Approche balistique des lésions par projectile


Th Jacobs

Business Development Manager FN Herstal

On a trop souvent une image déformée de la réalité balistique à travers ce qu’on lit dans les livres ou plus encore à travers ce que l’on voit au cinéma ou à la télévision. L’objectif principal de cet exposé est de rétablir la vérité scientifique sur le sujet. Si la balistique est une sciences qui se veut exacte, il n’en reste pas moins que ses résultats appliqués à des sujets biologiques et en particuliers à l’homme restent eux liés essentiellement aux incertitudes biologiques. L’exposé analyse le phénomène balistique des lésions par armes à feux du point de vue strictement du balisticien. Que se passe-t-il lorsqu’une balle touche un tissu mou, un tissu dur et pourquoi ces réactions du projectile. Tel est l’objectif de cet exposé, qui, en aucun cas n’abordera le point de vue médical de ces phénomènes.

1 Introduction aux armes à feu et à la

balistique générale.

Pour interpréter correctement la balistique terminale et ses différents phénomènes, une certaine connaissance de base de la balistique intérieure et extérieure est nécessaire de même que quelque notions de base et définitions sur les armes à feu et sur les munitions.

a. Les petites armes

On peut classer les armes de différentes manières suivant leur finalité : armes de chasse, de sport, de guerre, etc… ,suivant leur mécanisme : arme automatique, semi-automatique, manuelle… Mais si on regarde d’une manière globale, on admet qu’il existe quatre catégories générales de petites armes : les armes de poing, les armes longues rayées, les armes longues lisses et les armes dites spéciales parmi lesquelles on retrouve notamment les systèmes à létalité réduite.

Chaque catégorie comprend elle-même des sous-catégories ; parmi les armes de poing on retrouve notamment les revolvers et les pistolets semi-automatiques ; dans les armes longues rayées, on retrouve toutes les armes à feu à canon rayé conçues pour être tirées épaulées. Ces armes qu’on appelle communément carabines peuvent être à un coup, à levier, semi-automatiques ou automatiques suivant simplement leur méthode d’alimentation et de tir. La longueur du canon ne joue en rien dans la classification de ces armes. Cependant de plus en plus de législations requièrent une longueur de canon minimale.

Les armes de poing et les armes longues à canon rayé ont donc un certain nombre de rainures spiralées tout le long de l’âme du canon. La fonction de ce rainurage est de provoquer un mouvement de rotation de la balle lors de son mouvement dans le canon, mouvement de rotation qui, lors de sa continuation dans l’air permettra de stabiliser le projectile par effet gyroscopique. Il n’y a pas de règles pour les rainures, celles-ci peuvent tourner à droite ou à gauche sans que cela n’influence la balistique extérieure, de même, elles peuvent être au nombre de 4, 6 ou plus . On trouve parfois aussi des rainurages à spirale croissante qui augmentent la vitesse de rotation du projectile.

Les armes à canon lisse sont en général des armes de chasse qui tirent des munitions de type chevrotine ou stabilisées par un petit empennage. C’est dans ce type d’armes qu’on retrouve aussi les fusils à pompe mieux connus sur le terme de RiotGun.

Auparavant, les balles étaient constituées de sphères de plomb tirées dans des armes à canon lisse. Ces armes étaient peu précises et avaient une portée très limitée. Par la suite, vers le milieu du XIXème, l’apparition des armes rainurées conduisit au développement d’une nouvelle génération de munitions de forme allongée et généralement à structure interne plus complexe .

D’une manière simplifiée, les balles modernes se divisent en deux catégories : les balles en plomb et les balles chemisées ; les chevrotines n’étant, elles, pas reprises sous le label de balles. On dit qu’une balle est chemisée lorsqu’elle est recouverte en tout ou en partie d’une jaquette métallique le plus souvent en laiton. D’une manière générale, les munitions des armes de poing de petits calibres sont des balles en plomb dont la plus célèbre est la .22, tandis que les armes de poing de calibre supérieur et les armes longues rayées utilisent des munitions chemisées. Les balles chemisées sont dites blindées lorsque la chemise entoure complètement le noyau et semi-blindées lorsque cette couverture n’est pas complète. Ces différentes configurations vont influencer de manière capitale les modes de fonctionnement des projectiles sur les cibles et par conséquent, sont à la base des différences d’effets que l’on peut observer dans la balistique lésionnelle.

b. La balistique.

