CONDUITE AUTOMOBILE : Recherche ET DOSAGES DE STUPEFIANTS DANS LE SANG INTERPRÉTATION des CONCENTRATIONS 


Document rédigé par Pascal KINTZ

CANNABIS
Delta-9-tétrahydrocannabinol = THC (principe actif)
11-hydroxy-delta-9-tétrahydrocannabinol = 11-OH-THC, métabolite actif
Acide 11-nor- delta-9-tétrahydrocannabinol carboxylique = THC-COOH, non actif
A l’inverse de l’alcool, le THC se fixe très rapidement dans tous les tissus et organes de l’organisme très riches en lipides, dont le cerveau. De ce fait il n’y a pas de corrélation entre les concentrations sanguines et les effets qui persistent alors que les concentrations dans le sang sont devenues très basses voire nulles. Si l’élimination du sang est rapide, l’élimination de l’organisme est très lente (plusieurs jours à semaines).
Cependant et compte tenu des connaissances actuelles, l’interprétation des différentes situations peut être effectuée de la manière suivante :

Cas n°1 : présence de THC et de THC-COOH et éventuellement de 11-OH-THC, quelque soient les concentrations (> 0,2 ng/ml).
La présence de dérivés du cannabis dans le sang indique que le sujet a consommé récemment du cannabis et qu’il était sous influence de ce produit au moment du prélèvement (ou du décès). En effet, la présence de THC au niveau du sang indique que du THC est présent au niveau du cerveau (cervelet, cortex frontal et occipital, hippocampe, etc.).
Lorsque la concentration de THC est supérieure à celle du 11-OH-THC, cela témoigne d’une consommation par inhalation.
Lorsque la concentration de 11-OH-THC est supérieure à celle du THC, cela témoigne d’une consommation par ingestion.

Cas n° 2 : présence de THC-COOH (concentration > 0,2 ng/ml) et absence de THC et de 11-OH-THC.
La présence de THC-COOH révèle une consommation de cannabis. L’absence de THC et de 11-OH-THC indique que cette consommation a eu lieu plusieurs heures avant le prélèvement (> 6-8 heures).
En l’absence de THC et lorsque la concentration en THC-COOH est peu élevée (inférieure à 20 ng/ml), il y a lieu de considérer que le sujet n’était plus sous influence de cannabis au moment du prélèvement (ou du décès).
En l’absence de THC et lorsque la concentration en THC-COOH est élevée (> 40 ng/ml), nous ne pouvons pas exclure le fait que le sujet était sous influence de cannabis au moment du prélèvement. En effet, des études récentes ont montré que le THC pouvait être encore présent dans le cerveau alors qu’il n’était plus détectable dans le sang.

Observations complémentaires :
Une concentration très élevée en THC (> 20 ng/ml) ne signifie pas que le sujet a inhalé une forte dose. En revanche, cela signifie que le sujet a consommé très récemment (dans les minutes qui ont précédé). Il n’y a aucune relation entre effet (sur la conduite automobile) et concentration de THC dans le sang.
Une concentration très élevée en THC-COOH (> 50 ng/ml) indique le plus souvent qu’il s’agit d’un consommateur régulier et important de cannabis.

COCAÏNE
La cocaïne est un anesthésique local, essentiellement recherchée par les toxicomanes pour son pouvoir psycho stimulant. Le produit s’administre sous forme de chlorhydrate (neige) par insufflation nasale (sniffing), par voie intraveineuse ou encore peut être fumé sous forme de cocaïne base (crack). Les doses consommées sont de l’ordre de 10 à 120 mg par prise.
Les effets de la cocaïne dépendent de la dose et du mode d’administration : ils apparaissent très vite (moins de 1 minute après administration par inhalation ou injection intraveineuse  et de l’ordre de 10 à 20 minutes après sniffing).
La cocaïne possède une demi-vie de 30 à 90 minutes. Ses métabolites principaux sont la benzylecgonine (BZE) dont la demi-vie est de 5 à 7 heures et l’ecgonine méthylester (EME) d’une demi-vie proche de 4 heures. Les proportions des deux métabolites dans le sang sont fonction du mode d’administration. La présence de cocaéthylène (CE) résulte de l’association de la cocaïne avec une boisson alcoolisée.
La concentration plasmatique des métabolites est mal corrélée aux effets psychotropes et dépend de la voie d’administration.

AMPHÉTAMINE ET DÉRIVÉS (ECSTASY)
Cette famille qui regroupe pas moins d’une vingtaine de produits différents mais d’action physiologique voisine,  est en constante évolution. Les substances les plus fréquemment utilisées sont la 3-4-méthylènedioxyméthylamphétamine (MDMA, plus communément appelée ecstasy) et la 3-4-méthylènedioxyamphétamine (MDEA ou Eve). Ces dérivés synthétiques de l’amphétamine   aux propriétés stimulantes, empathiques et emphatiques, sont utilisés actuellement au cours des soirées « raves » à des doses unitaires de 100 à 150 mg de MDMA et de 50 à 250 mg de MDEA.
MDMA et MDEA ont un métabolite commun : la méthylènedioxyamphétamine (MDA). Les données pharmacocinétiques ne sont bien établies que pour la MDMA. On estime que le pic sanguin est atteint entre 2 et 4 heures après une prise orale d’un comprimé (50 mg de MDMA). Il existe une bonne corrélation entre les doses absorbées et les concentrations sanguines.

OPIACÉS
Le terme « opiacés » regroupe trois types de substances : illicite comme l’héroïne, sous contrôle médical comme la morphine, analgésique narcotique utilisé dans le traitement des douleurs ou la buprénorphine (Temgésic® ou Subutex®) utilisée dans le traitement de substitution aux opiacés ou les médicaments, libres de prescription comme la codéine, la pholcodine ou l’éthylmorphine aux propriétés antitussives sous forme de sirops ou de comprimés.
Les opiacés exercent une action analgésique sédative entraînant somnolence et sommeil et induisant simultanément une perte d’attention, des réflexes, de la réalité et de la conscience du danger et des obstacles.
Héroïne, codéine, éthylmorphine et pholcodine ont tous en commun un même métabolite final: la morphine, elle même utilisée en thérapeutique. Restent donc les métabolites intermédiaires pour caractériser dans le sang la présence d’opiacés licites ou illicites. Ainsi l’héroïne se transforme rapidement en 6-acétylmorphine (6 MAM) dont la demi vie est de quelques minutes puis ultérieurement en morphine. La 6-MAM se retrouve surtout dans les urines, et très peu dans le sang.
Les concentrations  thérapeutiques de morphine retrouvés en cas d’usage thérapeutique sont de 10 à 70 ng/ml.

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