TRAUMATISMES BALISTIQUES : ATTENTION AUX PETITS CALIBRES


 

P. CLAPSON

Deux tiers des armes sont détenues par les populations civiles. Le nombre d’armes de poing détenues en France est de l’ordre de 32 pour 100 habitants soit environ 18 à 20 millions d’armes à feu en circulation. La France se classe ainsi 7e à l’échelon mondial et 2e au niveau européen en matière de nombre d’arme par civil (1).

D’après l’INSERM, 2 105 personnes sont décédées des suites d’une plaie par arme à feu en 2005 dont 1 653 se sont suicidées.

Les plaies par armes à feu à haute vélocité sont l’apanage du domaine militaire. Les plaies par armes à feu de basse vélocité (< 400 m/s) sont plus souvent ren­contrées dans le civil. Les transferts d’énergie sont limités dans ce type de bles­sure mais les lésions sont variables et mettent en jeu rapidement le pronostic vital.

La difficulté de la question tient à l’extrême variété des petites armes disponibles ainsi que de leurs projectiles que nous détaillerons dans une première partie. Il est ensuite fondamental de connaître quelques notions de balistique terminale pour imaginer les lésions provoquées par une balle en traversant différents tissus de l’organisme. Nous évoquerons les grands traits de la pris en charge des bles­sés par arme à feu selon les organes atteints.

Les lésions induites par les armes non létales qui équipent les agents de la Police Nationale seront évoquées.

1. Catégorisation des petites armes:

Il existe cinq catégories de petites armes (2) : les armes de poing, les armes longues rayées, les fusils de chasse, les armes semi-automatiques et les armes automatiques.

Il existe 4 types fondamentaux d’armes de poing :

– les pistolets à un coup qui doivent être chargés à chaque fois que l’arme est utilisé ;

– le Derringers, pourvus de canon multiples, chacun étant chargé et mis à feu séparémen ;

– les revolvers, modèles fréquemment rencontrés, équipés d’un barillet rotatif pourvu de plusieurs chambres, chacune d’elle contenant une cartouche ;

– les pistolets automatiques ou à rechargement automatique, qui utilisent
l’énergie engendrée par la munition pour mettre en place la nouvelle munition.

Une carabine rayée est une arme à feu à canon rayé conçue pour tirer à l’épaulé. Différents types de carabines rayées sont possibles selon la longueur du canon, le nombre de coup, le type de culasse, le caractère automatique ou non. Le fusil de chasse est une arme conçue pour le tir à l’épaulé ; il est conçu pour tirer des plombs. Une arme semi-automatique ou pistolet mitrailleur est une arme conçue pour tirer à l’épaule ou à la hanche. Elle peut faire du tir entièrement automa­tique, possède un canon rayé et tire des munitions de pistolet. Une mitrailleuse est une arme capable d’effectuer un tir entièrement automatique qui tire des munitions pour armes rayées. Les armes rayées longues et les armes de poing ont des canons rayés ; ceci veut dire que des rainures spiralées ont été pratiquées tout le long de l’âme du canon. La fonction du rainurage est de provoquer un mouvement de rotation le long de l’axe longitudinal de la balle. Cet effet gyro­scopique stabilise la trajectoire aérienne de la balle l’empêchant de tournoyer par basculement ou d’onduler.

Un chapitre à part des armes conventionnelles concerne les armes dites non létales. Ces dernières sont utilisées par les forces de police françaises depuis 2005 pour maîtriser les individus violents ou potentiellement dangereux. Les armes utilisées sont le Taser X26® (arme électronique et électrique délivrant une décharge électrique de 50 000 V et de 2 mA soit à distance, soit au contact de la victime) et le Flashball®, pistolet massif à double canon superposé de 33 cm de long, pesant 1 550 g à vide, d’un calibre de 44 mm, tirant des balles en caoutchouc hyper compressées, creuses, souples et déformables à l’impact de 44 mm, et qui pèsent 28 g. La traumatologie en rapport avec ses armes apparaît dans les services d’accueil des urgences.

2. Les munitions

Une cartouche à l’usage des petites armes est constituée d’une douille, d’une amorce, d’une charge propulsive (poudre à canon), et d’une balle ou d’un autre projectile.

La douille a pour fonction de se dilater rendant ainsi la chambre étanche aux gaz qui autrement s’échapperaient vers l’arrière quand la munition est tirée.