La balistique est la science qui étudie d’une manière générale le mouvement des corps dans un espace à 3 dimensions. Dans notre cas, elle se limite à l’étude du mouvement et des effets d’un corps lancé d’un point vers un autre. Elle se décompose en plusieurs parties : la balistique intérieure, la balistique intermédiaire, la balistique extérieure et bien entendu la balistique terminale.

Pour bien comprendre les phénomènes liés à la balistique terminale, il est nécessaire de donner quelques notions des autres balistiques.

La balistique intérieure s’occupe de tout se qui se passe dans l’arme depuis l’initiation de la cartouche jusqu’à la sortie de la balle du tube avec une certaine vitesse et avec une certaine direction. Hormis

l’influence directe de la vitesse initiale sur l’efficacité d’un projectile et par conséquent sur ses effets dans une cible, la balistique intérieure joue un rôle très limité sur les lésions et d’une manière générale sur la balistique lésionnelle.

Par contre ce n’est pas le cas du tout pour la balistique dite judiciaire c’est-à-dire pour la partie de la balistique qui permet de vérifier si telle ou telle arme a été utilisée dans une affaire judiciaire et comment. Dans la majorité des cas, c’est effectivement grâce à l’empreinte du percuteur sur la douille que l’on peut prouver qu’une munition a bien été tirée à partir d’une arme ; de même, chaque rainure laisse une marque unique sur un projectile qui peut, en fonction bien entendu de l’état dans lequel on retrouve un projectile, permettre de confondre un projectile avec l’arme qui l’a tiré.

Ce qu’il faut aussi savoir, c’est qu’en général, la combustion de la poudre à l’intérieur d’une arme n’est jamais complète ou parfaite. Beaucoup de facteurs influencent cette combustion tels que la vivacité de la poudre, la forme de ses grains, la température, le degré d’hygrométrie, … et bien entendu la longueur de canon. Toujours est-il qu’on retrouve à la sortie du canon non seulement les résidus de la combustion mais aussi la plupart du temps un certain nombre d’imbrulés, le tout étant entraîné par un effet d’aspiration par le projectile. Ce phénomène a deux conséquen­ces : d’une part on retrouve ces traces d’imbrulés sur la victime si le tir a eu lieu à courte portée. La présence de ces traces et leur forme peuvent permettre de déterminer la distance de tir et l’orientation de l’arme au moment du tir. L’absence de trace signifiant simplement que l’arme se trouvait à plus de 50 cm au moment du tir. D’autre part, la présence d’imbrulés derrière le projectile, présence combinée avec celle de radicaux libres de type O+ et H+ provoquent dans la plupart des cas et selon les conditions, une explosion de ces gaz, et ce, dès qu’ils entrent en contact avec l’air c’est-à-dire dès que le projectile franchit la bouche du canon. Cette phase est appelée balistique intermédiaire et, malgré qu’elle soit peu connue, influence fortement les effets d’un projectile sur sa cible, du moins, lorsqu’il s’agit de balles blindées. En effet, d’une part cette explosion provoque à courte portée une brûlure sur la peau, brûlure qui par sa présence permet de déterminer si un tir a eu lieu à courte portée ou non ; d’autre part, elle va également provoquer une déstabilisation du projectile sur sa trajectoire.

La balistique extérieure étudie quand à elle, le mouvement proprement dit du projectile entre la balistique intermédiaire et la cible. On distingue trois types de projectiles en fonction de leur capacité intrinsèque à rester dans une position d’équilibre stable sur leur trajectoire. Cette condition de stabilité est liée à la position relative du centre de poussée par rapport à son centre de gravité. Le centre de poussée est un point théorique dans le projectile, point où s’applique la résultante de toutes les forces aérodynamiques exercées sur le projectile. Si ce point est situé devant le centre de gravité du projectile, celui-ci est dit instable car de lui-même et sans aucune action extérieure, il va basculer autour de son centre de gravité. De part leur design, quasiment tous les projectiles sont de ce type. Pour les stabiliser , il faut les faire tourner très vite sur leur axe longitudinal afin de créer un effet gyroscopique qui va contrer cette tendance à basculer.

