Estimation du Délai post mortem


Introduction

  • L’une des missions les plus fréquentes pour le médecin légiste chargé d’examiner un cadavre consiste à se prononcer sur le délai post-mortem, c’est-à-dire sur le délai écoulé entre la survenue de la mort et le moment de l’examen.

  • Il est très important de retenir d’emblée qu’il n’existe à l’heure actuelle aucune méthode de situer à quelques minutes près le moment d’un décès remontant à plusieurs heures ou jours…)

  • De très nombreuses méthodes ont été proposées pour résoudre ce problème, deux situations bien distinctes :

    • la mort « récente » (remontant à moins de 72 heures)

    • la mort « ancienne » (remontant à plus de 72 heures).

  1. La mort récente

Les méthodes visant à déterminer le délai post-mortem peuvent être regroupées en trois catégories :

  • Phénomènes cadavériques

  • Marqueurs biochimiques.

  • Réactions supra vitales.

  1. Phénomènes cadavériques

    1. refroidissement

  • Sur le lieu d’un décès, il est essentiel de mesurer la température centrale du cadavre aussi bien que celle de l’environnement.

  • Les deux mesures doivent être réalisées au même moment avec le même instrument, et l’heure de la mesure doit être notée avec précision.

  • L’instrument de référence étant le thermomètre électronique à thermocouple, avec une précision d’au moins 0,1 °C, et équipé d’une sonde de pénétration souple ou rigide. Cette dernière doit être introduite d’au moins 10 à 15 cm dans le rectum du cadavre.

  • Lorsqu’elle est mesurée dans des conditions appropriées, la température du corps doit être considérée comme l’un des meilleurs estimateurs du délai post-mortem pendant les 24 premières heures.

  • Cette technique présente cependant un certain nombre de limitations :

    • Elle n’est valide que pendant la phase intermédiaire, c’est-à-dire entre 3 et 18 heures.

    • La méthode thermométrique suppose que la température corporelle au moment du décès se trouvait dans les limites physiologiques (37,2°C ± 0,4 °C) ; une hyperthermie ou une hypothermie ante-mortem, peuvent fausser considérablement les estimations

    • Les variations de température environnementale.

  • De nombreux auteurs ont proposé des solutions alternatives pour améliorer sa précision

    • mesure répétée ou continue de la température post-mortem pendant plusieurs heures ;

    • mesure de la température centrale par des moyens invasifs (introduction de sondes au niveau intra-hépatique, intra-cérébral…).

    1. Rigidité

  • Classiquement la rigidité débute 3 à 4 heures après la mort, presque toujours au niveau de l’extrémité cervico-céphalique : nuque, muscles masticateurs.

  • Elle va ensuite suivre une marche descendante (loi de Nysten) : membres supérieurs (qui se figent en demi-flexion), tronc, membres inférieurs (qui se figent en extension).

  • La rigidité cadavérique est complètement installée et d’intensité maximale jusque vers 8-12 heures post-mortem

  • Elle demeure ensuite inchangée vers 24-36 heures puis disparaît lorsque la putréfaction apparaît.

  • En cas de rupture artificielle intervenant moins de 8 à 12 heures après la mort, elle peut se reconstituer ; ce n’est pas le cas lorsque la rupture intervient au-delà de ce délai.

  • Une limitation de la rigidité cadavérique est qu’il n’existe pas d’instrument ou de technique permettant de la quantifier de manière précise. Pour ces différentes raisons, la rigidité cadavérique ne doit jamais être utilisée isolément pour tenter de déterminer le délai post-mortem.

  1. lividités

  • Commencent généralement à être discernables 2 à 4 heures après la mort,

  • Elles atteignent leur maximum vers 8-12 heures puis demeurent inchangées par la suite.

  • A la différence de la rigidité cadavérique elles ne sont pas modifiées par l’apparition de la putréfaction mais peuvent en revanche être masquées par les modifications de la coloration cutanée liées à cette dernière.

  • Jusqu’à 8-15 heures post-mortem les lividités sont dites mobiles (elles peuvent être déplacées par une pression forte exercée au niveau de la peau), au-delà de ce délai elles sont fixes.