L’amorce, ou dispositif de mise à feu, peut être centrale ou annulaire selon sa disposition. Quand une arme est tirée, la tige du percuteur frappe le centre de la coupelle d’amorçage, comprimant l’amorce entre la coupelle et l’enclume et provoquant ainsi l’explosion du mélange d’amorçage.

La charge propulsive était constituée historiquement de poudre noire, mélange de charbon de bois, de soufre et de nitrate de potassium. Elle a été progressi­vement remplacée par une poudre synthétique dont les caractéristiques sont glo­balement superposables.

La balle est la partie de la cartouche qui sort de l’arme à feu quand on tire. Les balles modernes se divisent en 2 catégories : les balles de plomb et les balles blindées. Les balles de plomb sont traditionnellement utilisées dans les révolvers ou les armes de petit calibre. Les balles blindées sont utilisées pour les armes à haute vitesse initiale pour les prémunir contre la fragmentation.

Une balle va se définir par plusieurs paramètres (2, 3) :

– son calibre (en mm ou en 1/100e ou en 1/1000e de pouce pour les Anglo-saxons) : de 5,5 mm pour le calibre 22 à 11,43 mm pour le calibre 45 avec une mesure spéciale pour les fusils de chasse où le calibre 12 mesure en fait 18,54 mm ;

– sa vitesse initiale (de 100 à 1 280 m/s) qui intervient dans le calcul de l’énergie cinétique : E = 1/2 mV2. Il faut cependant savoir qu’il n’y a pas de parallélisme direct entre la vitesse projectilaire et les lésions observées car de nombreux autres facteurs interviennent. Les armes d’épaule et les fusils tirent les munitions à haute vitesse (entre 700 et 980 m/s) par opposition aux armes de poing ou pis­tolets tirant des munitions à basse vitesse (< 450 m/s) ;

– son poids varie de 3 à 30 g et intervient dans l’énergie cinétique délivrée et la stabilité du projectile ;

– sa forme et sa structure interne permettent de distinguer les balles de guerre blindées, de formes pointues cylindro-ogivale, aérodynamiques à enveloppe complète et non déformable, et les autres types de balles dites expansives, à pointes creuses (hollow point) ou déformable (sort point) destinées à la chasse au gros gibier ou aux forces de l’ordre. Ces balles ont un potentiel d’écrasement ou de fragmentation à l’impact avec des dégâts tissulaires majorés.

Figure 1 – Profil lésionnel d’un projectile

3. Éléments de balistique lésionnelle

Le comportement balistique d’un projectile en milieu hostile mou, tel que le muscle vivant est relativement bien défini à la suite des travaux de Fackler et al. (4) sur blocs de gélatine.

Chaque agent vulnérant est ainsi caractérisé par :

– une onde de choc sonique transmise par l’impact et qui précède le passage du projectile, doté d’une capacité de transfert énergétique quasi nulle sans effet local ni à distance ;

– la zone d’attrition résiduelle dite zone de cavitation permanente (crushing) faite de tissus définitivement broyés, de dimension variable, proportionnelle au pouvoir vulnérant de chaque projectile ;

– un phénomène de cavitation temporaire plus ou moins important correspon­dant à un refoulement tissulaire élastique bref de quelques millisecondes et très brutal (stretching). Cette zone est plus marquée en cas de bascule, fragmenta­tion ou déformation projectilaire. Ce phénomène est capable de fracturer les élé­ments osseux (rachis ou scapula par exemple) ou léser des organes tels que le cœur, les gros vaisseaux, le diaphragme, le foie ou la rate ;

– un effet calorique difficilement mesurable.

Les éléments du profil lésionnel d’un projectile sont décrits dans la figure 1. Différents profils lésionnels peuvent être distingué :

– le tournoiement (Figure 2A), correspondant à des retournements successifs du projectile responsable de cavitations temporaires, dont la taille est propor­tionnelle à celle du projectile. C’est le cas de tout projectile ayant perdu son aérodynamisme, tel qu’une balle ayant ricoché ;

– La bascule (Figure 2B) caractérise les balles blindées des fusils d’assaut. Après un trajet rectiligne plus ou moins long, la balle blindée bascule plus ou moins vite en fonction de ses paramètres (poids, vitesse…) sans se déformer avec une augmentation de la taille des cavités permanente et temporaire ;

Figure 2 – Différents types de profils lésionnels

– les balles blindées d’armes de poing, courtes, arrondies et homogènes sont des projectiles à basse vitesse (< 450 m/s) avec comme profil lésionnel un simple tunnel d’attrition sans cavitation temporaire importante (Figure 2C) ;

– les profils lésionnels des balles non blindées (munitions des forces de l’ordre et fusils de chasse) sont de 2 types : le champignonnage (Figure 2D) le plus fré­quent, et la fragmentation (Figures 2E et F).

