LA MORT


INTRODUCTION

  • La thanatologie est la science de la description clinique de la mort et de la recherche des mécanismes et des causes aboutissant à la mort.
    L’intérêt de la thanatologie réside dans la distinction des formes médico-légales de la mort
    – mort naturelle : elle ne pause pas de problème, elle est suite logique de l’évolution fatale d’une maladie
    – mort violente : (accidentelle, criminelle, par suicide), imprévisible, soulève un problème médico-légal, nécessitant la pratique d’une autopsie judiciaire
  • La mort est un fait juridique que le médecin doit constater. Les critères de la mort ont évolués on fonction des progrès des greffes et on été actés dans le code de la santé

 

  1. LA MORT :

 

  1. Définition :La mort est l’absence de vie, l’arrêt irréversible des fonctions vitales.
  • Il n’existe pas de définition légale de la mort, dans le Code Civil ou Pénal, une personne est déclarée morte quand le médecin estime qu’elle est morte.
  • Il existe cependant des règles comportementales qui s’imposent aux médecins dans certaines situations (ex. : prélèvements d’organes sur patient en état de mort cérébrale).

 

  1. Degrés de la mort : La mort est un processus qui se déroule en trois stades :
  • La mort apparente : c’est une syncope prolongée, caractérisée par une résolution musculaire, une perte de connaissance, une activité cardiaque et respiratoire faible, difficile à mettre en évidence cliniquement, mais réelle.

 

  • La mort relative : mort intermédiaire ou mort clinique, elle diffère du stade précédent par la suspension complète et prolongée de la circulation. C’est la mort sans retour spontané à la vie, mais à partir de laquelle cependant, grâce à des moyens thérapeutiques efficaces, on peut dans certain cas particuliers, voir réapparaître une certaine forme de vie.

 

  • La mort absolue : elle fait suite au stade précédent mais de façon progressive et insensible, laissant le temps aux lésions organiques et tissulaires précédemment réversibles de se compléter et de devenirs irréversibles et définitifs.
  1. Mécanismes du décès : le phénomène de la mort est globalement progressif et lent.

Divers mécanismes peuvent entraîner le décès ; les plus fréquents sont :

  • Causes cardiaques : défaillance circulatoire entraîne une diminution du débit cardiaque donc l’anoxie.
  • Cause respiratoire : mécanique ou non d’où asphyxie et anoxie.
  • Cause neurologiques : trouble de régulation d’origine centrale entraînant une anoxie

 

  1. Physiopathologie :
  • Que l’arrêt cardiaque soit primitif ou secondaire il constitue le phénomène essentiel ; donc l’arrêt cardio-circulatoire entraîne l’ischémie (défaut d’apport sanguin) qui provoque une anoxie cellulaire (défaut d’apport HbO2), il en résulte :
  • des conséquences cellulaires : mort cellulaire avec:
  • lyse du noyau,
  • vacuolisation cytoplasmique,
  • des conséquences chimiques :
  • libération d’enzyme,
  • consommation rapide d’O2 restant,
  • métabolisme anaérobique,
  • accumulation d’ion acide.
  • En d’autre terme on aboutit à :
          • une dette irréversible d’O2,
          • acidose,
          • diminution du stock d’ATP. .
          • Décharge catécholaminergique => majoration du collapsus
  1. Législations : en matière de décès les opérations thanatologiques sont soumises à une réglementation. La mort étant un événement personnel et familial ou religieux est aussi un fait juridique.
  1. La mort naturelle : intéresse l’état civil :
    1. L’acte de décès : il est adressé par l’officier d’état civil de la commune du lieu de décès au vu du certificat de décès délivré par le médecin qui a constaté la mort; en attestant qu’elle est constante et précisant l’origine naturelle; dans ce cas la, Le permis d’inhumer est délivrer par l’officier d’état civil, comme le stipule l’article 78 du code d’état civil » .
    2. La déclaration de décès :
      • doivent être faite dans un délai de 24H, ce délai est porté à 60 jours pour les wilayas Du sud, conformément à l’article 79 alinéas 2 de l’état civil
    3. Déclaration des embryons :
      • Avant 180 jours de gestation : les embryons ne sont pas déclarés
      • Après 180 jours : il doit être déclaré en règle générale
    4. Déclaration des morts nés : l’officier de l’état civil ne peut dresser un acte de naissance et acte de décès mais un acte d’enfant sans vie
    5. Décès d’une personne identifiée : Article 88 de l’état civil.
    6. Décès dont la date n’est pas établi : comme stipule l’article 92 de l’état de civil, la date ne doit jamais être indéterminée, elle doit être fixée.