Plus un projectile est instable, plus il faudra le faire tourner vite pour le stabiliser. Cette rotation est créée par les rainures du canon. Attention, une rotation trop importante provoquera une trop grande stabilisation tout aussi néfaste. Si le centre de poussée est situé derrière le centre de gravité, le projectile sera stable et ne basculera pas sur sa trajectoire.

C’est le cas de la flèche par exemple qui, de par son empennage, possède un centre de poussée situé derrière le centre de gravité ; quelle que soit la perturbation exercée sur la flèche, elle reste en équilibre et stable.

STABILISATION PAR ROTATION
Mouvement relatif de la pointe du projectile par rapport à l'axe passant par le centre de gravité

Il faut également faire remarquer qu’en plus de la rotation, un projectile gyroscopiquement stabilisé possède également un mouvement de précession et de nutation qui se traduit par un angle entre l’axe longitudinal du projectile et son vecteur vitesse :

L’amplitude et la direction de cet angle dans l’espace varie dans le temps pour se stabiliser petit à petit sur une circonférence centrée autour du vecteur vitesse.

En synthèse, suite aux phénomènes de balistique extérieure et intermédiaire, un projectile ne vole jamais droit et possède un angle entre son axe géométrique et sa direction de vol. Cet angle s’appelle l’obliquité », il va jouer un rôle essentiel dans la balistique terminale.

Mouvement absolu de la pointe du projectile autour de son axe de translation

2 La balistique terminale.

La balistique terminale étudie les effets de projectiles en cibles. Dans les cas des armes de petits calibres, elle se limite globalement à l’étude des effets contre des objectifs dits

« durs » , c’est le phénomène de perforation et contre des cibles humaines, c’est la balistique lésionnelle.

2.1 La perforation

On distingue deux types de perforations : la perforation type bouchon qui se produit par un arrachement d’un bouchon de matière d’un diamètre plus ou moins égal au calibre du projectile et la perforation type aiguille qui se produit par écartement de la matière sans arrachement. La perforation type bouchon se produit avec des projectiles à tête molle et plate tandis que les perforations type aiguille se produit en général avec des projectiles à ogive effilée et à tête dure. Nous verrons plus loin comment ce type de perforation influence la balistique lésionnelle.

2.2 La balistique lésionnelle

2.2.1 Les simulants balistiques

Un des plus grands problèmes rencontrés lors de l’étude de la balistique lésionnelle naît de la difficulté à simuler le corps humain pour en étudier les effets des projectiles. La cible idéale n’existe pas, les cibles utilisées sont le choix d’un compromis. Actuellement deux types de simulants sont couramment admis pour les essais : la gélatine et la terre glaise. La gélatine est le plus souvent utilisée comme simulant balistique pour l’étude des effets permanents causés par les projectiles, elle simule les milieux mous homogènes ou hétérogènes censés simuler les parties molles du corps humain. Il existe une petite polémique entre les partisans d’une gélatine dite à 20% car fabriquée essentiellement à base de 20% de matière sèche et 80 % d’eau et celle dite à 10%. Parfois, on place des os dans cette gélatine pour étudier les effets d’un projectile après contact avec un os.

La comparaison entre ce qui se passe dans un bloc de gélatine et ce qu’on observe lors d’une autopsie montre parfois de grandes différences . Quoiqu’il en soit, il faut considérer la gélatine bien plus comme un outil de comparaison entre projectiles que comme un outil de prédiction exacte des phénomènes qui se produiront lors de l’impact dans un corps humain. De plus, seul un processus de fabrication stable et précis permet l’obtention de résultats corrects.

La terre glaise peut dans certaines conditions précises être un bon simulant pour les phénomènes temporaires c’est à dire des phénomènes qui jouent sur l’élasticité des tissus humains et qui ne produisent pas des déchirures ou des arrachements. C’est typiquement un simulant pour étudier l’effet traumatique qui se produit, par exemple, lorsqu’un gilet pare-éclat arrête un projectile.