Le champignonnage correspond à des projectiles conçus pour s’écraser dès l’impact avec un tunnel d’attrition de calibre augmenté par rapport au calibre ini­tial et une cavitation temporaire immédiate d’autant plus importante que le dia­mètre apparent du projectile augmente rapidement (calibre 38 spécial creuse, calibre 357 magnum, balles de grande chasse). Les lésions sont de ce fait impor­tantes dès l’orifice d’entrée.

La fragmentation engendre de multiples éclats coupants, réalisant un véritable polycriblage interne avec une probabilité d’atteinte d’un organe vital très aug­mentée. Chaque éclat crée son propre tunnel d’attrition avec une vaste cavité temporaire. Cette fragmentation peut être observée également avec des projec­tiles à hautes vélocités qui équipent divers fusils d’assaut moderne (balle de calibre 5,56 mm du FAMAS ou du M16 par exemple).

Les plombs de chasse ou chevrotine sont plus ou moins groupés selon la distance de tir, obéissant à la loi du « tout ou rien ». À très courte distance (3 à 4 m), ils peuvent entraîner un volumineux cratère de 10 cm de diamètre accompagné de pénétration de la bourre qui sépare la charge de la poudre, des plombs. À plus grande distance, il s’agit souvent d’un polycriblage, pénétrant ou non.

Les armes non létales (balles de caoutchouc, de plastique ou en téflon) peuvent le devenir lorsqu’elles sont utilisées à très courtes distances. Les munitions de très gros calibres type Flashball®, bien que non pénétrantes peuvent provoquer d’importantes contusions superficielles ou profondes (pulmonaires par exemple).

Ces profils lésionnels peuvent être modifiés en cas de rencontre avec un obstacle dur tel que l’os. L’interposition d’un obstacle va augmenter le potentiel de déstabilisation du projectile avec une augmentation de la déformation ou une fragmentation du projectile à la sortie de l’obstacle.

 

4. Classification des blessures par armes à feu

Les blessures par armes à feu sont soit pénétrantes soit perforantes selon que la balle ressort ou non de son objectif. Dans certains cas, comme les plaies de l’extrémité céphalique, la plaie peut être à la fois perforante et pénétrante.

Selon la distance entre la bouche de l’arme et la cible, on distingue :

– les blessures à bout touchant, lorsque la bouche de l’arme est au contact plus ou moins étroit et appuyé avec le corps. Dans ce cas, les plaies de la berge sont parcheminées et recouvertes de suies ;

– les blessures à bout portant ou à distance intermédiaire, où la bouche de l’arme est à une distance variable de la peau sans contact direct et qui se carac­térise par un tatouage de poudre bien particuliers ;

– les tirs distants.

5. Épidémiologie

Aux États-Unis, on recense entre 15 et 20 000 morts par armes à feu par an. Les données en France sont moins nombreuses et d’après l’INSERM, 2 105 personnes sont décédées des suites d’une plaie par arme à feu en 2005 dont 1 653 se sont suicidées. La tendance décrite par deux équipes de Marseille serait à la baisse en comparant les périodes 1988-1996 et 2003-2006 (5).

Dans ces travaux, 48 % des plaies sont des agressions, 47 % des tentatives de suicide et 3 % des accidents. Les armes les plus utilisées sont les armes de poing dans 36 % des cas, les fusils à canon lisse dans 28 % des cas, les fusils à canon rayé dans 11 % des cas, les armes à grenaille dans 12 % des cas. Les calibres observés sont les calibres 12 dans 23 % des cas, le 22 Long Rifle dans 22 % des cas et la grenaille dans 12 %. Les impacts décrits sont uniques dans 73 % des cas. Les impacts multiples sont liés, soit à des tirs multiples, soit à un criblage par des projectiles fragmentables. Les tirs craniofaciaux prédominent en particu­liers lors des tentatives de suicide.