 

  1. La mort violente ou suspecte :
    1. En cas de signes laissant penser à une mort violente ou une mort d’origine indéterminée, l’inhumation n’aura lieux q’après procès verbal d’un officier de police judiciaire (OPJ) assisté d’un docteur en médecine conformément à l’article 82 de l’état civil
    2. Le parquet doit être tenu informé de toutes les morts violentes ou suspects, conformément à l’article 62 du code des procédures pénales, en cas de découverte d’un cadavre, qu’il s’agisse ou non d’une mort violente, mais si la cause en est inconnue ou suspecte. Le procureur de la République se fait assister de personnes capables d’apprécier la nature des circonstances du décès. Le procureur de la République peut aussi requérir information pour rechercher les causes de la mort.
    3. L’autorité judiciaire doit requérir les médecins légistes à l’effet d’accomplir des actes médico-légaux conformément à l’article 207/1 de la loi 90-17 du 31 juillet 1990
  1. La législation de la mort reconnaît plusieurs objectifs :
  • S’assurer de la réalité de la mort,
  • Reconnaître une mort suspecte,
  • Satisfaire à des obligations de santé publique,
  • Rendre possible l’accomplissement de certains désirs de l’intéressé ou de sa famille (don du corps, incinération, transport du corps avant mise en bière…),
  • S’assurer de l’identité de la personne décédée.
  1. DIAGNOSTIC DE LA MORT

  1. Diagnostic précoce : La vie est caractérisée par l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort.
        1. Les signes négatifs de la vie : Arrêt des grandes fonctions :
  • arrêt cardio-circulatoire et respiratoire
  • abolition de toute conscience, toute sensibilité, aréflexie
  • absence du tonus musculaire (chute de la mâchoire, mydriase bilatérale, relâchement des sphincters)
  • pâleur dite cadavérique

En principe, le diagnostic précoce de la mort peut être réalisé par une auscultation cardio-respiratoire, la palpation des trajets artériels. Il est également possible de constater l’absence de flux respiratoire en plaçant un miroir devant la bouche (présence ou absence de buée).

  1. Epreuve de certitude :
  • E.C.G : le tracé est plat après 20 à 30 minutes de réanimation
  1. La mort cérébrale :
    1. Définition :
      • Elle est conditionnée par un entretien artificiel de la respiration et de la circulation.
      • Le sujet ayant perdu complètement conscience, n’ayant plus de vie de relation avec le monde extérieur mais conservant une vie végétative : respiration circulation, excrétion
      • C’est la réanimation qui empêche l’apparition des signes négatifs de la vie.

 

  1. Diagnostic :
    • Il requiert une certitude absolue,
    • Il est important à établir dans un service de réanimation pour la rédaction d’un certificat de décès avant de procéder à un prélèvement d’organes en vue d’une greffe.

 

    1. Fondements textuels :
      • La loi sanitaire : N° 90-17 du juillet 1990, conformément aux articles 164 et 167 qui stipulent que :
        • le prélèvement des tissus et d’organes sur les personnes décédées aux fins de transplantation ne peut se faire qu’après une constatation médicale et légale du décès.
        • Le décès doit avoir été confirmé par, au, moins deux médecins membres de la commission et par un médecin légiste
      • Comme stipule l’arrêté du 19 novembre 2002, fixant les critères scientifiques permettant la constatation médicale et légale du décès en vue du prélèvement d’organes et de tissus le diagnostic repose sur :.
  • absence totale de conscience et d’activité motrice spontanée
  • Abolition de tous les réflexes du tronc cérébrale
  • Absence totale de respiration spontanée
  • Deux EEG interprétés par deux médecins différents : tracé isoélectrique

 

  1. Diagnostic tardif : Il s’agit de signes positifs de la mort représentés par les phénomènes cadavériques.
  1. Les phénomènes cadavériques :

Modifications physiques et biologiques survenant après l’arrêt de la vie :

  1. Refroidissement cadavérique :
  • la température du corps se met progressivement en équilibre avec la température ambiante.
  • La température du cadavre chute d’environ 1 degré par heure et on admet que l’équilibre avec le milieu ambiant est atteint en 24 heures.
  • Elle est mesurée par voie rectale, tympanique et hépatique
  • Il existe cependant des variations en fonction de différents critères pouvant intervenir sur les échanges thermiques :

– l’habillement.
– la température ambiante. Des normogrammes existent pour déterminer le délai post-mortem, ils intègrent : la température rectale, la température externe, le poids.
– état fébrile, hypothermie au moment du décès.