  • Comme dans le cas de la rigidité, la chronologie des lividités cadavériques est soumise à des très importantes variations interindividuelles, pour cette raison ce marqueur ne doit non plus être utilisé isolément pour tenter de déterminer le délai post-mortem.

  1. putréfaction

Son évolution peut être divisée en cinq phases successives :

  • stade initial (deux à trois jours) : le corps semble encore intact extérieurement mais il commence déjà à se décomposer

  • putréfaction débutante ou putréfaction « verte » (première semaine) :

    • Débute généralement par une tache verte de la paroi abdominale au niveau de la fosse iliaque droite, qui se généralise ensuite à l’ensemble du tronc puis à l’extrémité cervico-céphalique et finalement aux membres

    • Autres signes: phlyctènes, liquide et l’odeur de putréfaction

  • putréfaction avancée ou putréfaction « noire » (premier mois): les parties exposées du cadavre prennent une coloration noirâtre, le décollement épidermique se généralise, les ongles tombent. Le ballonnement abdominal décroît du fait de l’issue des gaz. L’odeur de putréfaction est à son maximum

  • fermentation butyrique (deux à six mois) : ce stade est marqué par une dessiccation progressive du cadavre avec saponification de ses graisses. L’odeur du cadavre devient moins agressive

  • dessiccation terminale et transformation squelettique (plusieurs mois à plusieurs années) : liées à la disparition terminale des parties molles. A ce stade l’évolution du cadavre se fait de manière beaucoup plus lente que lors des stades précédents

  • Cette chronologie des phénomènes putréfactifs connaît des variations interindividuelles absolument considérables.

    • La température ambiante est évidemment le principal facteur mais de nombreux autres paramètres peuvent interférer : corpulence, pathologies, circonstances de la mort…

    • transformation en adipocire (dans des conditions humides, préférablement anaérobies) ;

    • momification (dans des environnements secs).

  • Pour ces raisons, l’état de décomposition ne doit jamais être utilisé pour tenter de déterminer, même approximativement, le délai post-mortem.

On définit ainsi les quatre stades classiques de VIBERT :

  • Stade I : corps chaud, souple, sans lividité èla mort remonte certainement à moins de 6 heures ;

  • Stade II : corps « tiède » (la chaleur cutanée n’est plus perceptible qu’au niveau des plis axillaires et inguinaux), rigide, présentant des lividités mobiles è la mort date vraisemblablement de 6 à 15 heures ;

  • Stade III : corps froid, rigide, présentant des lividités fixées èla mort date probablement de 15 à 48 heures ;

  • Stade IV : corps froid, souple, présentant des signes de putréfaction è la mort remonte vraisemblablement à plus de 36 heures sans qu’il soit possible de la dater avec plus de précision (l’appréciation de la température du corps est ici réalisée par simple palpation du cadavre).

  1. Méthodes biochimiques

Dosage de potassium dans l’humeur vitrée

  • Le vitré qui remplit la chambre postérieure de l’œil est en effet un milieu propre et clos, relativement protégé de la putréfaction débutante et dont le recueil est facile pendant au moins 4 à 5 jours après la mort.

  • Il a été démontré que pendant les premiers jours suivant le décès le taux de potassium vitréen augmente de façon linéaire avec le temps, du fait d’un relargage progressif lié à la lyse des cellules bordantes (rétine et choroïde).

  • Le vitré est recueilli par ponction à l’angle externe des deux yeux à l’aide d’une seringue (l’aspiration doit être douce pour ne pas ramener des débris tissulaires).

  • L’heure du prélèvement est évidemment à noter avec soin. La présence de sang dans le vitré (traumatismes crâniens + + +) ou une coloration verdâtre témoignant d’un début de putréfaction rendent ce milieu impropre à la détermination du délai post-mortem.

  • Les scientifiques ont pu établir, la formule suivante basée sur plus de 200 étalonnages : entre 18 et 20 °C,, t étant le délai post-mortem exprimé en heures et K la concentration de potassium dans l’humeur vitrée en .