La mortalité globale est de 57 %, plus élevée en cas de TS (77 %) qu’en cas d’agression (41 %). Il en est de même pour la mortalité préhospitalière évaluée à 56 % en cas de TS et de 35 % dans le 2e cas. La mortalité est influencée par le sexe (fréquence des plaies par armes à feu et gravité plus grande chez les hommes), l’âge, avec la grande détermination du suicidant âgé qui assombrit le tableau, le calibre de l’arme (pouvoir destructeur important du calibre 12 avec une mortalité de 69 %) et la localisation des blessures (face et cou avec des mor­talités respectives de 65 et 67 % en préhospitalier et localisation encéphalique responsable de 29 % des décès hospitaliers).

Une circonstance particulière d’accident par armes à feu est l’accident de chasse où il existe semble-t-il également une tendance à la baisse (1 81 cas recensés sur la saison 2002-2003). Les chasses aux gros et aux petits gibiers sont concernées. L’analyse de 40 accidents de chasse dans la région de Montpellier entre 1997 et 2007 retrouve les caractéristiques suivantes (6) : les blessures surviennent chez 39 hommes pour 1 femme et le blessé est un chasseur dans 93 % des cas, âgé en moyenne de 45 ans et pratiquant la chasse au gros gibier (70 %). Les bles­sures sont mortelles sur le coup dans 7,5 %, graves dans 82 % des cas (enga­gement du pronostic vital dans 60 % des cas) et 7,5 % des patients sont décédés sur le terrain malgré les soins apportés. Les lésions multiples (retrouvées dans 15 % des cas) sont localisées aux membres (62 % des cas), au niveau tho­racique (14 % des cas), au niveau de l’extrémité céphalique (10 %), l’abdomen (10 %) et le cou (4 %). Il existe un choc hémorragique lors de la prise en charge de 68 % des blessés.

L’épidémiologie des lésions induites par les armes non létales est controversée. Il n’y a pas de données claires dans la littérature. Le Flashball® est montré du doigt dans certains accidents mortels en Irlande du Nord dans les années 1970, en Afrique du Sud dans les années 1980, et en Israël dans les années 1990. Parmi les lésions observées, de possibles contusions pulmonaires sont rapportées. Concernant le Taser X26®, les travaux expérimentaux chez l’animal ne retrouvent pas de complication sérieuse lors d’une utilisation conforme, mais un cas de décès lors d’une utilisation non-conforme. Un cas de fibrillation ventriculaire a été par exemple décrit chez un jeune de 25 ans après une décharge de Taser aux États-Unis (7). Dans d’autres cas rapportés, le lien avec l’arme utilisée n’est pas formel (8).

6. Données cliniques

L’évaluation clinique d’un patient blessé par arme consiste en une évaluation fonctionnelle rapide afin d’évaluer les atteintes respiratoires, hémodynamiques et respiratoires éventuelles associées à une première évaluation des atteintes lésion­nelles. Les orifices d’entrée et éventuellement de sortie doivent être systémati­quement recherchés avec reconstitution mentale du trajet projectilaire. L’orifice d’entrée est souvent de dimension inférieure au projectile compte tenu de l’élasticité cutanée, de forme étoilée, arrondie ou ovalaire, accompagnée éventuelle­ment d’une collerette d’essuyage correspondant à un tatouage de poudre en cas de tir à courte distance. Tous les aspects cliniques sont possibles, du simple ori­fice punctiforme susceptible de passer inaperçu en particulier dans les zones de plis, jusqu’au vaste délabrement pariétal avec perte de substance importante. La localisation des orifices d’entrée et de sortie permet d’envisager plusieurs cadres nosologiques. De manière très schématique, si l’orifice d’entrée et l’orifice de sortie sont alignés, on peut supposer que les organes atteints se situent entre les 2 orifices. Si les deux orifices n’ont pas de lien, il n’est pas possible de savoir quel organe a été atteint. La prise en charge préhospitalière dans le contexte doit rester clinique et superposable à la prise en charge de n’importe quel patient traumatisé.