  1. Rigidité cadavérique :La rigidité cadavérique est le résultat de l’absence de réversibilité de la liaison des fibres d’actine et myosine.
  • Elle affecte l’ensemble des muscles de l’organisme :
  • Muscles squelettiques : Cœur, Iris, Diaphragme,
  • Muscles lisses d’où la possibilité d’éjaculation, émission de matières, urine en post-mortem.
  • Elle débute environ 3 heures après la mort, son maximum se situe vers 12 heures.
  • Elle commence aux muscles du cou, de la nuque, et des masséters, pour s’étendre au tronc, membres supérieurs et membres inférieurs.
  • elle s’installe progressivement et prédomine :
    • aux fléchisseurs aux membres supérieurs
    • aux extenseurs aux membres inférieurs
  • Sa disparition se fait dans le même ordre : La rigidité tibio-tarsiennes disparaît entre la 24ème et la 36ème heure.
    Si elle est rompue avant la 12ème heure, elle peut se reconstituer.
  • Lorsque l’organisme est sidéré, par exemple, en cas de décapitation, fulguration, la rigidité intervient quasi immédiatement. La fixation du corps se fait dans la position qu’il occupait.
  1. Lividités :
  • Le meilleur signe de la mort
  • Il s’agit de taches de couleur lit de vin, rouge, apparaissant au niveau des zones déclives
  • Elles correspondent à des transsudations de sang à travers les vaisseaux. Les sérosités imbibent les tissus, elles ont une coloration rosée.
  • Elles sont dues à des phénomènes passifs entraînés par la pesanteur.
  • Elles apparaissent progressivement et se situent au niveau des régions déclives.
  • Les points de contact entre le corps et le support entraînent des contre-pressions repoussant ces lividités.
  • Les colorations particulières peuvent évoquer certaines origines :
      • rouge groseille :
        • intoxication au CO
        • intoxication à l’acide cyanhydrique
    • brunâtre : intoxication par un poison méthémoglobinisant
      • intenses : asphyxie
      • pâle : hémorragie
  • Les lividités apparaissent entre la 3ème et la 5ème heure post-mortem. Elles se fixent vers la 15ème heure et peuvent se reformer jusqu’à la 30ème heure Si le cadavre est déplacé.
  • Le diagnostic différentiel doit être fait entre lividité et hématome et ecchymose (pour cela il faut inciser ; si la coloration disparaît après lavage, il s’agit d’une lividité).

 

  1. La déshydratation cadavérique :
  • La déshydratation des tissus cadavériques explique la perte de poids du corps d’1 kg par jour après le décès.
  • Elle est responsable, en partie de :
    • phénomènes oculaires cadavériques : toile glaireuse de la cornée ; tache noire sclérotique de l’angle externe de l’œil ; et affaissement du globe oculaire.
    • parcheminement de la peau, « jaunâtre, cartonnée », lorsque l’épiderme a été arraché, est déterminé aussi par la dessiccation du derme, après la mort. Chez le nouveau-né, il produit l’état sec et brun rouge des lèvres ; il en est de même pour les organes génitaux de l’adulte.

 