Ici aussi c’est plutôt un outil de comparaison plutôt qu’un outil de mesure

Ici aussi c’est plutôt un outil de

comparaison plutôt qu’un outil de mesure

mais qui, grâce à un étalonnage préalable

permet d’imaginer assez bien la réalité.

Tout autre simulant inerte tel que plaque

en bois et bottin de téléphone par exemple

n’ont aucune valeur scientifique.

2.2.2 Effets des projectiles sur les

tissus homogènes mous.

Lorsqu’une balle pénètre dans un tissu

homogène comme les tissus musculaires, il se

produit trois phénomènes :

o Une onde de type sonique appellée

onde de choc

o Une zone d’attrition dite cavité

permanente créée par la destruction

définitive de tissus au passage de la

balle

o Un refoulement temporaire et brusque

des tissus appelé cavité temporaire

Au début des années 60, lors de l’apparition des nouvelles munitions de guerre type 5,56 à très haute vitesse, on a souvent attribué des dégâts importants à cette onde de choc. Certains parlaient même d’onde de choc explosive ou de projectiles immatériels. Cette notion est tout à fait fausse et de nombreuses expériences montrent que cette onde n’est pas suffisamment énergétique pour provoquer un quelconque dégât.

2.2.4 La cavité permanente

C’est la cavité créé par le passage du projectile dans les tissus, elle correspond en gros aux lésions définitives qui pourront être observées par le Médecin Légiste. Cette cavité sera augmentée en cas de fragmentation du projectile ou lorsque celui-ci est composé de plusieurs petits projectiles. D’une manière globale, cette cavité peut être considérée comme une mesure de l’effet vulnérant d’un projectile ; c’est souvent à travers elle que l’on compare plusieurs projectiles et leurs effets.

Onde de choc d'une munition 5,56 mm (850 m/s)

Lorsqu’un projectile est lancé avec une vitesse supérieure à celle du son (environ 340 m/s ) , il se créé une discontinuité des caractéristiques physiques de l’air due au passage du projectile. Cette discontinuité se traduit par la formation d’une onde de choc. Plus la vitesse de la balle est élevée, plus cette onde de choc est importante et plus l’énergie qu ‘elle transporte est importante. Quand la balle pénètre dans les tissus, cette onde de

La cavité temporaire est créé par le transfert de l’énergie cinétique du projectile dans les tissus. Pour absorber cet apport d’énergie, les tissus se dilatent instantanément en quelques millisecondes . Il ne s’agit pas en fait d’une véritable cavité au sens exact du terme mais plutôt d’un phénomène de dilatation et de contraction très rapide et transitoire selon un mode ondulatoire décroissant qui peut d’ailleurs se prolonger bien après la sortie du projectile. Dans un premier temps, on a souvent attribué à cette succession de dépressions et de compressions un effet d’aspiration de débris ou de fragments dans la plaie. Cette théorie est fausse et on sait maintenant que les dépressions créées sont trop courtes pour avoir un effet quelconque.

Cette cavité n’est visible que via une caméra hautes fréquences capable d’enregistrer jusqu’à 40.000 images par seconde. Cette cavité temporaire est d’autant plus grande que la quantité d’énergie déposée par le projectile est grande. Comme cette quantité est proportionnelle à la vitesse et à la surface de transfert, la cavité temporaire n’est pas uniforme et va varier suivant les projectiles.

Cavité temporaire projectile 5,7x 28mm

2.3 Application de la balistique lésionnelle à différents projectiles

fois plus grande que celle de l’air, l’intensité des forces exercées est nettement plus grande que celle exercée par l’air. Si lors de son mouvement dans l’air, l’effet gyroscopique parvient à compenser les effets de la poussée de l’air, très vite, l’effet gyroscopique provoqué par la rotation du projectile devient insuffisante pour s’opposer à la déstabilisation du projectile. Celui-ci bascule alors autour de son centre de gravité. Suivant la vitesse du projectile à l’impact, ce basculement sera partiel, complet ou même double dans certains cas.