6.1. Plaies abdominales (9, 10)

Les plaies abdominales par armes à feu peuvent être séparées en 5 groupes selon la zone anatomique concernée : la région antérieure de l’abdomen, la région dorsale, la région pelvi fessière, et les zones thoraco-abdominales. Trois grands cadres cliniques peuvent être décrits à la prise en charge :

– les patients sont en arrêt cardiaque ou agonisant à l’arrivée des secours. La mortalité dans ce groupe est de l’ordre de 90 %, et la seule solution envisa­geable après ressuscitation est le transfert le plus rapide possible vers un centre chirurgical où une thoracotomie d’hémostase peut sauver la vie du patient ;

– les patients instables sur le plan hémodynamiques ou présentant des signes francs d’atteintes péritonéales. Ces patients vont nécessiter la réalisation urgente d’une laparotomie le plus souvent sans examen complémentaire ou la confirma­tion d’un épanchement intrapéritonéal par la réalisation d’une échographie rapide de débrouillage dans le camion du SMUR ou à l’arrivée au SAU, et la réa­lisation d’une radiographie de l’abdomen sans préparation afin de localiser les balles encore incarcérées. Une fois la décision d’intervention prise, le facteur temps prend toute son importance ;

– le troisième groupe inclu les patients stables cliniquement, en particulier sur le plan hémodynamique et dont l’atteinte péritonéale est limitée. Ces patients sont des candidats à une éventuelle gestion non interventionnelle. Les examens cliniques répétés vont rechercher des signes en faveur d’une atteinte intrapéri­tonéale comme une défense localisée ou diffuse, une hématurie ou une héma­témèse, la présence de sang sur le doigtier après toucher rectal, la présence de sang dans la sonde naso gastrique. Une instabilité hémodynamique ou la dimi­nution ou la disparition des pouls périphériques doit également être recherchée. Les examens complémentaires vont associer au minimum une échographie à la recherche d’épanchements pleuro-péritonéaux ou péricardiques ainsi que le réa­lisation d’une tomodensitométrie thoraco-abdomino-pelvienne avec injection de produits de contraste. D’autres examens (rectos igmoïdoscopie, fibroscopie œso­gastrique) ou gestes chirurgical (laparotomie exploratrice) seront évalués à l’issue du bilan.

6.2. Plaies thoraciques (3)

L’existence d’un orifice d’entrée permet d’évoquer une pénétration intrathora­cique. La pénétration intrathoracique par un projectile provoque une effraction pleurale susceptible d’engendrer un épanchement aérique ou liquidien, associé ou non à un emphysème sous-cutané. Il peut s’agir ainsi :

– d’un pneumothorax par fistule bronchopleurale réalisant au maximum un pneumothorax compressif suffocant ;

– un hémothorax par lésion des pédicules vasculaires intercostaux, par lésion de la plèvre, du parenchyme pulmonaire ou par lésion cardiovasculaire associée ;

– un hémo pneumothorax.

L’apparition du tableau clinique peut être immédiate ou retardée.

Une plaie thoracique par arme à feu peut s’accompagner de lésions vertébro­médullaires directes ou par ébranlement, ainsi que d’une éventuelle atteint médiastinale. Cette atteinte médiastinale répond à la loi du « tout ou rien » avec l’arrivée à l’échelon hospitalier des patients survivants par plaie sèche ou tam­ponnade. Les atteintes bronchotrachéales et oesophagiennes doivent être recher­chées systématiquement.

Le bilan initial va comprendre, selon le degré d’urgence, une radiographie pul­monaire associée à une échographie à la recherche d’un épanchement pleural, péricardique ou intrapéritonéal. Une tomodensitométrie avec injection de pro­duit de contraste permet de faire un état des lieux précis des lésions pariétales, parenchymateuses et médiastinales associées.

En cas d’épanchement pleural, le drainage sera systématiquement réalisé de pré­férence à l’échelon hospitalier après avis chirurgical notamment.

6.3. Plaies des membres

Les fractures osseuses par armes à feu s’apparentent à des fractures ouvertes avec cependant un risque important de fractures multifragmentaires, comminu­tives avec un risque important de fragment osseux dévitalisé, projection de débris dans les structures environnantes avec des zones d’attrition importantes. D’autre part, les balles n’étant pas stériles, le risque de contamination est élevé. Le traitement de ces fractures est donc chirurgical avec nécessité de débridement des plaies (11).