  • Lorsque elle est rapide et étendue, il y a momification, c’est-à-dire dessiccation des tissus et des viscères qui durcissent et diminuent de volume.
  • Elle est difficile à évaluer, variable en fonction de l’état d’hydratation anté-mortem.
  1. La putréfaction :
    • Définition : Elle correspond à la dégradation des tissus par les enzymes, par la flore microbienne.
  • La putréfaction diffuse à l’ensemble de l’abdomen, puis au thorax.
  • Les effets de la putréfaction :
  • La tache verte abdominale :
    • Le premier signe de putréfaction visible vers la 48ème heure est la « tache verte abdominale ». Elle est due aux pullulations microbiennes, au niveau du cæcum. (le 2éme jour en été, vers le 8éme jour en hiver).
    • pour les noyés et les nouveaux-nés où elle apparaît d’abord à la face (tête de nègre) ; puis par des traînés rougeâtres le long des veines superficielles du thorax et des membres.
    • La coloration verdâtre, ou la teinte rouge brun sale, est le résultat de la transformation de l’hémoglobine en hématine, elle se remarque ensuite sur les muscles, la graisse, les muqueuses, les méninges, l’encéphale, les poumons et le foie.
  • La Circulation posthume :
    • Elle réalise un réseau verdâtre très visible sous la peau à un stade plus avancé. Sous l’influence des gaz putrides
    • La circulation bactérienne diffuse la putréfaction à contre courant, centrifuge à point de départ abdominal.
  • Les phlyctènes putrides :
    • se forment sur les taches livides, remplies de sérosité sanieuse, rouge sale, riche en bactérie, pas de réaction leucocytaire.
    • Leur rupture met à nu le derme qui se parchemine par dessiccation.L’épiderme soulevé se détache par lambeaux.

 

  • L’emphysème putride :
    • Les parenchymes sont désorganisés puis ramollis et enfin liquéfiés en une substance poisseuse, noirâtre (foie) ou bien argileuse et vert grisâtre (cerveau).
  • Cheveux, poils et ongles :
    • perdent leur adhérence et se détachent.
    • A la longue les cheveux deviennent roussâtres et les os grisâtres.

 

  • Les muscles : se réduisent à des feuillets membraneux.
  • La graisse : saponifiée par la fermentation, se transforme en gras de cadavre ou « adipocire » qui résistent longtemps à la putréfaction.

 

  • Les organes génitaux externes : disparaissent assez vite, alors que l’utérus non gravide et le corps jaune subsistent longtemps.

 

  • La momification :
    • dans les pays chauds, les cadavres se dessèchent, se momifient et se conservent dans des terrains sablonneux et secs.
    • Le corps, le visage gardent leur forme naturelle ; les viscères, réduits de poids et de volume.

 

  • Moisissures :
    • ce sont des champignons inférieurs qui forment le feutrage mycélien gris, verdâtre, brun ou jaunâtre qui recouvre les parties découvertes des cadavres, dès le 4éme au 6éme jour en été, le 8éme au 12éme jour en hiver et qui pénètre parfois dans la bouche, la trachée et l’œsophage.

 

    1. Sur le plan microscopique :

Il existe des modifications à l’échelle tissulaire et cellulaire. Elles sont extrêmement nombreuses et variées. Les cellules cardiaques commenceront à se modifier une douzaine d’heures après la mort ; en revanche, les lymphocytes présents dans la rate resteront assez intacts durant un à trois mois.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. DATATION DE LA MORT

 L’un des missions les plus fréquentes pour le médecin légiste chargé d’examiner un cadavre consiste à se prononcer sur le délai post-mortem, c’est-à-dire sur le délai écoulé entre la survenue de la mort et le moment de l’examen

 

  1. LES PHENOMENES CADAVERIQUES :

 

  1. Méthodes thermométriques : « refroidissement »

Sous les climats tempérés, la température de la peau rejoint celle du milieu environnant en 8 à 12 heures en moyenne mais la température centrale du cadavre nécessite pour ce faire un délai deux à trois fois plus important. Ces constatations ont mené à un certain nombre de simplifications abusives selon lesquelles :

  • La température s’égaliserait avec celle du milieu ambiant en 24 heures.
  • La vitesse de refroidissement serait de 1 °C par heure pendant les 24 premières heures.
  • les lois de la conduction thermique et de supposer que le flux thermique est proportionnel à la différence de température entre le corps et l’air ambiant. Cette approche permet alors de modéliser la baisse de température par une fonction exponentielle :

  • Sur le lieu d’un décès, il est essentiel de mesurer la température centrale du cadavre aussi bien que celle de l’environnement. Les deux mesures doivent être réalisées au même moment avec le même instrument, et l’heure de la mesure doit être notée avec précision. Presque toujours, la température du cadavre sera mesurée au niveau rectal. l’instrument de référence étant le thermomètre électronique à thermocouple, de grande précision et équipé d’une sonde de pénétration souple ou rigide. Cette dernière doit être introduite d’au moins 10 à 15 cm dans le rectum du cadavre pour obtenir une bonne estimation de la température centrale. Lorsqu’elle est mesurée dans des conditions appropriées, la température du corps doit être considérée comme l’un des meilleurs estimateurs du délai post mortem pendant les 24 premières heures.
  1. Rigidité cadavérique :