  • Le principal intérêt du potassium vitréen est que pour certains auteurs cette technique serait utilisable jusqu’à 5-7 jours après la mort (à comparer avec la méthode thermométrique qui n’est exploitable que pendant 24 heures en moyenne). Ses limitations sont les suivantes :

    • intervalles de confiance importants (plus que pour la méthode thermométrique) ;

    • importance des facteurs exogènes (température + +) ;

    • importance des facteurs endogènes (durée de l’agonie), éventuels troubles hydro électrolytiques ante-mortem

Altération sanguine:

  • mesure du pH : chute du pH dans les 3 premières heures puis une diminution plus lente.

  • la chute de la glycémie est trop rapide et trop irrégulière.

Altération du LCR :

  • l’augmentation en post-mortem du potassium pendant 60 heures, la date de la mort peut être précisée approximativement.

  • Une concentration d’Ac aminés ne dépassant pas 14 mg pour 100 ml de LCR indiquerait que la mort ne remonte pas à plus de 10 heures.

  1. réaction supra vitale

  • Consiste à étudier l’évolution en fonction du temps de la réactivité post-mortem de certains tissus ; en pratique il s’agit de la réactivité musculaire (qui se traduit par une contraction) à différents stimuli, on distingue ainsi

    • l’excitabilité mécanique du muscle squelettique (s’étudie avec un marteau à réflexes en différentes zones réflexogènes) ;

    • l’excitabilité électrique du muscle squelettique (au moyen d’électrodes placées notamment au niveau de l’orbiculaire des paupières, de l’orbiculaire de la bouche ou au niveau des mains) ;

    • l’excitabilité chimique du sphincter pupillaire (au moyen de collyres myotiques ou mydriatiques).

              • L’étude de la réactivité supra vitale peut être intéressante dans le cadre de la détermination du délai post-mortem, mais seulement pendant les premières heures suivant la mort (aucune des méthodes existantes n’est exploitable au-delà de 12-15 heures post-mortem).

On note aussi

Des données fournies par l’interprétation de certains actes vitaux : 

  • L’état de la digestion : une détermination de l’heure de la mort par l’aspect du contenu gastrique est parfois possible. Malheureusement, le temps de la digestion est trop variable pour permettre une réelle certitude d’horaire.

  • L’état de réplétion ou de vacuité de la vessie : chez un adulte jeune la vessie se remplit régulièrement au cour de la nuit pour atteindre 300 ml. 

  1. La mort ancienne

    • La seule technique permettant d’estimer de manière approximative le délai post-mortem dans cette situation est représentée par l’entomologie médico-légale.

    • Après la mort, les tissus en décomposition attirent une grande variété d’insectes et autres invertébrés

    • ENQUETE ENTOMOLOGIQUE :

Le terme entomologie provient du grec « entomon » et « logos », signifiant respectivement « insecte » et « science ».

  1. L’étude des larves, pupes, insectes volants permet de dater les décès.

  2. La classification, l’importance, la chronologie et la vitesse de développement des différentes escouades varient en fonction des données météorologiques, des données géographiques, de la région du dépôt du cadavre, des données propres au cadavre ainsi que des conditions de conservation du cadavre depuis le décès.

  3. Le prélèvement doit être pluri focal (sur le cadavre, dans l’environnement du cadavre).

  4. La décomposition d’un cadavre réunit une faune très diverse d’insectes. On les classe généralement en quatre catégories :

  1. L’examen de la faune permet une estimation du délai post mortem

  • La faune des cadavres à l’air libre :

On dénombre en tout et pour tout sept escouades différentes, mais seules les trois premières permettent une datation précise. La ponte se fait le plus souvent de jour et ne survient habituellement pas en dessous de 4°C.

  • La première escouade est essentiellement constituée de diptères (mouches vertes, à damiers, bleues…). Elle arrive quelques heures à peine après la mort, et à 20 °C les larves implantées dans le cadavre peuvent atteindre l’âge adulte en 2 semaines.

  • La deuxième escouade arrive après un mois, attirée par la décomposition des matières fécales. Elle est composée de sarcophagiens et disparaît au 6e mois.