Rotation du projectile

Force résultante de la pression exercée sur le projectile par la gélatine

La mise en œuvre des phénomènes décrits ci-dessus et les effets terminaux dépendent de deux choses essentiellement : le type de projectile : blindé, semi-blindé, soft, chevrotines, etc… et le seuil de stabilité de celui-ci.

2.3.1 Les balles blindées

Comme nous l’avons vu précédem­ment , suite aux phénomènes rencontrés lors des balistiques intermédiaires et extérieures, le projectile arrive avec une certaine obliquité dans la gélatine. Lors de sa pénétration dans la gélatine, le projectile subit un ensemble de forces de résistance de celle-ci. Ces forces s’appliquent au centre de poussée tout comme celles exercées par l’air puisque la position de ce centre de poussée ne dépend que des caractéristiques géométriques du projectile. De plus, suite à l’obliquité du projectile, cette force ne s’exerce pas selon l’axe du projectile. Vu que la densité de la gélatine (proche de celle du corps humain) est environ 650/700.

Suivant la vitesse d’impact du projectile et son niveau initial de stabilité, le projectile parcourera d’abord une certaine distance dans la gélatine avant de commencer à basculer. Cette distance est appelée « Neck » et peut être réglée notamment en travaillant sur la géométrie de la balle. Lorsque le neck est suffisamment long, on constate une simple transfixion du projectile, celui-ci sort avant d’avoir eu le temps de basculer ; c’est le cas d’un impact dans un membre par exemple.

Le basculement d’un projectile a deux conséquences directes et une indirecte .

Premièrement une déchirure due au mouvement du projectile dans la gélatine. Cette déchirure qui consiste en un simple trou tant que le projectile était stable, s’agrandit lorsque le projectile bascule, puisque la surface perpendiculaire au mouvement offerte est plus grande. On constate généralement que la déchirure maximale est légèrement plus grande que la longueur du projectile. Cette déchirure correspond à la cavité permanente car elle reste marquée dans la gélatine et les tissus.

Certains facteurs extérieurs au projectile peuvent influencer son basculement tels que la présence d’un obstacle en avant ou dans les tissus. La présence d’une mince tôle ou d’une protection insuffisante vont provoquer une déstabilisation plus rapide du projectile dans les tissus et une diminution du neck. Ceci explique pourquoi on a souvent des dégâts plus importants avec une protection balistique insuffisante par rapport à aucune protection. Il est évident que l’impact avec un os va d’une part déstabiliser le projectile et d’autre part, dans certains cas, provoquer des éclats qui vont également jouer la fonction de micro-projectiles.

Cavité permanente projectile 5,7x 28mm

La deuxième conséquence est la dissipation de l’énergie du projectile à travers les tissus, dissipation d’autant plus grande que la surface présentée au contact des tissus est grande.

Pour rappel, l’énergique cinétique d’un projectile = E= m.v2/2 avec m la masse du projectile, et v sa vitesse. Le tableau ci-dessous donne quelques valeurs pour différents projectiles :

9 mm 300 m/s 8,0 g 360 J
5,7 mm 715 m/s 2,0 g 505 J
5,56 mm 900 m/s 4,0 g 1620 J
7,62 mm 850 m/s 9,65 g 3500 J

Cette dissipation va provoquer une conséquence indirecte: la formation de la cavité temporaire.

2.3.2 Les balles semi-blindées ou molles

De par leur conception (pointe molle) les balles semi-blindées ou molles s’écrasent à l’impact sur les tissus. Selon sa conception, sa composition et sa vitesse, elle va donc plus ou moins augmenter son diamètre dans les tissus. C’est le phénomène de champignonnage. Cet effet est de plus en plus renforcé par un design adapté du profil de la balle et par une pré-découpe de l’ogive qui va permettre ce champignonnage. Par analogie au phénomène produit, on appelle ces munitions « munitions expansives ».

Ce phénomène joue le même rôle que le basculement de la balle blindée : l’augmentation de la surface de contact entre la balle et les tissus due à cet effet va provoquer d’une part une augmentation des déchirures et d’autre part un transfert très important d’énergie qui va se traduire par une cavité temporaire importante.