 

  • un outil dans l’estimation du délai post-mortem précoce
  • est un raidissement progressif de la musculature causé par des transformations biochimiques irréversibles affectant les fibres musculaires au cours de la phase post-mortem précoce. Cet état disparaît habituellement lorsqu’apparaît la putréfaction, c’est-à-dire au bout de deux à quatre jours selon les circonstances.
  • La rigidité cadavérique affecte l’ensemble des muscles de l’organisme : elle débute à la nuque puis suit une marche descendante vers les membres inférieurs, comme l’indique la loi de NYSTEN.
  • La rigidité débute entre 3 et 4 heures après le décès, presque toujours au niveau de l’extrémité cervico-céphalique (nuque et muscles masticateurs).
  • Elle atteint son intensité maximale entre 8 et 12 heures.
  • Elle se maintient ensuite entre 12 et 36 heures.
  • Puis elle disparaît progressivement en deux ou trois jours, lorsqu’apparaît la putréfaction.
  • En cas de rupture artificielle, par exemple un déplacement du cadavre, intervenant moins de 8 à 12 heures après la mort, la rigidité peut réapparaître ; ce n’est pas le cas lorsque la rupture intervient au-delà de ce délai
  • La rigidité est plus rapide en cas de convulsions ante-mortem, dans certains décès toxiques (strychnine…), dans les électrocutions, dans les décès précédés d’un état de stress ou lorsque la mort survient au cours d’efforts musculaires intenses.
  • Elle est plus lente dans certains décès asphyxiques (pendaison, intoxication au monoxyde de carbone…), ou lors d’hémorragies massives.
  1. Lividité cadavérique :

 

  • Sont une coloration rouge à violacée de la peau liée à un déplacement passif de la masse sanguine vers les parties déclives du cadavre, qui débute dès l’arrêt de l’écoulement du sang
  • Elles se répartissent de manière caractéristique sur le cadavre :
  • Elles apparaissent d’abord sur le cou et s’étendent ensuite à d’autres régions de l’organisme vers la quinzième heure après le décès.
  • Elles épargnent les points de pression : ainsi, sous l’effet de la gravitation, le sang d’une victime allongée s’accumule, s’immobilise et deviendra persistant sous la peau non comprimée des parties les plus basses.
  • La vitesse de formation des lividités est variable. De manière générale :
  • Elles sont visibles à partir de la deuxième heure après la mort.
  • Elles deviennent ensuite progressivement de plus en plus marquées pour atteindre le maximum de leur intensité à la douzième heure.
  • Par ailleurs, la mobilité des lividités est également intéressante :
  • Elles sont dans un premier temps effaçables à la pression : un appui appliqué sur une zone de lividité chasse le sang des vaisseaux et la peau prend une teinte plus pâle par rapport aux zones avoisinantes.
  • À la douzième heure, et suite à la perte d’étanchéité des parois vasculaires, le sang imbibe le tissu interstitiel et l’appui appliqué sur une zone de lividité ne peut plus déplacer le sang. À ce stade, les lividités sont dites fixes.

 

  1. Putréfaction :
  • C’est la décomposition des tissus organiques sous l’influence prépondérante des bactéries hébergées par l’individu, surtout celles de la flore intestinale, ensuite des mycètes saprophytes et des bactéries minéralisantes qui envahissent le cadavre.
  • Elle débute par :
  • L’apparition d’une tache verte abdominale au niveau de la fosse iliaque droite.
  • L’apparition d’une tache verte abdominale au niveau de la fosse iliaque gauche.
  • L’extension de ces deux taches qui finissent par gagner progressivement toute la partie inférieure de l’abdomen.
  1. Les divers mycètes se succèdent en groupes déterminés et cette flore se modifie suivant les altérations progressives du substrat qui constitue ainsi, à une époque donnée, un habitat d’élection pour certaines espèces de mycètes et pas pour d’autres. Il existe trois vagues successives :
  • Au premier stade de la putréfaction colicative et gazeuses,
  • À une période plus avancée de la transformation des graisses,
  • Enfin, au stade de la réduction squelettique.
  1. Toutes ces modifications post-mortem et leur succession sont accélérées ou retardées par de nombreux facteurs :
  • Le volume du cadavre est important à considérer, l’altération est plus rapide pour un petit cadavre par exemple
  • L’âge du cadavre.
  • Les causes de la mort.
  • Le lieu de dépôt.
  • Les facteurs extérieurs : saisons, conditions météorologiques notamment la température et le degré hygrométrique, l’aération…, sont autant de points à considérer.