Les lésions vasculaires et nerveuses sont fréquemment associées en particulier, lors de l’utilisation de balles à hautes énergies. Le diagnostic de lésion vasculaire avec risque ischémique doit être soigneusement recherché dès la phase préhos­pitalière en comparant notamment avec le membre controlatéral afin d’orienter au mieux le patient.

6.4. Plaies craniofaciales

La gestion des patients victimes de plaies craniofaciale est un challenge avant tout, du fait d’un accès potentiellement difficile aux voies aériennes supérieures avec un risque d’asphyxie. Le choix de la technique de contrôle des VAS va dépendre de la situation clinique et de l’expertise du praticien. L’intubation oro­trachéale classique n’étant souvent pas envisageable, il faut recourir à des alter­natives telles que l’intubation nasotrachéale, ou la réalisation d’un apport trachéal d’emblée (cricothyroïdotomie ou trachéotomie percutanée). Deux alter­natives potentiellement intéressantes sont l’intubation sous-mentale et sous-mandibulaire (12).

L’évaluation neurologique simple (Glasgow Coma Scale GCS) permet de stratifier les patients avec un pronostic plus sombre pour un GCS < 8. Les traitements mis en place dès la phase préhospitalière, vont avoir pour but de limiter les consé­quences d’une hypertension intracrânienne et d’acheminer le plus rapidement possible le patient vers un centre neurochirurgical. La réalisation systématique d’une tomodensitométrie cérébrale permet de faire un bilan lésionnel précis et d’apprécier la trajectoire probable intracrânienne du projectile. Les lésions obser­vées ont également un intérêt pronostic avec un impact défavorable en cas de lésions bi-hémisphériques, transventriculaires ou multilobaires. La prise en charge neurochirurgicale est grevée d’une mortalité de l’ordre de 20 % (13).

En conclusion, la prise en charge de blessés par arme à feu s’apparente sur la période initiale à celle de tout traumatisé avec comme objectif, un transfert rapide vers un centre spécialisé après stabilisation clinique. Les renseignements obtenus sur le terrain seront confrontés avec les données cliniques et paracli­niques compte tenu de la diversité des armes et des projectiles associés.

La pathologie rencontrée diffère des plaies par armes de guerre mais le potentiel lésionnel des armes de petit calibre est avéré.

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Correspondance : Hôpital Percy à Clamart (92). E-mail : patrick.clapson@free.fr

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Bibliographie

1.       Besse Desmoulières R. Combien d’armes à feu circulent en France ? Le Monde du 01/10/2008.

2.       Di Maio VJ. Blessures par armes à feu. Masson 1992.

3.       Duhamel P, Bonnet PM, Pons F, Jourdan P, Jancovici R. Traumatismes balistiques du thorax ; agents vulnérants et balistique lésionnelle. Annales de chirurgie plastique esthétique 2003 ; 48 : 128-34.

4.       Fackler ML, Malinowski JA. The wound profile: a visual method for quantifying gun­shot wound components. J Trauma 1985 ; 25(6) : 522-9.

5.       Laforge V, Del Nista D. Traumatismes balistiques en pratique civile. Reanoxyo 2008 ; 23 : 25-6.

6.       Gros T, Sebbane M, Plasse C et al. Accidents balistiques de chasse dans le sud de la France : caractéristiques préhospitalières. Reanoxyo 2008 ; 23 : 27-8.

7. K im PJ, Franklin HW. Ventricular fibrillation after stun gun discharge. NEJM 2005 ; 353(9) : 358-9.

8.       Kornblum RM, Reddy SK. Effects of Taser in facilities involving police confrontation. J Forensic Sci 1991 ; 36 : 434-8.

9.       Salim A, Velmahos GC. When to operate on abdominal gunshot wounds. Scand J Surg 2002 ; 91 : 62-6.

10.     Saadia R, Degiannis E. Non-operative treatment of abdominal gunshot injury. B J Surg 2000 ; 87 : 383-7.

11.     Volgas DA, Stannard JP, Alonso JE. Current Orthopaedic treatment of ballistic inju­ries Injury. 2005 ; 36 : 380-6.

12.     Mohan R, Iyer R, Thaller S. Airway management in patients with facial trauma. J Craniofac Surg 2009 ; 20 : 21-3.

13.     Kim TW, Lee JK, Moon KS et al. Penetrating gunshot injury to the brain. J Trauma 2007 ; 62 : 1446-51.

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