Cet écrasement de la balle se produisant dès sa pénétration dans les tissus, on n’a plus de neck et la cavité temporaire tout comme la cavité permanente seront maximum à proximité de l’orifice d’entrée. Ce type de balle a donc un effet beaucoup plus précoce en comparaison avec les balles blindées.

Il est important de remarquer que de plus en plus de munitions pour les forces de l’ordre sont de type expansives. Même si elles restent interdites au grand public, elles se retrouvent trop souvent entre les mains de personnes malintentionnées.

Il faut aussi remarquer que contrairement au basculement qui est un phénomène purement physique indépendant des obstacles, l’immense majorité des munitions expansives auront leurs effets influencés fortement par tous les obstacles situés en amont des tissus. Un simple vêtement pourra , par exemple, comprime l’ogive de telle manière à ce qu’elle ne champignonne plus. C’est bien là une des grandes faiblesses de ce type de projectiles dont on ne peut prévoir les effets. Si elles s’ouvrent, elles perdront toute leur énergie sur 30 cm environ ; si elles ne s’ouvrent pas, elles risquent de traverser la cible et d’avoir à la sortie suffisamment d’énergie pour être encore létales.

2.4 Exemples

2.4.1 Les projectiles de guerre

Le calibre 5,7 x 45 mm, chef de file des calibres de guerre actuels est l’exemple type des balles blindées ; il présente en gélatine un neck de plus ou moins 10 cm, suivi soit d’une fragmentation à courte distance (< 75 m) soit d’un simple basculement complet se terminant un peu près à 37/40 cm de l’orifice d’entrée. La fragmentation est due aux trop fortes tensions soumises au projectile lors du basculement.

2.4.2 La chevrotine

Le profil balistique va dépendre ici fortement de la distance de tir. A courte distance, les projectiles sont encore groupés et se comporteront comme un projectile unique, créant un cratère de plus ou moins 10 cm de diamètre. Au delà de 3 à 5 mètres, chaque plomb se comportera comme un projectile unique créant ce qu’on appelle un polycriblage. Il est a remarquer qu’une bille est l’exemple type d’un projectile juste stable puisque son centre de gravité et son centre de poussée sont confondus, il ne peut donc y avoir de basculement et on assistera à la formation de cavités tant temporaires que permanentes qui seront régulières.

3 La létalité

Quels sont, du point de vue du balisticien, les facteurs influençant la létalité et quels sont les méthodes ou modèles qui permettent de prévoir les effets des

projectiles ?

Cette question primordiale interagit directement avec l’aspect médical et sera donc traité d’un point de vue strictement balisticien.

3.1 Les interactions avec les tissus vivants

L’être humain est bien plus qu’un simple bloc de gélatine, c’est avant tout un ensemble de tissus vivants, plus ou moins homogènes et d’os. Il est évident que, quels que soient les types de projectiles, si celui-ci touche une structure essentielle de l’organisme, comme le cœur, un gros vaisseau ou une région cérébrale stratégique, il met de suite en jeu le pronostic vital.

L’élasticité des tissus est variable, certains comme le muscle, le poumon et l’intestin vide sont plutôt élastiques et sont par là-même capables d’absorber une énergie notable ; à cavité temporaire égale, ils supporteront mieux cet effet.

A l’inverse, les tissus peu élastiques ont une tolérance nulle ou très faible vis-à-vis du refoulement tissuaire de la cavité temporaire. Ce sont essentiellement les tissus liquidiens tels que le foie, la rate, les organes pleins comme l’estomac ou la vessie. A balle égale, un estomac vide sera simplement transpercé tandis qu’il explosera littéralement si il est plein. Le cerveau quand à lui , enfermé dans sa boîte crânienne, ne supporte aucune

expansion ; de toute façon, vu la présence d’éléments vitaux, la plus petite transfixion entraîne une mort rapide.