 

 

  1. VIBERT nous à proposé une méthode classante dans la détermination du délai post-mortem :

 

  • Stade I : corps chaud, souple, sans lividité ; la mort remonte certainement à moins de 6 heures ;
  • Stade II : corps « tiède » (la chaleur cutanée n’est plus perceptible qu’au niveau des plis axillaires et inguinaux), rigide, présentant des lividités mobiles ; la mort date vraisemblablement de 6 à 15 heures ;
  • Stade III : corps froid, rigide, présentant des lividités fixées ; la mort date probablement de 15 à 48 heures ;
  • Stade IV : corps froid, souple, présentant des signes de putréfaction : la mort remonte vraisemblablement à plus de 36 heures sans qu’il soit possible de la dater avec plus de précision (l’appréciation de la température du corps est ici réalisée par simple palpation du cadavre).

 

 

  1. ENQUETE ENTOMOLOGIQUE :

Le terme entomologie provient du grec « entomon » et « logos », signifiant respectivement « insecte » et « science ».

 

  1. L’étude des larves, pupes, insectes volants permet de dater les décès.
  2. La classification, l’importance, la chronologie et la vitesse de développement des différentes escouades varient en fonction des données météorologiques, des données géographiques, de la région du dépôt du cadavre, des données propres au cadavre ainsi que des conditions de conservation du cadavre depuis le décès.
  3. Le prélèvement doit être pluri focal (sur le cadavre, dans l’environnement du cadavre).
  4. La décomposition d’un cadavre réunit une faune très diverse d’insectes. On les classe généralement en quatre catégories :

 

  1. L’examen de la faune permet une estimation du délai post mortem
  • La faune des cadavres à l’air libre :

On dénombre en tout et pour tout sept escouades différentes, mais seules les trois premières permettent une datation précise. La ponte se fait le plus souvent de jour et ne survient habituellement pas en dessous de 4°C.

  • La première escouade est essentiellement constituée de diptères (mouches vertes, à damiers, bleues…). Elle arrive quelques heures à peine après la mort, et à 20 °C les larves implantées dans le cadavre peuvent atteindre l’âge adulte en 2 semaines.
  • La deuxième escouade arrive après un mois, attirée par la décomposition des matières fécales. Elle est composée de sarcophagiens et disparaît au 6e mois.
  • La troisième escouade apparaît entre le 3e et le 9e mois et est constituée de dermestes (petits coléoptères) et parfois de lépidoptères, attirés par l’odeur de graisse rance.

Les autres escouades apparaissent successivement :

  • Au 10e mois (escouade coryétienne).
  • Vers 2 ans (escouade silphienne).
  • Lorsque le corps n’est plus que poussière, après 2 ou 3 ans, les septième et huitième escouades achèvent le travail de leurs prédécesseurs.

 

