Entomologie Forensique : les insectes…pièces à conviction ?


 

Jessica Dekeirsschieter et Eric Haubruge

Unité d’Entomologie Fonctionnelle et Évolutive

Université de Liège, Faculté des Sciences agronomiques de Gembloux Passage des déportés, 2, 5030 Gembloux

dekeirsschieterMfSagx.ac.be

Lorsqu’une espèce animale meurt, elle est rapidement visitée et coloni­sée par de nombreux organismes tels que des bactéries, des champignons, des arthropodes dont les insectes ainsi que des vertébrés (mammifères et oiseaux) [Carter, 2007]. Au sein de nos écosystèmes tempérés, parmi les animaux consommateurs, les insectes nécrophages sont les plus spécia­lisés. Associés aux décomposeurs, ils participent à la minéralisation des matières organiques. Leur rôle est donc primordial au sein des écosys­tèmes terrestres où ils remplissent la fonction « d’éboueurs entomolo­giques » [Leclercq et Verstraeten, 1992]. Le cadavre constitue pour ces différentes espèces un substrat nourricier, un site de pontes, un refuge ou encore un territoire idéal bien que fluctuant au rythme du processus de décomposition. Parmi les insectes nécrophages, deux ordres sont large­ment présents sur les carcasses animales en décomposition : les Diptères et les Coléoptères. A l’heure actuelle, seule une partie de l’entomofaune nécrophage est utilisée en entomologie forensique* dans les expertises entomologiques. Il s’agit des Diptères Calliphoridés et plus particuliè­rement des genres Calliphora (mouches bleues de la viande) et Lucilia (mouches vertes).

Les insectes des « indics » : quand, comment, pourquoi ? Passé un cer­tain délai (environ 72h après la mort), les méthodes de datation utilisées par les médecins légistes telles que la température corporelle, la rigidité, les lividités cadavériques et les méthodes biochimiques ne sont plus fia­bles et seuls les insectes peuvent aider à déterminer la date du décès [Benecke, 2004].

L’arrivée précoce de certaines espèces de mouches sur le cadavre en
font de redoutables bio-indicateurs quant à la date de décès, on parle
plus précisément d’intervalle postmortem ou IPM. Celui-ci est basé sur

20 Ligue des Amis du Kauwberg

 

Sciences

 

 

 

le développement des larves de Diptères. Les Calliphoridés sont attirées par le corps dans les minutes ou les heures qui suivent la mort [Wyss et Cherix, 2007]. Outre l’accessibilité du corps aux insectes, de nom­breux facteurs environnementaux gouvernent la séquence de colonisa­tion postmortem par les insectes nécrophages dont le plus important est la température locale. En pratique, les entomologistes se basent sur la durée des cycles de développement des espèces de Calliphoridae en par­tant du postulat que le jour de pontes des mouches correspond au jour du décès (IPM minimum),

En effet chaque espèce de Calliphoridés à besoin d’une certaine somme de températures pour boucler son cycle de développement complet : de l’oeuf à l’adulte émergent aussi appelé imago ou insecte parfait [Haskcll et al., 1997 ; Wyss et Cherix, 2006]. Le principe de l’expertise entomo­logique consiste à prélever sur le corps des larves, aussi appelées asticots dans le cas des Diptères, et à les mettre en élevages contrôlés (incuba­teur thermostatisé) jusqu’à l’émergence des adultes. Connaissant la date exacte d’émergence, le ou les espèces mises en élevage, les températu­res journalières de l’incubateur et sur la scène de crime, l’entomologiste va calculer précisément le moment des premières pontes en « remontant dans le temps » afin d’obtenir la somme total de températures nécessaire au développement de l’espèce.

Cependant même si dater la mort est un des enjeux principaux de cet­te discipline, l’entomologie forensique ne se limite pas à calculer un intervalle postmortem en cas de mort suspecte. Les insectes peuvent également servir à déterminer les causes de la mort notamment en cas d’ingestion de drogues ou de substances toxiques, on parle d’entomo­toxicologie.

Une exposition dédiée aux insectes sur la scène de crime se déroulera du 7 au 13 mai 2009 sur le site de la Faculté des Sciences Agronomiques de Gembloux (Université de Liège).

 

L’IPM est le laps de temps écoulé entre la découverte du corps et le moment décès. Il s’agit toujours d’un IPM minimum, les premiè­res pontes d’insectes pouvant être décalées par rapport à la date du décès si les conditions propices à la colonisation postmortem par les insectes nécrophages ne sont pas réunies : corps inaccessible, tem­pératures trop basses (hiver), pré­sence de substances répulsives sur le cadavre, etc.

L’entomotoxicologie est la recher­che de drogues, de médicaments ou de poisons, etc. dans les insectes (adultes, larves et mêmes les pupes vides).

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s