3.2 Les modèles de létalité
3.2.1 Le modèle OTAN
En tant que balisticien, on a toujours
essayé de prédire le caractère létal d’une arme.
Si voici une trentaine d’années, il était
globalement admis qu’un apport énergétique
de 80 J était suffisant pour tuer une personne,
depuis on a assisté à l’apparition d’un certain
nombre de théories tentant de rationaliser les
prévisions des effets des projectiles. Le
modèle OTAN appelé Expected Kinetic
Energy EKE se base uniquement sur la
quantité d’énergie déposée dans le corps par
un projectile. Il se base pour cela sur un grand
nombre de données acquises au cours de
différents conflits qui ont permis au moyen
d’une étude statistique de déterminer le risque
de létalité d’un projectile en fonction de
l’endroit où il touche et de sa capacité à
déposer plus ou moins rapidement son énergie.
3.2.2 Le modèle MIC
Le modèle EKE se révélant trop
Simpliste, certains pays ont développé un
Modèle Informatisé du Combattant (MIC) qui
représente un modèle virtuel du corps humain
découpé en environ 80 tranches de 20mm
d’épaisseurs, elles-mêmes découpées en petits
carrés. Là encore une étude statistique
combinée avec une simulation d’impacts et de
pénétrations permet d’évaluer le pouvoir
incapacitant d’un projectile. Ces modèles en
sont toujours au stade expérimental pour la
plupart des projectiles classiques ; ils ne
fonctionnent en effets que pour des éclats.
3.2.3 Le modèle RIT
C’est également un modèle simple qui
ne prend en compte que la zone touchée. Si
l’impact se produit dans la zone de 16 x 62 cm
centrée sur la tête et la colonne vertébrale
(Rapid Incapacitation Target), on estime que
la cible est incapacitée. A l’opposé, certaines
théories, aujourd’hui considérées comme
dépassées, préconisaient une pénétration
minimale de 36 cm pour incapaciter une
personne.
3.2.4 Un nouveau modèle
Une nouvelle théorie est en vogue
actuellement. Elle trouve son origine dans
certaines constatations effectuées par des
médecins militaires qui retrouvaient sur les
champs de bataille des soldats morts par
asphyxie, alors que la blessure qu’ils avaient
était légère. Leur théorie fait appel au
fonctionnement du cerveau :
Tout se passe comme si, le corps
subissant un impact envoyait via le système
sensoriel un ensemble énorme d’informations
en provenance de la zone touchée par la cavité
temporaire et permanente vers la zone de
mémoire courte et que celle-ci serait saturée
au point de « couper » certaines fonctions
vitales pour traiter le surplus d’informations.
Dans l’hypothèse où cette coupure se ferait

vers le système respiratoire, il pourrait dans certains cas provoquer une apnée fatale.

Cette théorie n’en est qu’à ses débuts et elle fait l’objet d’un certain nombre d’investigations dans certains milieux universitaires.

4 Conclusions

Trop d’erreurs ont été dites ou commises sur la balistique lésionnelle. Trop de mythes, trop de fausses théories courent encore sur le pourquoi et le comment des phénomènes balistiques en général et sur la balistique lésionnelle en particulier. La balistique n’est pas une science en elle-même ; c’est un ensemble de règles et de phénomènes régit par non seulement les lois de différentes sciences comme la physique générale, la chimie, etc … mais aussi essentiellement par du bon sens. La balistique lésionnelle, domaine jusqu’alors réservé au balisticien pur et dur s’ouvre petit à petit vers le monde médical. Elle n’a pas la volonté de dicter au monde médical, une conduite ou des principes, elle cherche simplement à éclaircir et à expliquer l’origine physique de certains phénomènes. Elle se veut surtout un point de convergence et d’ouverture dont le besoin se fait de plus en plus sentir face au nouveau développement comme les armes à létalité réduite.

Th Jacobs

Bibiiogmphie

1. Approche balistique des plaies par projectiles, Ph Jourdan, J Breteau, Ecole d’Application du Service de Santé pour l’Armée de Terre, Val-De-Grace,1988

2. Cours de balistique terminale, Prof Pirlot, Ecole Royale Militaire, Bruxelles

3. Approche de la balistique lésionnelle, Th Jacobs, Revue de l’Infanterie, 1989

4. Blessures par armes à feu, V Di Maio,1991

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