  • La faune des cadavres inhumés :
  • La faune des cadavres inhumés est beaucoup moins abondante que celle d’un cadavre laissé à l’air libre puisque les opportunités pour les mouches de pondre sur ce cadavre sont beaucoup moins importantes. Dans ce cas, seules se développeront des larves ayant pu entrer en contact avec le cadavre. Il y a ainsi trois cas possibles :
  • Les larves ont été pondues dans la chambre mortuaire de l’individu.
  • Les larves ont été pondues dans une région proche de celle dans laquelle repose le cadavre.
  • Les larves proviennent de la surface du sol, dans le cas où le cadavre a été enterré à même le sol, ou du cercueil en bois dans lequel repose la dépouille.
  • L’apparition de larves sur le corps du défunt dépend également d’autres circonstances :
  • Intervalle de temps entre la mort et l’enterrement.
  • Durée d’exposition du cadavre dans la chambre mortuaire.
  • Présence d’un cercueil.
  • Nature du cercueil (plomb ou bois).
  • Profondeur de l’enfouissement.
  • La faune présente sur un cadavre inhumé est constituée de mouches et de coléoptères en majorité. Ils apparaissent là aussi successivement sur le cadavre, ce qui permet de dater la mort.
  • La faune des cadavres immergés
  • On détermine approximativement le délai post mortem grâce la présence de certaines espèces aquatiques et de certaines espèces présentes habituellement sur le corps d’un cadavre trouvé à l’air libre. On peut citer les insectes aquatiques qui, ainsi que leurs larves comme les larves de Trichoptères, infligent de sérieux dégâts aux cadavres immergés. D’après une étude expérimentale faite aux États-Unis et portant sur la succession des insectes et la décomposition des cadavres de porcs immergés, l’eau limite le nombre d’espèces présentes sur le cadavre, ainsi que les Arthropodes nécrophages sur le cadavre. On trouve globalement un tiers des espèces présentes sur un cadavre à l’air libre.
  1. Remarque :
  • L’incubation des œufs dure entre 12 h et 24 h lorsque la température ambiante avoisine 25 °C ; elle est inférieure à 12 h si elle vaut environ 15 °C.
  • Si un cadavre froid est découvert sans faune dans un lieu où des arthropodes sont présents, cela indique que le corps a été conservé dans un lieu isolé, d’autant plus si le corps se trouve en début d’autolyse.
  • Si un cadavre ne comporte que des œufs, alors la phase post mortem est inférieure à 48 h.
  • Si le cadavre est en voie d’altération et comporte seulement des œufs, alors le corps a été transporté ou déposé sur les lieux depuis moins de 48 h.
  • Si un cadavre comporte des pupes vides, cela est une conséquence de l’arrivée d’au moins un cycle de diptères dont la durée est de plus de 12 jours à 22 °C, de plus de 14 jours à plus de 20 °C et de plus de 19 jours à 18 °C.
  1. METHODES BIOCHIMIQUES :

 

Le but commun de ces méthodes est d’identifier un marqueur biochimique, si possible aisément quantifiable, et qui varierait dans le temps de façon prédictible en fonction du délai post-mortem. De très nombreux marqueurs (pH, électrolytes, protéines…) ont ainsi été explorés dans différents milieux biologiques (sang, urines, muscles et autres tissus).

 

    1. Altération sanguine:
  • mesure du pH : chute du pH dans les 3 premières heures puis une diminution plus lente.
  • la chute de la glycémie est trop rapide et trop irrégulière.

 

    1. Altération du LCR :
  • l’augmentation en post-mortem du potassium pendant 60 heures, la date de la mort peut être précisée approximativement.
  • Une concentration d’Ac aminés ne dépassant pas 14 mg pour 100 ml de LCR indiquerait que la mort ne remonte pas à plus de 10 heures.
  1. Dosage de potassium dans l’humeur vitré :
  • L’humeur vitrée étant un liquide acellulaire ne contient pas de potassium quand le sujet est vivant. Après la mort, les cellules tapissant l’œil, se lysent progressivement et libèrent leur potassium.
    Cette concentration en potassium est proportionnelle au délai post-mortem.

 

  • Il a été démontré que pendant les premiers jours suivant le décès le taux de potassium vitréen augmente de façon linéaire avec le temps, du fait d’un relargage progressif lié à la lyse des cellules bordantes (rétine et choroïde).
  • Le vitré est recueilli par ponction à l’angle externe des deux yeux à l’aide d’une seringue équipée d’une aiguille IM ou IV (l’aspiration doit être douce pour ne pas ramener des débris tissulaires). Le liquide obtenu (environ 1,5 ml par oeil) doit immédiatement être centrifugé de manière à éliminer le culot cellulaire éventuel.
  • L’heure du prélèvement est évidemment à noter avec soin. La présence de sang dans le vitré (traumatismes crâniens + + +) ou une coloration verdâtre témoignant d’un début de putréfaction rendent ce milieu impropre à la détermination du délai post-mortem.
  • Les scientifiques ont pu établir, la formule suivante basée sur plus de 200 étalonnages : entre 18 et 20 °C,, t étant le délai post-mortem exprimé en heures et K la concentration de potassium dans l’humeur vitrée en .

