terrains de sports, véhicules…)

11 Le bilan de la qualité de vie

Elle peut être appréciée de façon qualitative ou en utilisant des outils quantifiés d’évaluation de la qualité de vie (EVA) ou autres échelles, comme le SF36 (http://www.afrek.com/fiches/rub6/bilansf3.pdf).

Différentes échelles d’évaluation de la qualité de vie existent, elles ont un intérêt pour des études de populations ou pour apprécier l’évolution dans le temps au niveau individuel.

L’utilisation de ces échelles ou questionnaires vient compléter les autres types de bilans. Plusieurs personnes ayant les mêmes capacités fonctionnelles, les mêmes situations de handicap,

 

peuvent vivre différemment leurs expériences et apprécier de façon différente leur qualité de vie.

12 Evolution

La pathologie est toujours évolutive.

Les lésions initiales sont guéries ou consolidées avec des séquelles.

La consolidation est datée.

Au total

Dans les traumatismes du membre supérieur le médecin expert va

– déterminer les lésions consécutives au fait accidentel,

– indiquer après s’être fait communiquer tous documents relatifs aux examens, soins et interventions dont la victime a été l’objet, leur évolution et les traitements appliqués ; préciser si ces lésions sont bien en relation directe et certaine avec l’accident,

– déterminer la durée de l’incapacité temporaire de travail en indiquant si elle a été totale ou si une reprise partielle est intervenue ; dans ce cas, en préciser les conditions et la durée,

– dégager, en les spécifiant, les éléments propres à justifier une indemnisation, au titre de la douleur. « Comportent les douleurs tant physiques que psychologiques, mais aussi toutes les contraintes, tous les désagréments, tous les troubles dans les conditions d’existence subis pendant la période qui précède la consolidation, en rapport avec les lésions initiales » référence, Barème d’évaluation médico-légale de la Société de Médecine légale et de Criminologie de France et de l’Association des Médecins Experts en dommage corporel, éditeur : ESKA et Alexandre Lacassagne, 2000.

Un sujet porteur d’une amputation des deux membres supérieurs sera dépendant de tierces personnes pour aller aux toilettes, manger…En dehors des douleurs cette dépendance

« dégradante » entre dans le cadre des souffrances psychiques.

et

éventuellement du préjudice esthétique,

« sont intégrés dans le dommage esthétique les cicatrices, déformations, modifications de coloration ou de relief de la peau, des téguments notamment, mais également tous les éléments disgracieux, statiques ou dynamiques, ainsi que les modifications du profil social, par exemple les modifications générales d’attitude, ou les altérations de la marche, mais aussi la nécessité d’utiliser des appareils ou des aides techniques (cannes, orthèses, prothèses, fauteuil roulant…) ou encore les contraintes de protection solaire »

in Barème d’évaluation médico-légale de la Société de Médecine légale et de Criminologie de France et de l’Association des Médecins Experts en dommage corporel, éditeur : ESKA et Alexandre Lacassagne, 2000

L’aspect du membre supérieur, sa dynamique doivent être pris en considération.

La limitation de la mobilité, l’asymétrie des mouvements entre les membres supérieurs, une mobilité anormale d’un membre supérieur, représentent des préjudices esthétiquesen les qualifiant de très léger, léger, modéré, moyen assez important, important et très important,

– fixer la date de consolidation des blessures, de dire si, du fait des lésions constatées initialement, il existe une atteinte permanente d’une ou plusieurs fonctions et dans l’affirmative, après en avoir précisé les éléments, chiffrer le taux du déficit physiologique

 

résultant au jour de l’examen de la différence entre la capacité antérieure, dans le cas échéant, les anomalies devront être discutées ou évaluées, et la capacité actuelle,

Le taux d’IPP consécutif à l’accident est fixé en fonction de barèmes. En référence au Barème d’évaluation médico-légale de la Société de Médecine légale et de Criminologie de France et de l’Association des Médecins Experts en dommage corporel, éditeur : ESKA et Alexandre Lacassagne, 2000 voici quelques exemples de taux d’IPP dans les atteintes des membres supérieurs :

désarticulation interscapulo-thoracique du membre dominant 60 à 65 %

paralysie complète du plexus brachial du membre dominant 60 % à 50 %

perte totale de la fonction de la main (par amputation, ankylose de toutes les articulations ou atteinte neurogène) coté dominant 45%, non dominant 40%

raideur modérée de l’épaule coté dominant 5 à 10%, non dominant 3 à 8%.