  • La troisième escouade apparaît entre le 3e et le 9e mois et est constituée de dermestes (petits coléoptères) et parfois de lépidoptères, attirés par l’odeur de graisserance.

Les autres escouades apparaissent successivement :

  • Au 10e mois (escouade coryétienne).

  • Vers 2 ans (escouade silphienne).

  • Lorsque le corps n’est plus que poussière, après 2 ou 3 ans, les septième et huitième escouades achèvent le travail de leurs prédécesseurs.

  • La faune des cadavres inhumés :

  • La faune des cadavres inhumés est beaucoup moins abondante que celle d’un cadavre laissé à l’air libre puisque les opportunités pour les mouches de pondre sur ce cadavre sont beaucoup moins importantes. Dans ce cas, seules se développeront des larves ayant pu entrer en contact avec le cadavre. Il y a ainsi trois cas possibles :

  • Les larves ont été pondues dans la chambre mortuaire de l’individu.

  • Les larves ont été pondues dans une région proche de celle dans laquelle repose le cadavre.

  • Les larves proviennent de la surface du sol, dans le cas où le cadavre a été enterré à même le sol, ou du cercueil en bois dans lequel repose la dépouille.

  • L’apparition de larves sur le corps du défunt dépend également d’autres circonstances :

  • Intervalle de temps entre la mort et l’enterrement.

  • Durée d’exposition du cadavre dans la chambre mortuaire.

  • Présence d’un cercueil.

  • Nature du cercueil (plomb ou bois).

  • Profondeur de l’enfouissement.

  • La faune présente sur un cadavre inhumé est constituée de mouches et de coléoptères en majorité. Ils apparaissent là aussi successivement sur le cadavre, ce qui permet de dater la mort.

  • La faune des cadavres immergés

  • On détermine approximativement le délai post mortem grâce la présence de certaines espèces aquatiques et de certaines espèces présentes habituellement sur le corps d’un cadavre trouvé à l’air libre. On peut citer les insectes aquatiques qui, ainsi que leurs larves comme les larves de Trichoptères, infligent de sérieux dégâts aux cadavres immergés. D’après une étude expérimentale faite aux États-Unis et portant sur la succession des insectes et la décomposition des cadavres de porcs immergés, l’eau limite le nombre d’espèces présentes sur le cadavre, ainsi que les Arthropodes nécrophages sur le cadavre. On trouve globalement un tiers des espèces présentes sur un cadavre à l’air libre.

  1. Remarque :

  • L’incubation des œufs dure entre 12 h et 24 h lorsque la température ambiante avoisine 25 °C ; elle est inférieure à 12 h si elle vaut environ 15 °C.

  • Si un cadavre froid est découvert sans faune dans un lieu où des arthropodes sont présents, cela indique que le corps a été conservé dans un lieu isolé, d’autant plus si le corps se trouve en début d’autolyse.

  • Si un cadavre ne comporte que des œufs, alors la phase post mortem est inférieure à 48 h.

  • Si le cadavre est en voie d’altération et comporte seulement des œufs, alors le corps a été transporté ou déposé sur les lieux depuis moins de 48 h.

  • Si un cadavre comporte des pupes vides, cela est une conséquence de l’arrivée d’au moins un cycle de diptères dont la durée est de plus de 12 jours à 22 °C, de plus de 14 jours à plus de 20 °C et de plus de 19 jours à 18 °C.

    • au cadavre ainsi que des conditions de conservation du cadavre depuis le décès. 

    • Le prélèvement doit être pluri focal (sur le cadavre, dans l’environnement du cadavre).

Cas particulier du noyer

  • L’appréciation repose sur l’état de la macération de la peau des mains et des pieds, sur la marche de la putréfaction et de la saponification des graisses. 

  • Aucune certitude ne peut être tirée de ces méthodes.

  • Une simple évaluation peut être avancée avec beaucoup de prudence.

Conclusion

  • l’appréciation de la date de la mort est toujours approximative.

  • Elle repose non pas sur un seul signe, mais sur les commémoratifs et les constatations médico-légales.

  • Cette datation est dans les affaires et dans les cas de disparitions

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