 

 

  1. REACTIONS SUPRA VITALES :

 

L’exploitation des réactions supra vitales pour la détermination du délai post-mortem consiste à étudier l’évolution en fonction du temps de la réactivité post-mortem de certains tissus ; en pratique il s’agit de la réactivité musculaire (qui se traduit par une contraction) à différents stimuli, on distingue ainsi :

  • l’excitabilité mécanique du muscle squelettique (s’étudie avec un marteau à réflexes en différentes zones réflexogènes) ;
  • l’excitabilité électrique du muscle squelettique (au moyen d’électrodes placées notamment au niveau de l’orbiculaire des paupières, de l’orbiculaire de la bouche ou au niveau des mains) ;
  • l’excitabilité chimique du sphincter pupillaire (au moyen de collyres myotiques ou mydriatiques).

L’étude de la réactivité supra vitale peut être intéressante dans le cadre de la détermination du délai post-mortem, mais seulement pendant les premières heures suivant la mort (aucune des méthodes existantes n’est exploitable au-delà de 12-15 heures post-mortem).

  1. LES CAUSES DE LA MORT

 

  1. Mort naturelle : c’est le cas de mort qui n’étonne pas (sujet âgé, pathologie connue) ; Il s’agit de mort par maladie, à l’opposition de mort violente par homicide, par accident ou par suicide.

La mort par vieillesse constitue la mort naturelle par excellence

.

  1. Mort violente : c’est un évènement extérieur brutal (suicide, crime, accident) ; l’intervention d’un médecin est obligatoire, « lorsqu’il y aura des signes ou indices de mort violente ou d’autres circonstances qui donnent lieu à la soupçonner, on ne pourra faire l’inhumation qu’après qu’un officier de police assisté d’un docteur en médecine aura dressé un procès verbal de l’état du cadavre et des circonstances relatives
  2. Mort suspecte : Le fondement de la mort suspecte est le doute.

 

 

  1. LA REDACTION DU CERTIFICAT DE CONSTATATION DE DECES

 

  • Le certificat de décès, document officiel devant obligatoirement être rempli par le médecin procédant à l’examen de la personne décédée,
  • C’est un document essentiel pour déclarer le décès auprès de l’officier de l’état civil.
  • Ce certificat permet de procéder aux funérailles ou ouverture des procédures de succession.
  • Il ne peut être délivré que par un docteur en médecine.
  • Le Certificat médical de constatation de décès est divisé en deux parties :
    • Nominative : dans laquelle sera rapporté le nom, prénom, date de naissance, autres renseignements du défunt ; et le médecin précisera s’il y a un obstacle médico-légal à l’inhumation (mort violente, inexpliquée ou suspecte), dans ce cas un médecin requit par la justice, effectue un examen externe avec ou sans autopsie pour statuer la cause de la mort.
    • anonyme : Cette partie anonyme est couverte par le secret médical et sera cachetée par le médecin. L’intérêt de cette partie : permet aux médecins épidémiologistes de dresser des statistiques de cause de mortalité dans le pays.
  • En cas de mort naturelle : l’officier de l’état civil gardera la partie nominative, adressera la 2ème au ministère de la santé publique pour délivrer le permis d’inhumation par absence d’obstacle médico-légal.
  • En cas de mort suspecte : l’officier de l’état civil préviendra les autorités qui ouvriront une enquête et l’inhumation ne sera autorisée qu’après la fin des investigations médico-légales.

 

  1. CONCLUSION

 

Le droit qui règle la vie de notre société se préoccupe de la mort sous de nombreux aspects : atteinte à l’intégrité du cadavre, droit au respect et au souvenir, droit à l’organisation de ses funérailles, droit à l’établissement d’une filiation et du mariage posthume, don d’organes.

Il n’existe pas de définition légale de la mort dans le code civil ou pénal, une personne est morte lorsque le médecin la déclare pour telle.

C’est dire l’importance du rôle du médecin légiste dans ces circonstances. D’une façon générale lors d’un décès le médecin doit respecter les objectifs suivants :

  • s’assurer de la réalité de la mort
  • reconnaître une mort suspecte
  • s’assurer de l’identité de la personne décédée
  • satisfaire aux obligations de santé publique
  • rendre possible l’accomplissement de vœux de l’intéressé ou de sa famille
  • témoigner d’empathie et de compassion

Dès lors qu’il respecte ces règles simples son action toujours complexe et délicate dans ces circonstances aboutira sans difficulté majeure.

DR KERROUCHE.O

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