– dire si l’état de la victime est susceptible de modification en aggravation ou amélioration ; dans l’affirmative, fournir au Tribunal toutes précisions utiles sur cette évaluation, son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen lui apparaîtrait nécessaire, indiquer le délai dans lequel il devra être procédé,

La surveillance et les traitements nécessaires

(prises de médicaments antalgiques, kinésithérapie, port et renouvellement d’orthèses de poignet et ou de main).

L’avenir évolutif des lésions est à préciser dans certains cas

– dire si malgré son incapacité permanente, la victime est au plan médical physiquement et intellectuellement apte à reprendre, dans les conditions antérieures ou autres, l’activité qu’elle exerçait lors de l’accident.

– dire si l’aide d’une tierce personne est nécessaire à court terme, à long terme, voire définitivement et, dans l’affirmative, fixer la durée quotidienne nécessaire et déterminer les frais futurs y compris les aménagements immobiliers nécessaires.

Les aides environnementales

(adaptation du domicile après un bilan par un ergothérapeute, par exemple : en ramenant des rangements à une hauteur plus facilement accessible lors d’un déficit des muscles élévateurs des membres supérieurs) pour permettre certaines activités ;

Les aides humaines (aides ménagères pour réaliser des taches domestiques lourdes).

Au total, l’évaluation des conséquences médico-légale des traumatismes du membre supérieur nécessite de bonnes connaissances cliniques, implique un examen minutieux et attentif. Dans l’avenir les techniques d’évaluation quantifiée du mouvement, appliquées dès maintenant aux membres inférieurs, devraient venir compléter nos bilans cliniques, sans jamais les remplacer.

Bibliographie :

  • A.Delarque, JM.Viton, Bilan articulaire des membres in Traité de médecine physique et de réadaptation, 1998, JP.Held, O.Dizien, chap 4, 30-42
  • Huskisson E. Measurement of pain. Lancet 1974; 2:1127-31.
  • JM.André, J.Paysant Bilan de la sensibilité, in Traité de médecine physique et de réadaptation, 1998, JP.Held, O.Dizien, chap 5, 43-49
  • JM.André, N.Martinet Préhension, in Traité de médecine physique et de réadaptation, 1998, JP.Held, O.Dizien, chap 11,111-117.
    • François Béthoux, Paul Calmels, Guide des outils de mesure et d’évaluation en médecine physique et de réadaptation, Editions Frison-Roche, 2003.
    • H.O. Kendall, F.P. Kendall, G.E. Wadsworth, Les muscles, bilan et etude fonctionnelle. Maloine s.a Editeurs
    • Le Concours Médical. Barème indicatif d’évaluation des taux d’incapacité en droit commun. Le concours médical Edition 2001.

 

. Barème d’évaluation médico-légale de la Société de Médecine légale et de Criminologie de France et de l’Association des Médecins Experts en dommage corporel, éditeur : ESKA et Alexandre Lacassagne, 2000.

Site internet

ANAES : www.anaes.fr

Enseignements complémentaires :

Informations auprès du secrétariat de Médecine Physique, madame Favre, par mail

favre@zola.marron.univ-mrs.fr

  • DIU de mésothérapie, pour les examens cliniques programmés de l’appareil locomoteur,
  • DIU de médecine manuelle, ostéopathie, pour les examens cliniques programmés de l’appareil locomoteur,
  • DU d’analyse de la posture et du mouvement, pour les examens cliniques programmés et les examens quantifiés de l’appareil locomoteur,
  • European School Marseille, université européenne d’été « motor disabilities, assessment, rehabilitation, neurophysiological supports » 1/13 juillet 2008, amphi HA3 CHU Timone, pour les méthodes modernes d’évaluation de la mobilité.
  • Capacité de biologie et médecine du sport, pour les examens cliniques programmés de l’appareil locomoteur et pour les examens complémentaires en traumatologie de l’appareil locomoteur
  • EPU du service de médecine du sport, hôpital Salvator AP-HM, pour les examens cliniques programmés de l’appareil locomoteur et pour les examens complémentaires en traumatologie de l’appareil locomoteur
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