MÉDICAMENTS PHARMACOLOCIQUEMENT INACTIFS EN PSYCHIATRIE


V OLIIVIER

Les anxiolytiques ne permettent en aucun cas de traiter correctement un trouble dépressif.

© Elsevier, Paris.

Introduction

Certaines formes cliniques de maladie mentale sont de diagnostic difficile, car elles sont caractérisées par une symptomatologie non spécifique (psychiatrique ou somatique) masquant ou remplaçant les signes spécifiques de la maladie. De plus, ces signes peuvent être difficiles à mettre en évidence parce que le patient et/ou son entourage les ignorent, voire les nient lorsqu’il existe une réticence à admettre la présence d’une maladie mentale. Enfin, certains signes spécifiques n’apparaissent qu’après plusieurs mois ou années d’évolution.

Pour ces différentes raisons, il est parfois difficile de déterminer la nature des troubles présentés par un patient; le délai de prise en charge de certains patients souffrant d’une pathologie psychiatrique est donc souvent important. Dans certains cas, un traitement symptomatique peut être rapidement proposé pour soulager le patient, mais ce traitement ne sera pas actif sur le trouble lui-même et risquera même de l’aggraver.

La prescription de médicaments « pharmacologi­quement inactifs » chez un patient consultant pour une souffrance ou des difficultés psychologiques est souvent liée à une mauvaise orientation diagnostique.

Risque de méconnaissance d’un trouble psychiatrique

Ce risque ainsi qu’une prise en charge inadéquate sont, en médecine générale, fréquents pour les troubles dépressifs. En effet, un diagnostic de dépression peut être difficile à poser, principalement pour deux raisons.

D’abord, certaines difficultés psychologiques peuvent apparaître réactionnelles à un ou des événements de vie stressants, et de plus être minimisées ou banalisées par le patient.

Ensuite, plusieurs formes cliniques de dépression sont particulièrement trompeuses : la « dépression masquée », où les symptômes dépressifs sont au second plan, masqués par une symptomatologie différente, le plus souvent somatique (surtout algique), les « équivalents dépressifs », où des troubles d’allure névrotique d’apparition récente remplacent les signes dépressifs, les « dépressions anxieuses », où l’anxiété est au premier plan, masquant le ralentissement dépressif; les dépressions chez le sujet âgé, où des signes d’allure démentielle (altération des fonctions cognitives, troubles du comportement) peuvent masquer la symptomatologie dépressive…

Traitement

Un trouble dépressif peut ainsi passer inaperçu, et seuls les signes apparents rapportés par le patient seront traités :

– traitement anxiolytique d’un état anxieux;

– traitement antalgique d’une douleur chronique, persistante, de cause inconnue;

– traitement symptomatique d’un état démentiel;

– cure de vitaminothérapie et/ou de sels minéraux (magnésium) dans des états de fatigue prolongée, sans cause organique retrouvée…

Lorsque ces traitements symptomatiques s’avèrent inefficaces ou partiellement efficaces, il faudra suspecter un trouble dépressif et effectuer un entretien psychiatrique attentif afin de mettre en évidence des signes dépressifs spécifiques.

Médicaments

Les plus fréquemment prescrits dans les états anxiodépressifs sont les anxiolytiques, et en particulier les benzodiazépines. De nombreuses dépressions d’intensité « modérée » sont traitées par des anxiolytiques au long cours qui ne peuvent permettre qu’une amélioration transitoire de l’état dépressif en agissant sur la composante anxieuse de la dépression. Ces médicaments ont l’avantage d’être rapidement «efficaces» (ils soulagent rapidement les patients de leur anxiété) et d’être bien tolérés. Cependant, ils n’ont aucune action antidépressive spécifique.

Ils ne permettent donc en aucun cas de traiter correctement un trouble dépressif, au contraire, ils favorisent les principales complications des dépressions : rechutes et récidives dépressives, suicides, dépressions chroniques et/ou résistantes aux antidépresseurs, séquelles psychologiques.

Certaines dépressions majeures ne sont traitées qu’avec des anxiolytiques (19 % des dépressions majeures selon une étude récente), continuant ainsi à s’aggraver, et sont par ailleurs associées à un risque de passage à l’acte suicidaire important facilité par l’effet dés inhibiteur de ces médicaments.

Conclusion

Les anxiolytiques font l’objet de règles de prescription bien codifiées. Dans tous les cas, la prescription d’un anxiolytique doit être transitoire et de courte durée; l’indication d’un tel traitement doit être régulièrement réévaluée. Son inefficacité ou son efficacité partielle doivent faire suspecter une dépression et imposent un réajustement thérapeutique.

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